Le mythe du "repli national" dans le discours dominant de la gauche

A gauche désormais, pas un discours, pas une motion déplorant les politiques d'austérité n'omettent de dénoncer la menace d'un "repli national". Il conviendrait donc, pour ne pas être "défaitiste", de continuer à donner une légitimité aux institutions européennes et à agir dans un cadre jugé pourtant  antidémocratique

Quelques perles :

* Martin Schultz, social-démocrate allemand
Il y a une alternative au projet européen, c’est le repli national, préconisé à droite de la droite et à gauche de la gauche par tous ceux qui vantent le mot d’ordre : seuls, nous serons plus forts.

* Le Monde :
Les crispations alarmantes de la société française (la description des tares attribuées aux Français est l'un des exercices obligés de ce canard)

* Le PCF et le mythe de l'autre euro contre le "repli national" : http://www.pcf.fr/26691
Les économistes du PCF vivement critiqués par Jacques Sapir : http://russeurope.hypotheses.org/1381

* Discours de Pierre Laurent au meeting du PGE

Tous celles et ceux qui aujourd'hui se lèvent, s'unissent contre la domination des marchés financiers sont du mouvement qui inventera une nouvelle solidarité européenne et qui fera échouer le repli nationaliste et xénophobe 

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* Parti de gauche : 

Obtenir une refondation de l'UE à un horizon prévisible, considérer qu'il n'est d'autre issue que de sortir de l'Union Européenne, c'est un message de repli national dangereux qui serait envoyé dans un contexte de crise globale propice aux tensions internationales.

http://www.lepartidegauche.fr/system/documents/textes-Pour-une-autre-Europe.pdf

 

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La résistance d'intellectuels de gauche

Une intervention commune d'Emmanuel Todd et de Frédéric Lordon en appelle à la souveraineté populaire contre le pouvoir des banques. L'intervention a suscité l'ire de certains militants du Front de gauche (dérivant en attaque personnelle et psychanalyse de bazard), en particulier parce qu'Emmanuel Todd a souligné qu'il ne perçoit pas le Parti de gauche comme tellement plus à gauche que le PS. (...).

 La priorité pour la gauche française, c'est de construire un discours fort sur la nation, de réinventer une vision de gauche de la nation qui balaye la nation ratatinée du FN. Nous devons comprendre ce que l'Europe est devenue pour les politiques et pourquoi ils n'osent pas sortir de l'euro. L'Europe leur permet de fuir leurs responsabilités, de ne pas gouverner. 

Dans son blog personnel, Frédéric Lordon remet le couvert et s'en prend cette fois au mythe du "repli national", qui sert à justifier le soutien de la gauche de la gauche (et plus généralement du Parti de la gauche européenne) à l'Union européenne et à l'euro. Une posture qui, selon lui, anéantit toute vélléité de résistance aux politiques d'austérité. Extrait :

A ce compte-là bien sûr, la gauche critique finira rapidement dépossédée de tout, et avec pour unique solution de quitter le débat public à poil dans un tonneau à bretelles. Comme on sait, sous couleur de ne pas donner prise aux accusations de « repli national », elle a laissé tomber de fait toute idée de mettre quelque entrave que ce soit au libre-échange puisque toute restriction à la libre circulation des conteneurs est une offense égoïste faite aux peuples des pays exportateurs – et la démondialisation y a été vue comme une inacceptable entorse à un internationalisme de principe. En bonne logique ne faudrait-il pas, à cette partie de la gauche, renoncer également à la critique de la déréglementation financière internationale au motif que l’extrême droite, elle aussi, en fait l’un de ses thèmes de prédilection, en conséquence de quoi la chose ne pourrait plus être dite ? Repli national », en tout cas, est devenu le syntagme-épouvantail, générique parfait susceptible d’être opposé à tout projet de sortie de l’ordre néolibéral.

http://blog.mondediplo.net/2013-07-08-Ce-que-l-extreme-droite-ne-nous-prendra-pas

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Pour la gauche critique, toute restriction à la libre circulation des conteneurs est une offense égoïste faite aux peuples des pays exportateurs.

 

(F. Lordon)


Jacques Sapir apporte un complément à cette analyse en ajoutant que l'opposition n'est pas entre internationalisme et nation. Elle est entre droite et gauche. Il y a une approche de la nation de gauche et une approche de la nation de droite. L'idéologie européiste, en distillant sa haine de la nation, a tenté de faire oublier, comme dans d'autres domaines, les différences entre la droite et la gauche :

http://russeurope.hypotheses.org/1441

Ceci étant dit et précisé, je partage pleinement l’idée affirmée par Frédéric LORDON que la gauche, la vraie, aurait tout intérêt à se réapproprier la Nation comme condition nécessaire à l’existence de la démocratie et de la Res Publica.

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