François Mitterrand, une carrière cagoularde

"Quand on voit François Mitterrand on se dit qu'il est bon de réfléchir sur les concepts de droite et de gauche gouvernementale."

"François Mitterrand me semble un symbole extraordinaire de ce qui est la continuité des élites, l'imposture générale sur laquelle repose la représentation politique, le fonctionnement politique de nos sociétés. Il me semble un symbole du parfait statu quo qui a été remarqué après la Deuxième guerre mondiale et dont je suis observatrice personnelle en tant qu'historienne.

On a là un élément de la mouvance fasciste de l'Entre-deux-guerres, qui est l’un des jeunes cagoulards les plus actifs, avec toute une série de ses amis qui le demeureront toujours - je pense à des gens comme Pierre Bénouville dit Guillain de Bénouville - avec une formation cléricale, une identité très putschiste - il semble qu'il ait participé d'ailleurs à toute une série des phases d'intervention de la Cagoule bien plus larges qu'on pourrait le penser - ; qui naturellement suit la mouvance vichyste ; qui est un jeune fasciste tout de même assez important pour être à Vichy du lot des détenteurs de la francisque qui ne font guère qu’à peu près de 2500 noms, ce qui veut dire tout même des gens qui sont très liés au régime et dont l'apparentement à ce qu'on appelle les vichysto-résistants, concept lui-même absolument ridicule, fait de lui un résistant qu'il n'a jamais été. C'est quand même quelqu'un qui comme à peu près tout l'appareil d'Etat à l'époque à partir de 1943 prépare sa reconversion américaine. C'est même le thème de mon prochain livre ; bien que je ne parle pas de François Mitterrand parce que les archives ne sont pas suffisantes sur lui ; elles sont d'autant moins suffisantes qu'à mon avis en tant que ministre de l'Intérieur dans les années 1950 il a dû faire procéder à un sourcilleux ménage.

 

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Et ce qui est caractéristique de ce qu'est la gauche française qui est devenue très américaine, symbolisée par la SFIO, cet ancien fasciste est devenu le chef de la SFIO, enfin je devrais dire du Parti socialiste. Ce qui montre à quel point nous avons une vision faussée de ce qu'est la réalité des partis de droite et des partis de gauche, qui nous renvoie toujours à ce qu'est la tutelle exercée dans l'ombre par les véritables détenteurs du pouvoir ; sachant que toute la carrière de François Mitterrand est une carrière cagoularde dictée par les cagoulards et en particulier que celui qui a assuré son ascension d'Après-guerre est un des premiers cagoulards du lot, qui a été d'ailleurs dirigeant de la Cagoule ou de sa mouture de Deuxième guerre mondiale, le mouvement dit « socialiste révolutionnaire » - je répète c'était la Cagoule à strictement parler c'est à dire Eugène Schuller, le fondateur de l'Oréal, qui a assuré à Mitterrand sa relance ; tout un chacun est frappé par cette constance, ces amitiés, ces protections cagoulardes sans vouloir s'apercevoir qu’il n'est quand même pas de hasard et qu'il est extraordinaire que les éléments d'extrême droite de la Cagoule soient devenus des protecteurs d'un parti, le PS,  qui n'a pas toujours été le premier parti de gauche mais qui est devenu le premier parti de gauche et qui en tout cas jusqu'à une période récente l’était encore. Quand on voit François Mitterrand on se dit qu'il est bon de réfléchir sur les concepts de droite et de gauche gouvernementale."

Annie Lacroix-Riz

https://youtu.be/Jdtp7lQfryc

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