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Billet de blog 10 juin 2013

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Discussion faisant suite à la rencontre sur le thème : Éducation et autogestion vont-ils bien ensemble ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Si vous avez raté la saison 1 : Éducation et autogestion vont-ils bien ensemble ? Forum : Education et Pédagogie alternative. 2° Foire à l’Autogestion

La discussion

Lors des échanges j’ai tenté de prendre les références des personnes du public qui prenaient la parole mais, d’une part, elles ne les donnaient pas toutes et d’autre part, la parole allant plus vite que mes capacités à la noter, j’en suis vite venue – y compris pour les intervenants du début-, à prendre le parti de privilégier le contenu des interventions. Quand j’ai noté des indices, je les mets.

J’ai trouvé toutes les interventions intéressantes et surtout une qualité d’écoute remarquable, y compris envers les personnes qui avaient du mal à s’exprimer, auxquelles personne n’a coupé la parole ou disqualifié celle-ci de quelque façon que ce soit, ce qui était d’autant plus enrichissant que si la forme était confuse, le contenu, lui, était toujours intéressant et instructif. Il n’y a pas que les bons orateurs qui ont des choses novatrices à transmettre.

Un jeune homme :

Un des problèmes majeurs auxquels on est confronté aujourd’hui c’est le manque de réflexion autour d’un projet alternatif à l’école parce que qu’est-ce que cela signifie de se battre à l’intérieur du système scolaire qui contrôle tout ?

Enseignante Spécialisée :

-On apprend à nos enfants la compétition. Or la compétition c’est un gagnant et plein de perdants. Et ainsi les enfants sont mis en situation d’apprendre à perdre.

Au-delà du contenu des programmes, quelle relation on construit ? L'enfant se construit par le jeu cependant les jeux proposés aux enfants sont conçus avec des gagnants et des perdants. S'il y a une alternative possible, c'est le jeu coopératif. Je rêve de monter une ludothèque coopérative.

Un ancien :

Evoque un pédagogue trop méconnu :  PAUL ROBIN  qui est aujourd'hui à peu près inconnu alors qu’il a été l'un des éducateurs français les plus remarquables de la fin du XIXe siècle.  BENP N°44 - Paul ROBIN Educateur | Coop'ICEM.

Responsable de la scoop ???

Quelles sont les répercussions de l’éducation que l’on donne aux enfants aujourd’hui ?

Soit l’école continue à être un appareil de reproduction du système capitaliste, soit on réfléchit à des alternatives avec des valeurs coopératives. Actuellement à l’école on n’éduque pas pour la vie mais pour reproduire un système.

Il faut faire de la désobéissance civile à l’intérieur des classes, réfléchir à quel est notre rôle au sein de la classe. Il faut trouver des alternatives à ce système.

Un enseignant :

L’évaluation pourrait se faire de façon positive si l’on ne passait pas par la notation. Même en tant qu’enseignants nous ne sommes pas évalués mais notés.

L’évaluation devrait impliquer que l’enseignant et l’élève s’évaluent réciproquement. C'est une démarche conjointe.

????? :

J’ai du mal à croire que l’on puisse se battre pour construire une école différente à l’intérieur d’un système étatique et le faire en tant que représentant de l’éducation nationale.

Construire une école différente, certes, mais pas à l’intérieur du système.

????? :

-Une école et un ensemble de fonctions à assurer. Une école alternative est une école où chaque personnel a sa place. Il s'agit d'un projet alternatif pour tous les gens qui font vivre l'école. La logique de compétences à l'école sert bien un système, un projet politique. Cette technique de penser la relation à l'enseignement est la même que l'on trouve dans l'entreprise et qui permet une soumission. On essaie d'instaurer cette même logique dès l'école. Il y a ce paradoxe d'être fonctionnaire d'État et en même temps de mettre en place de l'alternatif ; on peut mettre en place des pédagogies de classe dont les fondements sont émancipateurs.

