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Billet de blog 18 juillet 2014

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L'hécatombe du peuple palestinien : un ajustement démographique par les armes ?

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Il n'y a pas d'issue interne. L'état palestinien ne pourra voir le jour car Israël mène une guerre de conquête qui ne pourra pas être stoppée sans intervention extérieure. Il ne peut y avoir d'Etat palestinien car la conception sioniste rend inenvisageable l'idée d'une souveraineté palestinienne. Et le modèle européen de souveraineté limitée des états de l'UE par l'hégémonie allemande ne peut être appliqué à une région en guerre, dont le dynamisme démographique est considérable, plongé dans un monde en révolution, le monde arabe.

En même temps, la nature inassimilable des Arabes, du point de vue Israélien, rend impossible l'idée de donner des droits égaux aux Palestiniens et aux Israéliens. La question de l'égalité des droits est pourtant la seule issue raisonnable, que défend par exemple le journaliste de  Haaretz  Gideon Lévy.

Génocide ou hécatombe

La seule issue dans la logique sioniste serait donc le génocide. On retrouve les éléments tangibles d'un génocide du peuple palestinien dans la politique israélienne : blocus par coupures d'électricité, coupures d'eau et saisie de l'approvisionnement en biens de première nécessité aux points de passage ; attaque des hôpitaux et des écoles, assassinat d'enfants, concentration d'une population dans un espace restreint (la densité de la population de Gaza est la plus élevée au monde). La destruction des tunnels, s'ajoutant au blocus, revient à priver la population de toute ressource. L'objectif est donc l'isolement complet de Gaza. En 2009, Israël avait réussi à faire expulser tous les journalistes. Seul subsistait, au milieu des bombardements, un journaliste d'Al Jazeera et sa caméra ; journaliste remercié depuis par la chaîne du Qatar. 

Dans le cas présent, nous sommes dans un processus d'hécatombe, c'est-à-dire de ponction périodique d'une partie de la population palestinienne, par la prison, l'assassinat ou l'exil forcé, afin de réguler le surplus démographique dans une zone de concentration extrême de la population.

Il existe en Israël une forte préoccupation en matière démographique. Une véritable compétition démographique est visible à travers les taux de natalité.

Le natalisme au coeur du projet de Theodor Herzl

La question démographique est une préoccupation permanente, des fondateurs du sionisme aux dirigeants israéliens actuels. Il existe ainsi une guerre statistique à laquelle participe par exemple un think tank américain qui appartient au lobby sioniste. Situation dénoncée par le président du Palestinian Central Bureau of Statistics (PCBS) : Some Israeli-American researchers are insisting to misuse official statistics for political purposes

Dès la création du sionisme, Theodor Herzl, auteur de « l’État des Juifs », s'est lui-même érigé en démographe. Sa démarche était prospective. Il a compris très tôt que la source d'immigration juive se tarirait très vite et que l'Etat devrait compter sur une natalité endogène. Prévoyant, il comptait même sur les antisémites honnêtes qui rêvaient de voir les Juifs quitter l'Europe et prévoyait de les convaincre de leurs intérêts communs. Ce rêve est aujourd'hui réalisé par de farouches antisémites, les sionistes chrétiens. Herzl comptait essentiellement sur l'apport de matériel humain de qualité, c'est-à-dire de Juifs européens, rejetant les Séfarades qui sont encore aujourd'hui, en Israël, une catégorie de Juifs inférieurs (aux côtés des Juifs à peau noire).

Pour favoriser la natalité, Théodore Herzl prévoyait l'encadrement de la famille par l'Etat, dans un « Département de la Bienfaisance Publique ». C'est ainsi qu'on a pu à un certain moment de l'histoire prendre le projet sioniste pour un projet "socialiste". Dans le même temps, il prévoyait l'expulsion "discrète" des populations locales, ces dernières n'entrant pas dans son projet d'Etat.

Nous essayerons de déplacer la population (palestinienne) démunie de ressources en lui trouvant des emplois dans les pays de transit, tout en lui déniant le droit à l’emploi dans notre propre pays… Les processus d’expropriation et de déplacement des pauvres doivent être entrepris discrètement et avec circonspection.  (journal intime de T. Herzl, cf. article cité infra).

La compétition démographique entre Juifs et Arabes au XXème siècle 

Le problème, c'est qu'au début du XXème siècle la Palestine était en plein essor démographique. Jusqu'en 1948 (expulsion de 750 000 Palestiniens), les Palestiniens se composaient des paysans musulmans, organisés selon le modèle de la famille arabe et de Chrétiens, dans les villes. Le colon britannique, qui contrôlait ce territoire dans la première moitié du XXe s., a soutenu le projet de colonisation juive en favorisant l'achat des terres par l'Agence juive tout en décourageant les Palestiniens ainsi évincés de s'exiler dans les villes. Ce qui fut évidemment une source de tension démographique.

Le colon britannique entravait également le développement d'écoles pour les Arabes. Or la combinaison d'une faible urbanisation et d'une faible scolarisation était un terrain favorable à la surfécondité. Ainsi en 1942, avec un taux moyen de 50 pour mille, les Palestiniens ont établi un record mondial de natalité. Cette forte natalité dura jusqu'à la deuxième intifada, en 2000. Cette natalité n'a pas varié après la baisse du taux de mortalité liée aux progrès de l'hygiène, qui est pourtant la norme. Dans le même temps, la base productive se rétrécissait à cause des achats de terres par les Juifs, entraînant alors la paupérisation des Palestiniens qui, pour autant, restaient attachés à leur terroir et n'envisageaient nullement de s'exiler.

Les démographes remarquent que la fécondité des immigrants juifs est pour sa part sans commune mesure avec celle de la diaspora. La différence était encore en 2004 de 2,71 en Israël contre 0,9 à 1,7 pour la diaspora, indépendamment du positionnement religieux. Le taux de natalité a augmenté en particulier lors des grandes révoltes palestiniennes et pendant la guerre. Après 1967, la croissance démographique israélienne en Cisjordanie occupée était l'une des plus importantes au monde. 

Côté palestinien, la transition démographique (contrôle des naissances : avortement, baisse du taux de nuptialité) a débuté contre toute attente à partir de 2000, la fécondité passant de 6 à 4 enfants par femmes. Les Palestiniens suivent ainsi l'évolution globale du monde arabe, qui a conduit aux révolutions de 2011, sortant d'un modèle de compétition démographique avec les Juifs.

Le conflit israélo-palestinien se lit néanmoins dans la difficulté d'obtenir des statistiques récentes fiables. On ne connaît pas avec précision le nombre de Palestiniens. La fécondité israélienne reste pour sa part archaïque et la croissance démographique est renforcée par la politique étatique et par l'immigration. La réalité est donc l'important accroissement démographique des Juifs en territoires occupés. La menace démographique arabe n'est plus qu'un fantasme.

Ce rappel historique montre qu'il existe une angoisse réelle de la société israélienne par rapport à la question démographique. L'appel au massacre de bébés palestiniens lancé par un rabbin en 2013 n'a donc pas de quoi surprendre. Les guerres menées par "Tsahal", ciblant sans hésitation les civils, peuvent être vues comme une manière de conjurer l'angoisse irrationnelle d'une croissance démographique de la population palestinienne. 

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On se reportera à l'article de Youssef Courbage, démographe à l'INED, Deux phases de la démographie de la Palestine, 1872-1948 et 1967-2025.

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