Réussir un coup d'état : Les snipers d'Euromaidan tiraient sur les deux camps

Les journalistes qui suivent l'affaire ukrainienne en sont informés depuis 24 heures : selon l'enregistrement d'une conversation entre Catherine Ashton et le Ministre estonien des affaires étrangères Urmas Paet, les snipers auteurs du massacre de Kiev sont des hommes d'EuroMaidan, qui tiraient sur les deux camps. La véracité de l'enregistrement n'a pas été démentie, mais confirmée par le ministre lui-même qui se scandalise que des écoutes aient eu lieu, dans un communiqué officiel : It is extremely regrettable that phone calls are being intercepted. The fact that this phone call has been leaked is not a coincidence.

 

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Catherine Ashton, vice-présidente de la Commission européenne

Photographe: Ye Pingfan/Rex

 

La "fuite" proviendrait des services de renseignement ukrainiens (SBU). La fidélité des services de renseignements au président ukrainien élu devrait susciter quelques réflexions. D'autant qu'elle s'ajoute au ralliement à l'est ukrainien d'une partie de la marine et de l'aviation ukrainiennes.

L'intervention des snipers semble donc avoir été le résultat d'une provocation meurtrière de certaines tendances d'EuroMaidan. C'est un élément à prendre en compte dans les tentatives d'EuroMaidan pour faire échouer toute conciliation, notamment l’accord du 21 février 2014 signé entre le gouvernement légitime de l'Ukraine et l'opposition parlementaire sous l'égide de l'Union européenne. Un accord de dupes, donc, de la part de l'opposition dominée par les différentes mouvances nationalistes. Et s'ensuivit la désaffection d'une quarantaine de députés de la majorité préparant le renversement du président élu et la suspension de la Constitution.

 

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Catherine Ashton (UE) en compagnie d'Oleh Tyahnybok, chef du parti nazi Svoboda (à droite) et de Vitali Klitschko (UDAR), deux partis du nouveau gouvernement ukrainien

 

Quoiqu'il en soit, cette affaire met sur la sellette Catherine Ashton, vice-présidente de la Commission européenne, qui fut en première ligne pour soutenir l'organisation du coup d'état en Ukraine. Je publiais hier les extraits de cette analyse d'un journaliste new yorkais : 

Des forces extérieures, de l'Europe aux États-Unis, ont donné une légitimité, un encouragement et une aide pratique à l'opposition. Le renversement de M. Ianoukovitch n'est pas une révolution, mais le genre de changement de régime soutenu par l'Occident que nous avons vu depuis des décennies dans le Tiers-Monde.

L'Union européenne a été cette fois directement impliquée. Qu'est-ce qui a donné aux ministres des Affaires étrangères polonais, français et allemand le droit de négocier des accords qui ont conduit à la destitution d'un gouvernement élu en Ukraine? Ces puissances étrangères ont ignoré la Constitution de l'Ukraine et fait pression sur les Ukrainiens pour s'en écarter.

Une photo dans le New York Times de Catherine Ashton, la chef de la politique étrangère de l'UE, serrant la main à Mme Timochenko à Kiev résume vraiment les choses. Ashton est une fonctionnaire non élue qui a zéro soutien démocratique. La seule présence d'Ashton a vendu la mèche : c'était un coup monté antidémocratique.

L'implication occidentale dans le Coup d'état exige donc que la presse du système mette l'information sous le coude. Dans la francophonie européenne, seuls les médias belges (Le Soir) et suisses (la RTS) relayaient l'information hier soir. En France, l'un des pays les plus largement impliqués, c'est toujours l'autocensure à cette heure. Des bruits se font néanmoins entendre, l'angle choisi étant celui de la "rumeur".

 

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En revanche, l'information est couverte, sans excès, par tous les médias  britanniques. Dès 13h45 le 5 mars, le grand quotidien britannique Daily Telegraph détaillait l'information, en incluant l'enregistrement dans son fil de suivi sur l'affaire ukrainienne. BBC, Guardian et Times également. Ce qui révèle que le Royaume-Uni est l'un des rares pays libres de l'Union européenne. Mais il s'en est donné les moyens, en la mettant simplement à la bonne distance.

Dans la presse française en ligne, on retrouve l'information, mais, comme ici, seulement dans les commentaires ou dans des blogs peu suivis. On assiste ainsi à un décalage croissant entre le lectorat et les journalistes "embedded" dans leurs rédactions. Dans les blogs "suivis", à noter en particulier les articles de Jacques Sapir et de Philippe GrassetPaul Jorion a repris également l'information.

 

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