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Le Club de Mediapart sam. 30 juil. 2016 30/7/2016 Dernière édition

L'origine de la Cora et Salif Keïta

 

 

 Suite et fin de l'histoire ici : L'origine de la Cora 2 et Ballaké Sissoko

 

L’origine de la Kora -

 

J’ai entendu raconter ce conte il y a plus de 20 ans par un conteur du nom d’Alpha Kouyaté, au centre Mandapa. C’est une des multiples versions de l’origine de la Kora et celle qui me plait le plus, même si ce conte s’éloigne quelque peu de la légende.

De fait, il s’agit aussi de l’origine du Xylophone

« Il y a longtemps, quelque part en Afrique de l’Ouest, vivaient un frère et une sœur qui étaient chargés comme tous les enfants de leur âge de protéger les champs de mil de l’appétit des oiseaux.

Ils partaient le matin dès le lever du soleil, emmenant leur repas de midi, et passaient leur journée à chasser les oiseaux.

Ko il faut situer cela dans son contexte : il ne s’agissait pas d’exploiter les enfants, mais de leur confier, à la mesure de leurs capacités, de petits travaux qui alliaient leur intégration à la vie sociale au ludique et à l'apprentissage par la réflexion personnelle et l’imitation des adultes dans une grande liberté de mouvement.

Les premières heures, ils trouvaient cela amusant et transformaient cette tâche en jeux, mais ensuite cela leur plaisait de moins en moins et même les ennuyait de plus en plus.

Pour se distraire, le frère se mit à ramasser des bouts de bois et à taper dessus. Il se rendit compte alors que, selon leur taille, ils ne produisaient pas le même son. Il se mit alors à réfléchir et à assembler les bouts de bois du plus petit au plus grand en les sélectionnant soigneusement selon les sons produits par chacun d’eux. Puis il les lia ensemble avec des herbes et se mit à s’exercer en inventant des airs.

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Sa sœur qui l’avait regardé faire avec intérêt tout en pourchassant les oiseaux s’approcha de lui :

-       Oh ! Il est beau ton instrument ! Je peux essayer d’en jouer moi aussi ?

-       Non !

-       Pourquoi ?

-       Parce que c’est moi qui l’ai inventé et comme je suis un garçon, c’est un instrument de garçon !

-       Tu n’es pas sérieux ? Allez, prête-le-moi !

-       Non

A midi, ils ont mangé en silence. Le garçon regrettait ses paroles mais ne sachant pas comment revenir en arrière, s’obstinait et la fille était furieuse.

Après le repas, ils firent la sieste à tour de rôle. Quand ce fut le tour du garçon, la fille s’empara de l’instrument et commença à en jouer ce qui réveilla le garçon qui s’énerva contre elle.

-       « Ah ! C’est comme ça, dé ! dit la fille, eh bien puisque c’est comme ça, garde ton instrument de garçon pour toi et ne compte pas sur moi pour t’aider à faire peur aux oiseaux : je rentre à la maison ! »

Et avant que son frère ait eu le temps de réagir elle est partie en courant.

Elle est rentrée dans la case de sa mère la colère sur le visage et s’est assise sur une natte en silence.

-       Toi, ma fille ta tête là, c’est pas bon ! Qu’est-ce qui ne va pas ?

-       C’est mon frère, il a fait un instrument de musique avec des bouts de bois et il ne veut pas que j’y touche parce qu’il prétend que puisque c’est lui qui l’a inventé, c’est instrument de garçon !

-       Ah ! Ça, c’est vos histoires, c’est à vous de trouver un arrangement.

La fille est restée là, longtemps sans rien faire ni rien dire et sa mère est allée la voir :

-       Ecoute, ma fille, ton frère là, quand il a fait son instrument, il a réfléchi dans sa tête et il a trouvé l’idée. Si toi aussi tu réfléchis dans ta tête, tu auras aussi une idée…

La fille est restée encore un peu à bouder, puis son regard a parcouru le sol de la case : elle a vu une calebasse usagée, une vieille peau de chèvre élimée, sept lanières de cuir et elle a demandé à sa mère si elle pouvait prendre ces objets. Sa mère trop heureuse que sa fille s’intéresse à nouveau à quelque chose les lui a donné et quelques temps après la fille avait fabriqué un instrument avec les cordes placées sur la peau elle-même tendue sur la calebasse qui faisait caisse de résonnance.  

