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Billet de blog 15 oct. 2017

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L'indépendance doit-elle nécessairement passer par une dose de xénophobie ?

Comment répondre à la situation de blocage dans laquelle se trouve une grande partie de l'Union européenne ? Fuite ou inclusion ? Xénophobie ? Est-il possible d'échapper aux déterminations sociales et aux dominations dans un système qui n'est pas démocratique ?

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Il semble admis que la revendication d'indépendance de la Catalogne est une réponse à la situation de blocage créée par les politiques déflationnistes en Europe. En témoigne le récent éditorial du député européen Patrick Le Hyaric (PCF), dont la pensée est habituellement le reflet du conformisme et de la protestation de bon aloi de la gauche française sur les questions européennes :

"L'actuelle conception a-démocratique de l’Union européenne portée par le traité de Maastricht et confortée par celui de Lisbonne favorise ces situations. Ceux qui dirigent le mouvement pour la sécession poussent à une intégration totale des régions aux politiques européennes. Amputés des puissantes prérogatives des Etats-Nations, ces régions feraient rapidement montre de leur faiblesse face aux puissances industrielles et financières transnationales mais aussi face à un Etat-Nation dominant comme c’est déjà le cas en Europe centrale et orientale. Assises sur des conceptions ethniques et inégalitaires, elles s’accommoderaient parfaitement des thèses néolibérales, voire de l’extrême-droite comme on peut l’observer dans les pays de l’ex-Yougoslavie. Avec un tel schéma, on est loin d’une souveraineté économique et politique de la Catalogne." (*)

Un blocage

Si le nationalisme catalan est tourné contre Madrid, accusée de tous les maux, y compris du creusement des inégalités entre régions riches et régions pauvres, personne ne peut soutenir sérieusement que le gouvernement Rajoy ou ses prédécesseurs seraient seuls à l'initiative des politiques d'austérité. Pas plus qu'en Grèce "Nouvelle démocratie" ou son successeur "Syriza" ne sont à l'initiative des Memoranda imposés au peuple grec. On peut même affirmer que c'est pour ne pas prendre en charge un nouveau mémorandum que le gouvernement de droite de  "Nouvelle démocratie" a démissionné en décembre 2014 et a passé le témoin à Syriza. 

Reste à faire comprendre aux manifestants français de la CGT ou de la "France insoumise" qu'Emmanuel Marcon n'est pas l'inventeur des principes sur lesquels reposent les "lois travail", ni un décideur. Cette vision étroitement nationale ignore en effet l'existence d'une guerre économique au sein de l'Union européenne et en particulier au sein de la zone euro, opposant le monde germanique à la France et à l'Europe du Sud. Les objectifs de réduction du "coût du travail" fixés par la Commission européenne (GOPE) attisent la guerre économique entre les salariés des pays membres de l'Union monétaire et détruisent les capitalismes nationaux, au bénéfice d'une Allemagne qui accumule les excédents.

Réformisme ou recentrages nationaux

Dans un tel contexte, on observe différentes stratégies au sein de l'Union européenne.

La première, choisie par les médias, les classes moyennes et les éduqués supérieurs, consiste à entretenir l'illusion d'un "dépassement" de la nation, sur la base de l'idéologie néolibérale prônant l'abolition des frontières et niant l'existence de rapports de force et de classe. L'Union européenne serait une construction égalitaire où prévaudrait le principe de solidarité. Ainsi, selon Yanis Varoufakis, ancien ministre du premier gouvernement Tsipras en Grèce, qui a consacré l'essentiel de son temps de ministre à vider les caisses de l'Etat au profit du FMI, il suffirait de "démocratiser" l'Union européenne. Pour la "France insoumise", c'est la Ve République qui serait responsable de la crise : il faudrait une "6e République" et "harmoniser" les modèles sociaux dans l'UE. Pour le Parti de la gauche européenne (PCF, Podemos, Syriza), l'UE est déjà une démocratie et il suffirait de stopper les politiques d'austérité. 

Personne ne nie les avantages d'une solidarité entre Etats. Mais on voit émerger un peu partout la volonté de sortir du blocage actuel, souvent sans a priori idéologique sur l'Union européenne : résistances voire sortie de l'UE certes mais aussi idée d'émancipation de l'Etat-nation dans le cadre de l'UE au profit de revendications identitaires. Dans les deux cas, il s'agit d'une aspiration commune à un "recentrage" (Todd) dans l'espoir d'échapper à des logiques de domination. Et en l'absence de capacité à décider démocratiquement de l'avenir de l'Europe et des nations, on observe que les aspirations démocratiques passent désormais par des formes de xénophobie.

Le cas extrême de l'Ukraine, sur les marches de l'Union européenne, permet d'envisager de manière plus apaisée les résistances de la Hongrie puis de la Pologne à l'emprise de l'Allemagne ; la volonté du Royaume-Uni de simplement quitter l'Union européenne, notamment par le refus d'une politique d'immigration calquée sur celle de l'Allemagne ; ou la résistance ethnocentrique catalane. Tous phénomènes qui dépassent les repères habituels.

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(*) Patrick Le Hyaric, "De la Catalogne, l'Europe en question", éditorial de "L'Humanité dimanche", 12 octobre 2017.

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