Podemos tranche et propose une perspective inédite, l'unité populaire

Podemos tranche dans le vif, l'air de rien. Son ascension apparemment fulgurante semble refléter une attente politique insatisfaite. Si des offres similaires existent en Italie et en Grande-Bretagne, sous des formes très différentes (M5S en Italie, UKIP au Royaume-Uni), on ne voit rien venir en France, pays pivot de l'Union européenne : l'alternative en France reste cantonnée à la volonté unitaire d'une gauche partagée entre l'anarchisme prônant abolition de l'état et de la propriété privée et le rêve d'une nouvelle constitution qui changerait la politique. La France, pays du conflit idéologique, propose beaucoup d'idées pour ne surtout rien changer dans un système social presque encore intact qui se complaît dans une stagnation de bon aloi.

 

Les alternatives sur Mediapart : Jorge Lago et l'expérience Podemos © Mediapart

Entretien mené de manière particulièrement pertinente et complète par Ludovic Lamant et Frédéric Bonnaud


Podemos propose un glissement de la problématique droite/gauche vers le concept de caste/peuple. Jorge Lago, l'un des responsables du mouvement Podemos, souligne que la social-démocratie est vide de projet qu'il y a peu de chose qui distingue la droite de la gauche, que toutes deux exposent l'Europe du sud à la troïka UE-BCE-FMI, à l'austérité, qui sont les forces qui gouvernent réellement. Il ne s'agit plus d'une crise droite/gauche, mais populaire et citoyenne. La problématique droite/gauche ne se "connecte" plus avec la population. Podemos souhaite remplir l'espace politique laissé en jachère. 

Jorge Lago, qui vient de la gauche, comprend que cette approche puisse surprendre. C'est le mouvement des Indignés, très populaire en Espagne, qui a opéré la rupture avec les lendemains "qu'on ne voyait jamais". Mais ce mouvement était dans une impasse politique. L'idée d'un prolongement politique du mouvement des Indignés était exclue par la gauche. C'est pourquoi le cadre politique n'est plus à trouver dans la gauche et la droite mais dans une "unité populaire" constatant qu'il n'existe plus de souveraineté politique et économique.

De même, Podemos ne souhaite pas relancer le débat espagnol Monarchie/République, autrement dit un débat constitutionnel s'inscrivant dans des discours identitaires fixes. Le but n'est pas d'avoir raison contre un autre camp. L'objectif de Podemos est de prendre le pouvoir rapidement. 

Jorge Lago reconnaît des similitudes avec le mouvement M5S de Beppe Grillo. Ces mouvements permettent de construire le concept de "peuple". Podemos et M5S sont des mouvements en construction, très récents, qui restent ambigus dans les concepts. Ils peuvent apparaître naïfs et conservent des points d'inertie par rapport au cadre existant. C'est ainsi que Lago reproche à M5S de ne pas se placer du côté de la gauche, ce qui est pourtant exactement la démarche proposée par Podemos. La réflexion sur l'Union européenne est purement pragmatique ce qui ne permet pas à Podemos d'avoir une vision d'ensemble.

En revanche, Lago a suffisamment de recul pour comprendre que le projet mélenchonien de 6ème république ne répond pas aux enjeux en France, car l'important est d'occuper un espace politique qui est aujourd'hui abandonné au Front national. Finalement, Lago s'inquiète du fait qu'il n'existe pas un projet d'unité populaire en France, le Front de gauche ne pouvant dépasser à lui seul le plafond des 10-11% des votants. Or en Espagne il s'inscrit dans la perspective d'une prise du pouvoir rapide de son mouvement, qui ne cherche pas à tous prix à avoir raison sur tout mais à occuper l'espace politique laissé en jachère par les forces politiques qui ont abandonné le terrain et surtout abandonné la population au profit de la troïka.

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