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Billet de blog 16 mars 2015

Grèce : une alternative à la stratégie de Syriza

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Dans une première partie, Costas Lapavitsas analysait l'échec de la stratégie de Syriza. Alors, que faire lors des prochaines négociations ?

Suite de l'interview du philosophe marxiste Costas Lapavitsas, député du groupe SYRIZA au Parlement grec. Publiée dans la revue marxiste US "Jacobin" (12/03/2015). 

D'abord, définir une stratégie alternative lors des négociations

"Nous devons faire un pas en avant et dire qu'avoir une stratégie alternative - avec une compréhension claire de ce qui est et ce qui n'est pas possible est important pour les négociations. Les négociations en février auraient eu un résultat différent, non seulement si le gouvernement avait été au courant du piège tendu, mais aussi s'il avait été préparé à prendre des mesures pour ne pas tomber dedans.

Les négociations n'ont pas le même aspect si l'autre partie se rend compte que vous avez une alternative dans vos mains et que vous êtes déterminé à la suivre en cas de besoin. C'est un point très important. Parce que, si vous leur dites que vous n'êtes pas prêt à appuyer sur le bouton nucléaire, vous vous affaiblissez énormément.

Trouver une solution de rechange va cependant être très difficile. 

La solution optimale : une sortie négociée

Je dirai que la solution évidente pour la Grèce en ce moment, en tant qu'économiste politique, la solution optimale, serait une sortie négociée. Pas nécessairement une sortie non concertée, mais une sortie négociée. Je pense que la Grèce aurait une chance raisonnable si elle était prête à se battre dans les négociations pour accepter une sortie négociée. Au moins provisoirement.

Sortie négociée, c'est-à-dire que l'autre partie serait prête à accepter une radiation de 50% de la dette. Et surtout, la sortie serait protégée en ce sens que la Banque centrale européenne [BCE] veillerait à ce que la dévaluation de la nouvelle monnaie n'excède pas 20 pour cent et à ce que les banques survivent.

Protéger le taux de change et protéger les banques ne coûte presque rien. Ce n'est pas comme si l'union monétaire était invitée à engager des sommes d'argent ou à supporter un coût important pour cela. Cela ferait une énorme différence, efficace, pour la Grèce, sans frais pour l'union monétaire. Le seul coût à la charge de l'union monétaire serait l'annulation de la dette.

Dans ce contexte, je peux voir des raisons qui pousseraient l'Union monétaire à accepter ce compromis, comme manière de mettre fin au problème grec. Pour moi, c'est une solution optimale en ce moment, parce que je peux voir les difficultés d'une sortie non concertée. C'est sur l'idée d'une sortie négociée que devrait se tourner le gouvernement.  Cependant, si c'est inévitable, une sortie même non concertée serait mieux que de continuer le programme actuel.

(...)

Illustration : Kotryna Zukauskaite

L'éventualité d'une sortie non concertée : défaut sur la Dette, contrôle des capitaux, nationalisation des banques

Dans le cas d'une sortie non concertée, la première chose qui devrait immédiatement se mettre en place est un défaut sur la dette. Le défaut ouvrira un processus de restructuration de la dette négocié (le défaut ne signifie pas que la dette disparaît, mais qu'on refuse de la payer).

Si ce n'est pas dans le cadre de l'Union monétaire, la restructuration sera beaucoup, beaucoup plus facile! Le FMI, par exemple, sait que la dette doit être restructurée. La vraie force de freinage à la restructuration est l'Union européenne et l'Union monétaire. Donc première chose, la dette peut attendre.

Les vrais problèmes seront alors les problèmes immédiats. Qui dit problèmes immédiats dit mise en place d'une série de mesures immédiates. Nous savons ce qu'il en fut de l'expérience chypriote, où l'UE les a imposé elle-même. Nous savons par exemple que l'UE permet le contrôle des capitaux et qu'elle l'impose quand c'est nécessaire. Donc, le gouvernement devrait imposer le contrôle des capitaux immédiatement ainsi que des contrôles bancaires. Les contrôles bancaires, si la situation se normalise dans un délai raisonnable, pourraient commencer à être levés au bout de quelques mois. Mais ces deux mesures immédiates sont des mesures primordiales qui devront être prises immédiatement.

Puis il y aura la question de tout re-libeller dans la nouvelle monnaie. Cela va générer une foule de questions juridiques - nous aurons besoin d'une armée d'avocats - car le meilleur moyen de mener à bien la re-dénomination est de tout faire au cas par cas. Pour la re-dénomination, si les contrats sont de droit étranger, ce sera problématique. Ces contrats devront être conservés dans certains comptes spéciaux, et ils devront être traités sur une longue période. Ceux de droit grec, dans l'ensemble, pourront être re-libellés immédiatement. Et cela signifie, bien sûr, les dépôts, les dettes bancaires, et autres obligations. Quoi qu'il en soit, tout ce qui concerne le périmètre d'exercice du pouvoir du souverain grec, l'Etat grec, et le système juridique grec serait à peu près re-libellé immédiatement. La re-dénomination créerait un problème pour les banques, et la nationalisation des banques serait évidemment immédiatement nécessaire. De toutes manières, la nationalisation des banques est clairement une étape essentielle pour l'économie grecque dès à présent parce que le système bancaire privé, ou le système bancaire en général, est en faillite. Donc, nous ne faisons pas ici quelque chose de particulièrement choquant.

Puis l'Etat devra intervenir une fois qu'il a nationalisé les banques et re-libellés leurs bilans, afin de restructurer les banques. Les banques ont besoin de réorganisation pour voir quelles sont celles qui subsisteront et à quelles conditions. C'est un processus qui va prendre un certain temps et il ne sera pas facile."

Costas Lapavitsas

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