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Billet de blog 21 décembre 2025

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De l’esclavage au salariat endetté : une même logique de domination

Loin d’être un acte moral, l’abolition de l’esclavage fut une reconfiguration stratégique du capitalisme colonial. Aujourd’hui encore, le salariat endetté prolonge cette logique, soumettant les citoyens à un servage moderne sous l’emprise des banques et des grandes fortunes.

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L’abolition comme reconfiguration du contrôle, non comme réparation

L’histoire officielle présente l’abolition de l’esclavage comme un progrès moral, fruit de la République fidèle aux Droits de l’Homme. Mais cette lecture masque une réalité plus brutale : l’abolition fut d’abord une décision économique, dictée par la baisse de rentabilité du système esclavagiste face à l’émergence d’un salariat contraint, plus souple, plus rentable, et tout aussi violent.

Le salariat contraint : une nouvelle forme de servitude

- L’esclave affranchi devient un « homme libre » sans terre, sans capital, sans droits sociaux.  
- Il doit désormais se loger, se nourrir, s’habiller à ses frais, souvent auprès de ses anciens maîtres devenus bailleurs ou commerçants.  
- Il travaille pour survivre, dans des conditions fixées par le marché, sans pouvoir de négociation.  

Ce que l’on présente comme une émancipation est en réalité une externalisation des coûts : l’ancien maître n’a plus à nourrir, loger, soigner ses esclaves. Le « travailleur libre » doit s’auto-gérer dans la précarité, sous peine de faim ou d’expulsion.

Une illusion de liberté au service de la rentabilité

- Le salariat permet une flexibilité accrue : embauche à la tâche, licenciement sans frais.  
- La dette devient un outil de discipline : le crédit asservit.  
- L’idéologie de la liberté masque les rapports de force : chacun est « libre » de se soumettre ou de mourir.  

La République peut ainsi proclamer : « Nul n’est esclave », tout en maintenant des millions d’hommes et de femmes dans une servitude économique. L’idéologie de la liberté devient le masque d’un nouveau régime d’exploitation, plus moralement acceptable, mais tout aussi destructeur.

Les Droits de l’Homme comme écran idéologique

- Ils permettent de dire : « Vous êtes libres, donc responsables de votre sort. »  
- Ils empêchent de penser la réparation, puisque l’égalité est supposée acquise.  
- Ils transforment la violence structurelle en échec individuel.  

La République ne ment pas : elle déplace le problème. Elle transforme une domination visible (l’esclavage) en une domination invisible (le marché, la dette, la précarité), tout en se parant des vertus de la morale universelle.

La dette : servage moderne et capture généralisée

- Le salariat contraint s’est prolongé par l’extension de l’argent-dette, qui soumet les citoyens à un nouveau type de servitude.  
- Les banques créent la monnaie sous forme de prêts, assortis d’intérêts que seule une croissance perpétuelle permettrait de rembourser.  
- Les ménages, les entreprises, les États eux-mêmes deviennent dépendants de créanciers privés, souvent issus des mêmes grandes fortunes qui ont profité de l’esclavage.  

Ce système transforme la liberté en fiction : chacun est libre d’emprunter, mais contraint de rembourser avec intérêts. Le travail ne libère plus, il finance la rente. Le citoyen devient locataire de sa propre vie, captif d’un cycle où il doit payer pour exister.

Et les réparations ?

- En France, les anciens propriétaires d’esclaves furent indemnisés en 1848.  
- Les esclaves affranchis, eux, ne reçurent ni terres, ni salaires rétroactifs, ni droits spécifiques.  
- Ce silence n’est pas un oubli : c’est une stratégie de continuité.  

En refusant de réparer, les États ont sanctuarisé les fortunes bâties sur l’exploitation humaine. Les descendants des esclaves ont hérité d’un patrimoine amputé, d’un accès restreint à la terre, à l’éducation, à la citoyenneté pleine.

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Ce n’est pas la vérité qui divise et affaiblit. 
C’est le refus de la chercher ensemble.

Liens vers la CPT (proposition de Constitution Provisoire de Transition)  
Le texte : http://lc.cx/CPT-pdf  
Les questions fréquentes : http://lc.cx/FAQ-CPT  
Le site : http://cpt.wikicratie.fr

*Si ce texte vous a interpellé, n’hésitez pas à le commenter ou à le partager.  
Vos retours nourrissent la réflexion collective, il n’y a pas de démocratie sans débats.*

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