Gauche allemande : sauver les Européens plutôt que la monnaie

 

Boycottée par l'ensemble des médias français sans exception, la déclaration d'Oskar Lafontaine, le 30 avril dernier, avait pourtant de quoi retenir l'attention. Fervent défenseur de la monnaie unique, Oskar Lafontaine n'est pas le premier venu. Chef du gouvernement de la Sarre de 1985 à 1998, il est choisi en 1990 par son parti, le SPD, pour briguer le poste de chancelier fédéral, face à Helmut Kohl. Il échappe à un attentat pendant la campagne électorale. Il devient président du SPD en 1995 et il est nommé ministre fédéral des Finances en 1998, au moment même où se met en place la monnaie unique. En désaccord avec la politique économique menée par le chancelier Gerhard Schröder, il quitte le SPD et cofonde Die Linke (parti de gauche radicale) qu'il copréside jusqu'en 2010, avec un certain succès.

Le 30 avril dernier, Oskar Lafontaine publie un billet dans lequel il estime que la situation actuelle ne peut plus durer : la crise est en train de saper les fondements démocratiques des états européens. Il souhaite éclairer ses compatriotes sur le fait que les pays du sud de l'Europe ainsi que la France seront amenés tôt ou tard à répliquer à l'hégémonie allemande sur l'Union européenne, du fait de leur paupérisation. Ces pays sont en effet soumis au dumping salarial pratiqué par l'Allemagne, en violation des traités européens depuis la création de l'Euro.

Résumons :

Constat d'échec de la monnaie unique

Lafontaine fonde sa réflexion sur la question salariale. Ainsi, il pense que l'Euro aurait pu marcher si les Européens s'étaient mis d'accord sur cette question. Mais désormais, toute idée d'une solution rationnelle dans cette voie est à écarter :  "les espoirs selon lesquels la création de l’euro imposerait une attitude économique rationnelle de toutes les parties se sont avérés vains."

"Aujourd’hui le système est hors de contrôle."

C'est ainsi que, pour rééquilibrer les niveaux de compétitivité au sein de la zone euro, des pays comme la Grèce, le Portugal ou l’Espagne doivent pouvoir dévaluer leurs coûts d’environ 20 à 30% par rapport à la moyenne de l’Union Européenne et l’Allemagne devrait les augmenter d’environ 20%.

Abandonner la monnaie unique

Cette politique n’a aucune chance d’être mise en œuvre : une telle hausse des salaires en Allemagne est impossible selon les rapports de force actuels avec le patronat allemand et les partis qui le suivent (CDU/CSU, SPD, libéraux et Verts). D'autre part, une baisse massive des salaires de l’ordre de 20 à 30% en Europe du sud, et même en France, conduirait au désastre (comme nous le voyons déjà avec l’Espagne, la Grèce et le Portugal).

Il devient donc nécessaire d’abandonner la monnaie unique et de revenir à un système qui rende possible les dévaluations et les réévaluations, comme c’était le cas avec le prédécesseur de la monnaie unique, le Système Monétaire Européen (SME), dans le cadre d'un système de change contrôlé et donc de contrôle des mouvements des capitaux et de régulation du secteur financier.

Le 23 mai prochain, Oskar Lafontaine prévoit de faire une déclaration commune à ce sujet avec l'économiste Heiner Flassbeck, son ministre-adjoint aux Finances en 1998-99, aujourd'hui économiste en chef à la CNUCED.

 

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Analyses du texte original : 

* Jacques Sapir (économiste) : http://russeurope.hypotheses.org/1198

* Jacques Nikonoff (M'PEP) : http://www.m-pep.org/spip.php?article3307

Voir aussi : http://blogs.mediapart.fr/blog/xipetotec/040513/oskar-lafontaine-lache-leuro-il-faut-restaurer-le-systeme-monetaire-europeen


Le texte de deux économistes proches de Lafontaine :

* Heiner Flassbeck and Costas Lapavitsas, The systemic crisis of the Euro – True causes and effective therapies, Rosa Luxemburg fundation, mai 2013 : http://www.networkideas.org/featart/may2013/pdf/Systemic_Crisis.pdf

 

 

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