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Billet de blog 2 novembre 2025

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Éthique du soin ou tabou moral : faut-il tout interdire ?

L’interdiction des poupées sexuelles à apparence enfantine repose sur un principe de précaution. Mais l’absence de recherche sur leurs effets révèle une faute éthique : peut-on prétendre protéger sans chercher à comprendre ?

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Éthique du tabou ou éthique du soin ?
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L’interdiction des poupées sexuelles à apparence enfantine est juridiquement fondée : en France, toute représentation sexuelle à caractère enfantin est assimilée à de la pédopornographie. Cette position repose sur une volonté légitime de protéger les mineurs, mais elle s’appuie aussi sur un vide scientifique. Aucune étude rigoureuse n’a été menée pour évaluer si ces objets aggravent ou atténuent le risque de passage à l’acte chez des personnes en proie à des pulsions pédophiles. Ce refus d’explorer une hypothèse dérangeante constitue une faute éthique par omission, qui mérite d’être interrogée.

Trois fautes en une

• Faute envers les victimes : ne pas explorer les moyens de prévention, même indirects, revient à négliger leur protection. Si un objet controversé pouvait, dans un cadre thérapeutique strict, réduire le risque d’agression, refuser de l’étudier revient à ignorer une piste de sauvegarde.
• Faute envers les personnes à risque : refuser tout outil thérapeutique, c’est les condamner à la clandestinité et au risque. Certains individus cherchent de l’aide avant de passer à l’acte. Ne pas leur offrir de solution, c’est les abandonner à leur solitude et à leur dangerosité potentielle.
• Faute envers la société : laisser les tabous guider la recherche, c’est renoncer à une éthique du soin fondée sur la lucidité. Une société qui refuse de penser l’impensable se prive des moyens de le prévenir.

Illustration 2


Typologie du blocage éthique
• Psychologique : répulsion morale → refus d’étudier → encadrement clinique strict.
  La répulsion est légitime, mais elle ne doit pas paralyser la pensée.
• Institutionnel : peur du scandale → paralysie des protocoles → comité éthique élargi (victimes, soignants, juristes).
  Le scandale potentiel ne doit pas empêcher la construction de protocoles rigoureux.
• Politique : risque d’instrumentalisation → loi rigide → clause expérimentale sous contrôle judiciaire.
  Une loi peut prévoir des exceptions encadrées sans renier ses principes.
• Épistémique : tabou de la simulation → angle mort scientifique → recherche en double aveugle, anonymisée.
   La simulation n’est pas l’approbation : elle peut être un outil de compréhension.

Vers une éthique du courage

Une éthique du soin ne confond pas prévention et approbation. Elle ose poser la question : et si cet objet, aussi dérangeant soit-il, pouvait éviter un passage à l’acte ? Elle appelle à des protocoles encadrés, à des comités élargis, et à une recherche qui ne fuit pas les zones grises. Il ne s’agit pas de légitimer, mais de comprendre. Il ne s’agit pas de banaliser, mais de prévenir. Il ne s’agit pas de tolérer, mais de soigner.

Pour un débat lucide

Ce texte n’est pas une défense des objets interdits. C’est une interpellation : peut-on prétendre protéger les enfants sans oser comprendre les pulsions qui les menacent ? La recherche doit être courageuse, même quand elle explore l’inconfortable. L’éthique doit être responsable, même quand elle affronte le tabou. Il ne s’agit pas de tout permettre, mais de tout penser.

De la peluche au stigmate

1. L’objet comme support de fantasme
- Qu’il s’agisse de poupées sexuelles ou de peluches, l’objet est parfois perçu non pour sa usage réel, mais pour sa potentiel fantasmatique.
- En Arabie Saoudite, certaines interdictions ont visé les peluches ou jouets jugés « porteurs de fétichisme » ou contraires à la morale religieuse.

2. Stigmatisation par association
- L’objet devient symbole d’un comportement jugé déviant, même s’il n’est ni criminel ni nuisible.
- Cette logique rappelle les interdictions de sextoys dans certains pays, fondées non sur des faits mais sur des interprétations morales ou religieuses.

3. Déplacement du contrôle
- Au lieu de réguler les actes, on régule les supports — comme si l’objet était coupable par contamination.
- Cela révèle une politique du soupçon, où l’intimité devient territoire surveillé.

Ce n'est pas la vérité qui divise et affaiblit. C'est le refus de la chercher ensemble.

Liens vers la CPT (proposition de Constitution Provisoire de Transition) :
Le texte : http://lc.cx/CPT-pdf
Les questions fréquentes : http://lc.cx/FAQ-CPT
Le site : http://cpt.wikicratie.fr

Si ce texte vous a interpellé, n’hésitez pas à le commenter ou à le partager. Vos retours nourrissent la réflexion collective, il n'y a pas de démocratie sans débats.

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