De la frénésie russophobe

"Au fond, tous les personnages de la Russie qui ont incarné la volonté d’existence nationale de la Russie ont fait l'objet d'une détestation égale à celle de Poutine. De ce point de vue, je dirai : est Poutine, tout Russe qui résiste à l’impérialisme occidental."

"Je pense surtout à quelque chose qui frappe l'observateur de la période de la deuxième décennie des années 2000 : si on se place du point de vue occidental, Poutine est le symbole de ce qu'on pourrait appeler la russophobie triomphante en Occident, pour des raisons pas du tout politiques et je ferai la même remarque qu’à propos de la guerre froide - pour des raisons fondamentalement économiques et impérialistes.

La Russie est un pays richissime qui a fait baver d'envie les pays impérialistes depuis la naissance de l'impérialisme ; l'impérialisme allemand ; l'impérialisme américain.  Par conséquent cette avidité de prendre le contrôle de la Russie a caractérisé tous les impérialismes puisque par exemple en 1905 vous trouvez dans des journaux allemands des articles sur le thème « les villages ukrainiens dans des zones pas développées seraient tellement mieux gérés si l’Allemagne s’en occupait ». Vous voyez ça date de 1905 et nous sommes avec les questions ukrainiennes toujours dans le même cas de figure, à ceci près que les deux principaux concurrents sont Allemands et Américains dans l’affaire.

 

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Poutine à la chasse au tigre (fake news du JT de France 2 le 10 août 2018)

Cette espèce de frénésie anti-russe qui a des caractéristiques un peu différentes et communes entre tous les pays impérialistes aboutit à ce que toute personnalité russe qui, à l'époque impérialiste, s'affiche comme voulant faire respecter un certain nombre de droits ou de droits estimés ou d'attributions de la Russie, se fait littéralement accabler comme  « tsar » comme « tyran », etc. C'est très amusant parce qu’on observera qu’à l'époque du tsar, en effet un tyran abominable, pogromiste et cetera, l'impérialisme français juge la Russie tout à fait bonne, parce qu’elle l'aide dans sa capacité de résistance éventuelle à un assaut allemand, alors qu’en revanche la violence anti-russe est déjà considérable en Allemagne et elle est considérable parce qu’elle mêle la tête de l'impérialisme qui est franchement russophobe parce qu’il s'agit quand même de mettre la main sur l'Ukraine, les pays baltes et puis d'aller même jusqu'au cœur de la Russie, ça c'est un point, le deuxième point c'est que la violence russophobe a un aspect de gauche parce que le Parti social-démocrate fait de la dictature tsariste quelque chose d'abominable, ce qui fait qu'à partir de 1917 il y a une conjonction entre la vieille russophobie du pangermanisme de droite et le faux caractère révolutionnaire du SPD.

Au fond, tous les personnages de la Russie qui ont incarné la volonté d’existence nationale de la Russie ont fait l'objet d'une détestation égale à celle de Poutine. De ce point de vue, je dirai : est Poutine, tout Russe qui résiste à l’impérialisme occidental. C'est bien simple, Eltsine ne risquait pas de générer la réputation de Poutine et on pourrait dire que l'assimilation permanente de Poutine à Staline et même au Tsar jadis très aimé de la France, c'est une espèce de constante des prétentions de l'impérialisme occidental à l'égard de la Russie, qu'elle soit bolchevique ou qu'elle soit revenue au capitalisme."

Annie Lacroix-Riz

https://youtu.be/IOFIRyzK0LA

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