Errements diplomatiques : le soutien de François Hollande à la politique de Peña Nieto, président du Mexique

Parmi les errements successifs de la diplomatie française, on peut s'émouvoir du "soutien aveugle" de François Hollande au président du Mexique Enrique Peña Nieto.

C'est le sens d'une tribune de John M. Ackerman, Professeur à l’Université nationale autonome de Mexico (UNAM) publiée le 16 octobre dans Libération.

Engagé sur de nombreux fronts, dont un processus de sanctions économiques et un conflit au sein même de l'Europe, François Hollande est, comme vis-à-vis de l'Ukraine, peu regardant sur la politique criminelle du régime en place au Mexique. Peña Nieto, leader du PRI (Parti révolutionnaire institutionnel) issu de la Constitution de 1917, a rendu possible, pour les grandes multinationales du secteur, l’accès au pétrole, au gaz et aux autres ressources naturelles mexicaines, un secteur nationalisé lors de la Révolution de 1910. Mais, écrit Ackerman, "il l’a fait aux dépens des droits humains fondamentaux. Le massacre en septembre de militants étudiants par la police locale, qui a également le week-end dernier ouvert le feu sur des étudiants français et allemands, témoigne de la nature autoritaire du régime politique mexicain."


 

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Conseil stratégique lors de la visite de François Hollande en avril 2014


Peña Nieto, déjà considéré comme un criminel par ses opposants lorsqu'il était gouverneur de l'Etat de Mexico, dispose d'un soutien actif de la France, notamment via un Conseil stratégique franco-mexicain, organe binational récemment créé, tourné vers des intérêts économiques privés.

François Hollande l'a assuré de son entier soutien et lui a dit qu’il pouvait compter sur la France pour soutenir ses «ambitions» car ses «réformes sont aussi les nôtres». 

L'opposition évoque aujourd'hui la remise en cause des derniers acquis fondamentaux de la Révolution de 1910 : privatisation du secteur de l'énergie et notamment de la compagnie nationale des pétroles PEMEX, limitation des droits dits de "troisième génération" (droit au travail, à l’éducation, à la santé, à la terre).

Le pays est par ailleurs plongé dans un conflit sanglant lié au narco trafic qui a déjà fait des dizaines de milliers de morts. Cette véritable guerre a émergé depuis les politiques de libéralisation liées à la signature du traité de libre-échange avec les Etats-Unis et le Canada (ALENA) en 1994.

 

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"Sans surprise, précise Ackerman, des protestations ont éclaté dans tout le pays en réponse à la tentative de Peña Nieto de revenir sur ces acquis fondamentaux. Les étudiants militants qui ont été massacrés par la police le 26 septembre, dans la ville d’Iguala (dans le Guerrero), étaient l’un des groupes les plus critiques. Les victimes sont des élèves des écoles rurales de formation de professeurs, qui ont été créées dans les années 20 pour soutenir le développement des communautés rurales, pauvres, souvent indigènes."

La façade démocratique du pouvoir se mue ainsi en terrorisme d'Etat.


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Je reviens en détail sur cette affaire dans ce billet : Droits de l'homme au Mexique, affaire d'Ayotzinapa : une situation critique (appel au Parlement européen et pétitions)

Lire : John Ackerman, Le soutien aveugle de la France au président mexicain, Libération, 19/10/2014

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