Une Educatrice de Jeunes enfants (EJE)

-l'évaluation est fondamentale mais comment la présenter ? Est-ce qu'il s'agit d'une évaluation formative en soi qui va faire partie intégrante de la formation et évidemment de l'accompagnement proposé ; quel accompagnement de penser à cette évaluation ? Il ne s'agit pas d'une évaluation couperet mais d'une évaluation avec un accompagnement précis et spécifique. L'évaluation dialoguée et l'auto évaluation semblent bienvenues. Cette évaluation dialoguée, dans cette réalité, ce partage et dans ce contact aux formateur en soi et cette approche à deux qui mettent au clair là où on en est. Une évaluation doit prendre en compte le lieu duquel on vient. Souvent on va voir où l'enfant arrive sans ce pré requit de la connaissance d'où il vient. Selon le lieu d'où il part, il va arriver à un point non conforme à ce qui est demandé mais en tout cas il aura fait un travail phénoménal qui ne sera pas pris en compte à sa juste mesure. C’est le cheminement qui devrait constituer la modalité d'évaluation. L'évaluation se fait sur un trajet donné, dans un but donné et c'est ce trajet-là qui est à évaluer dans un processus formatif et accompagnateur. Une autoévaluation va être fondamentale pour une prise de conscience de sa position en étant acteur de sa formation il va être nécessaire de recueillir la parole de chacun, de chaque personne concernée pour reconstruire ce qui ne marche pas actuellement. Chaque personne constitue le meilleur expert de ce qu'il vit.

La période de formation en soi n'est pas une période pour accéder à une autre période mais bien un espace de vie en soi comme dit Korczack. La personne se construit dans cet instant et dans cet espace-là qui reste un lieu de vie. Il va être nécessaire de penser la formation telle qu'elle est dans l'ici et maintenant et pas à la période ultérieure à laquelle elle va conduire.

Enseignant dans un lycée professionnel :

Qu’est-ce qui se passerait si l’on supprimait l’école obligatoire ? Est-ce que des voies parallèles ne seraient pas envisageables ?

 Gilbert DALGALIAN  :

-Je rejoins tout à fait ce qu’a dit l’oratrice précédente sur l'évaluation formative. Un des aspects qui fait que l'évaluation est formative, c'est que l'élève a été associé à la définition des critères de l'évaluation et au barème qui va être éventuellement appliqué. Il doit être totalement impliqué dans toute la procédure d'évaluation. Ça fait partie de la formation. Ce qui forme, ce ne sont pas les contenus. Les contenus informent. C'est la forme qui forme, la forme de la pédagogie, de la relation, les façons d'apprendre, de coopérer, d'être dans le groupe, de partager, de ne pas être en concurrence, d'être solidaire. C'est ce qui est formateur et non pas les contenus que l'on peut oublier. On n’oublie pas ce que l'on a vécu. Korczack est un très grand pédagogue polonais.

Est-ce qu'on peut travailler à l'intérieur du système ou est-ce qu'on doit remettre le système en question. Remettre le système en question est une longue prise de conscience. Est-ce qu'il il y a une pédagogie de la remise en question du système ? Il faut que l'opinion publique se confronte à des solutions qui lui permettent d'avancer dans la remise en question du système. Il faut des avancées pour modifier le vécu pédagogique de tout le monde.

Un autre ancien :

Il faudrait que les enseignants arrivent à sortir de leur autosatisfaction et que nous arrivions à remettre en cause les rapports que nous avons entre nous où même entre adultes la parole de l’enseignant se pose elle-même comme plus légitime que celle des gens ordinaires parce qu’ils sont détenteurs du savoir.

Collège Anne Frank :

On se positionne avant tout en tant qu’acteurs institutionnels. L’évaluation, c’est s’évaluer soi-même.

Au collège nous avons mis en place des groupes hétérogènes qui ont des niveaux différents. Le groupe doit se positionner sur ce que l’on va faire ensemble, sur qui sait et qui ne sait pas dans une optique d’entraide.  

