Fleur Pellerin : "Taubira cite René Char et Edouard Glissant. Moi je sais gagner des arbitrages"

Nommée rue de Valois à la place d’Aurélie Filippetti, Fleur Pellerin fait partie des ministres les plus critiquées du gouvernement. La faute à des erreurs de communication et à un discours jugé à la fois trop technique et trop superficiel par les milieux culturels. Un article intéressant, dépublié par le journal "Le Monde". Extraits.

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 "On parle sans cesse de culture populaire. La vérité, c’est que mes prédécesseurs ont mené pendant vingt ans une politique de création de grands établissements culturels, majoritairement en Ile-de-France. C’est très bien. Seulement aujourd’hui, le budget du ministère est avant tout mis à contribution pour les entretenir. Résultat : une grosse partie des efforts financiers va à des institutions faites pour des CSP+. On se rend compte qu’il n’y a plus d’argent sur les territoires, il n’y a plus de MJC, on a asséché les associations qui faisaient la vie culturelle dans les quartiers, qui étaient pourtant d’extraordinaires capteurs capillaires de ce qui s’y passait."

"Tour à tour, on me reproche d’être illettrée et de ne pas savoir lire, puis de faire partie de l’élite et d’être carriériste. On en rit avec mon mari [elle montre la fenêtre, du menton : Laurent Olléon travaille au Conseil d’Etat, en face, de l’autre côté du jardin du Palais Royal], lui qui est le fils d’un agent immobilier de Beauvais. Je ne viens pas d’un milieu où j’ai hérité d’un bagage culturel. Chez moi – ma mère a arrêté l’école à 14 ans pour travailler, mon père est scientifique, une famille de hussards de la République, et je suis née dans un bidonville à l’autre bout de la terre –, la culture était quelque chose qui était de l’ordre du code social. Rien dans mon schéma astral ne disait que je me retrouverais un jour à discuter avec vous ici. C’est pour ça que le « elle n’est pas à sa place » me passe au-dessus de la tête."

"Le monde des artistes s’est beaucoup éloigné de la gauche avant même que je prenne mes fonctions. Christiane cite Edouard Glissant ou René Char. Ma force à moi, c’est que je connais bien l’administration. Je sais gagner mes arbitrages. Il y a deux semaines, j’ai obtenu la mise aux enchères des « fréquences en or », cette bande de 700 mégahertz du spectre radio qui traverse le béton, importante pour les opérateurs de téléphonie mobile, et qui a rapporté 2,8 milliards au budget de l’Etat."

"Bien sûr, je pourrais aussi lire des romans…Le job, ce n’est pas guide conférencier, ce n’est pas historien de l’art. Je ne suis pas quelqu’un qui s’intéresse à qui est le designer qui a fait la lampe posée dessus... Penser que c’est un ministère du verbe, voilà justement ce dont je veux me débarrasser."

"Il y a quinze ans, cela aurait semblé normal d’arrêter la politique pour aller rejoindre au moins un temps le secteur privé. Aujourd’hui, il y a une sorte de devoir moral à continuer. Une nécessité de trouver des réponses : comment on fait du commun, comment on renouvelle les formes de l’action politique. Jamais je n’ai éprouvé ce sentiment d’être dans une situation aussi critique, à la fois en tant que citoyenne et en tant que responsable politique. On est devant le mur. (...) J’avoue que je n’ai pas toutes les réponses. La situation est si incertaine. Je ne vois pas où va le Parti socialiste, où vont les Républicains… Je vois bien, en revanche, où va le Front national… Montée de l’extrême droite, djihadisme… Et une crise européenne majeure sur l’accueil des migrants. On vit un moment révélateur de ce qu’on est idéologiquement."

"C’est une position tout à fait personnelle mais je pense qu’on a laissé trop longtemps aux souverainistes la question de l’identité. Je connais Laurent Bouvet qui a publié L’Insécurité culturelle. Il y explique qu’à l’insécurité physique et à l’insécurité économique, s’ajoute une autre, celle des gens qui se sentent mis en cause dans leurs valeurs. Quand il a sorti son livre chez Fayard au début de l’année, il s’en est pris plein la figure. On l’a traité d’islamophobe. Je pense qu’on a tort, que ne percevoir ce qui se passe qu’à travers une cause unique, la violence sociale, est simpliste. Que des gamins se disputent à l’école primaire sur des questions religieuses, c’est tout à fait nouveau et inquiétant ! Il faut repenser le contrat social, le contrat républicain, les valeurs qu’on partage. Il n’y a qu’à voir la façon dont les gens se sont réapproprié les symboles de la République, de la nation, le drapeau, La Marseillaise…"

Source: http://www.lemonde.fr/culture/article/2015/12/01/fleur-pellerin-christiane-cite-rene-char-moi-je-sais-gagner-mes-arbitrages_4821375_3246.html#xtor=RSS-3208

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