Une fois l’instrument terminé, elle s’est exercée à en jouer jusqu’au moment où sa mère lui a dit :

-       Je vois ton frère qui arrive.

-       Maman, s’il te plait, ne parle pas de mon instrument à mon frère.

Elle a caché son instrument et a fait semblant de dormir.

Son frère est arrivé, furieux. Il l’a secouée pour la réveiller et lui a dit :

-       Demain, tu t’occuperas des oiseaux toute seule !

-       Demain, je n’irai pas avec toi, puisque tu es un garçon t’as qu’à te débrouiller tout seul !

Ils ont passé la soirée sans se parler, ont mangé en évitant de se regarder et sont allés se coucher toujours fâchés l’un contre l’autre.

Le lendemain matin, la fille a refusé de partir avec le garçon. Quand il a pris le chemin des champs elle s’est encore un peu exercée à son instrument et, quand elle a pensé qu’il était suffisamment loin pour ne pas l’entendre, elle a quitté la case de sa mère et a pris à son tour le chemin tout en jouant de son instrument.

Arrivée non loin du champ, elle a caché l’instrument et a rejoint son frère qui était très en colère.

-       Puisque c’est comme ça dé, tu vas surveiller le champ toute seule et moi je ferai ma musique.

-       Eh ! Toi, là aussi ! C’est pas la peine que je me fatigue : avec ton gros dong, dang, dong tu vas faire mourir de peur les oiseaux.

En riant, elle est partie loin de son frère et parfois, elle s’approchait de lui en le narguant : « dong, dang, dong », c’est tout ce qu’il sait faire ton instrument de garçon ? »

A midi, ils ont mangé ensemble et au moment de la sieste le frère a dit : « je vais faire la sieste toute l’après-midi, ça t’apprendra ! »

Elle n’a rien répondu et elle a attendu qu’il soit bien endormi. Alors, elle a sorti son instrument de sa cachette, est restée loin de lui et a recommencé à s’exercer. Et cela faisait une jolie musique qui berçait les rêves du frère et a fini par le réveiller.

-       Eh ! C’est quoi cette musique ?

-       Quelle musique ? Rendors-toi, tu as dû rêver !

A peine le frère rendormi, elle a de nouveau joué le morceau qu’elle venait d’inventer et qui lui plaisait.

Le frère s’est réveillé en sursaut, regardant partout autour de lui :

-       Là, cette fois, j’ai pas rêvé ! C’était bien de la musique !

-       Yééééh oh ! Si tu entends des choses qui n’existent pas, ça devient trop grave ! T’as vraiment besoin de beaucoup de repos, là !

Le frère a fait semblant de se rendormir et la sœur s’est de nouveau exercée à jouer son morceau. Il s’est alors levé d’un bon et avant qu’elle ait le temps de cacher à nouveau son instrument il s’est exclamé :

-       Ah ! Je ne suis pas fou ! C’est toi qui jouais cette musique ! Il est bien ton instrument prête-le moi !

-       Non ! ça n’est pas instrument de garçon ! Ça est instrument de fille, dé ! Tu n’y toucheras pas !

-       En échange, je te prête mon instrument…

-       Ton dong, dang, dong là ? Tu peux le garder pour effrayer les oiseaux, je n’en veux plus !


Bon, l’histoire a une suite, mais ce soir je n’ai plus de temps. Si je peux, je continuerais demain…

En attendant

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Suite et fin de l'histoire ici : L'origine de la Cora 2 et Ballaké Sissoko

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“Que celui qui combat les monstres prenne garde dans sa guerre à ne pas devenir un monstre lui-même. A force de plonger trop longtemps dans l’abîme c’est l’abîme qui entre en vous.” Nieztsche