 L'évaluation est dialoguée : le dialogue s’instaure tout au long de la formation avec un moment final qui s'inscrit dans ce qu'on a constitué comme un journal de bord c'est-à-dire qu'on est en train de dire ensemble ce qu'on a fait. On le dit pour soi mais aussi pour le groupe. C’est un travail d'écriture ou en tout cas d'expression avec quelqu'un d'autre qui écrit à sa place mais il y a ce travail qui n'est pas à côté.

S’évaluer soi-même est une activité en soi.

????? :

En son temps, Edith Cresson, rêvait, d'"un passeport compétences", sur carte à puce ...: d’un contrôle électronique des connaissances destiné à vous suivre dès le collège pendant toute votre scolarité puis votre vie professionnelle, à décider de votre embauche et de votre progression de carrière, un " standard " pour juger les citoyens d’Europe sur leurs compétences de base, que l’on va inscrire sur une carte à puce, passeport universel d’accréditation transnational.  Il s’agissait d’un système normé et standardisé sur l’ensemble de l’Europe des compétences qu’on associerait à l’embauche, c’est un rêve de type totalitaire qui consiste à assimiler une définition arbitraire de savoir-faire à l’emploi. Le cartable de Big Brother - Reconstruire l'École

????? :

Question posée au collège Anne Frank :

Est-il arrivé que des parents délivrent une éducation contradictoire ?

Réponse :

Pendant 12 ans les parents participaient à la construction du projet et, en réalité nous n’avons jamais rencontré ce problème-là. C’est une vraie question mais elle ne s’est pas concrètement posée pour nous.

????? :

L’école se construit comme un vase clos : à quand un dialogue entre les différents professionnels qui prennent soin des enfants ?

Réponse :

Laurent Ott,  philosophe social,éducateur et enseignant (16 ans en école élémentaire, ZEP, REP, Pédagogie Freinet - multi-âges etc), animateur, formateur met en place des actions de terrain : la rue n’est pas considérée comme un espace où l’enfant peut rester, c’est un espace coupé où les enfants sont transférés d’un endroit à un autre. Ils n’ont, en dehors de leurs parents, de relations qu’avec des adultes professionnels avec une temporalité hyper hachée : il n’y a pas/plus d’adultes qui suivent les enfants sur du long terme et cela change beaucoup de choses dans les relations au monde et aux adultes des enfants.L’évaluation décompose l’apprentissage de façon aberrante. Il faudrait n’évaluer que des travaux finis : est-ce que tu es arrivé jusqu’au bout de l’apprentissage ? Avec la notation, la seule chose que l’on dit c’est « tu es meilleur, ou moins bon que tes petits camarades de classe » 

????? :

Pour Isabelle Bruno, Emmanuel Didier et ISABELLE STENGERS  L'évaluation,est une arme de destruction ;   Sciences et valeurs : comment ralentir ? L'emprise de l'évaluation

L’évaluation ne sert pas à mesurer, ce qui est impossible dans le cas des apprentissages, elle sert à fabriquer des choses homogènes, comparables entre elles et qui fabriquent de la valeur, des critères (voir les liens)

Un enseignant d’une école privée catho :

Dans ma classe les élèves ont tous la même moyenne. L’absence de sanction ne détériore pas le comportement des élèves.

On peut donc agir à l’intérieur du système : il faut juste accepter d’avoir 90% de ses collègues contre soi.

Professeur des écoles en disponibilité :

Quel est le sens de l’évaluation ? A quoi ça sert ? Ça ne sert strictement à rien de mesurer des acquis s’il n’y a pas des choses qui se passent derrière : cela ne sert à rien de mesurer des compétences si derrière il n’y a pas quelque chose qui aide à acquérir ces compétences.

Freinet travaillait en fonction du terrain, des questions multiples qui se posaient concrètement à lui. Le coopératif m’a permis de combler des vides.

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