Qui est Leopoldo López, emblème de la contestation populiste au Venezuela ?

Dans une chronique récente 1, le sociologue et anthropologue mexicain Héctor Díaz-Polanco revient sur la figure emblématique du mouvement de protestation actuel au Venezuela opposé au gouvernement bolivarien et critique de l'opposition traditionnelle conduite par Enrique Capriles.

Leopoldo López Mendoza est considéré, vu des pays du Nord ainsi que par la classe privilégiée du Venezuela, comme un symbole de la tentative de révolution conservatrice, sinon de coup d‘Etat, qui s’y mène.

 

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Leopoldo López Mendoza


Fils à papa d’une famille de privilégiés, Lopez est issu des élites “américanisées” du pays. En 1989, âgé de 18 ans, il a été envoyé par sa famille au Kenyon College, dans l'Ohio, "pour lui acheter un avenir". 60.000 dollars US par an, pendant cinq ans : une fortune.

Selon M. Díaz-Polanco, la CIA contrôle des enseignants, au Kenyon College, capables de repérer les jeunes leaders de demain ou simplement ceux qui pourraient devenir “utiles". La Kenyon’s Review, qui a une certaine influence dans le monde intellectuel réputé comme « difficile d’accès », serait une publication financée par la CIA. Michael Morrell , n°2 de la CIA, a dirigé par deux fois le Kenyon College. 2

Lopez réapparaît ensuite à l'Université de Harvard, à la Kennedy School of Government, où il obtient une "maîtrise en politique publique" en 1996.

La Harvard Kennedy School est une autre cible des chasseurs de tête de la CIA. Le général David Petraeus, ex-chef de la CIA et confident de Barack Obama sur les questions de contre-espionnage, est professeur à la Kennedy School. On trouve parmi d‘autres anciens élèves Pablo Casado Blanco, l’un des chefs du Parti Populaire espagnol (PPE) qui, selon Dias-Polanco, était un agent de liaison de la CIA, notamment sur les questions cubaines.

De retour au Venezuela, Lopez occupe le poste d'analyste, économiste en chef adjoint et conseiller économique au Département de la planification de PDVSA, la compagnie pétrolière nationale, grâce à sa mère, Antoinette López Mendoza, qui était directeur des Affaires publiques de la société. Selon Dias-Polanco, sa mère impulsa la carrière politique de son fils grâce à des fonds détournés de PDVSA.

L’homme politique s’appuie sur une « façade » de la CIA, International Republican Institute (IRI), une émanation du Parti républicain, qui lui délivrera tous ses moyens stratégiques et financiers. L'IRI travaille en collaboration avec la National Endowment for Democracy (NED), elle-même financée en partie par la CIA. Dans ce cadre, à partir de 2002 [année du coup d’Etat contre Chavez], Lopez se rend fréquemment à Washington, au siège de l’IRI et pour rencontrer des fonctionnaires de l’Administration Bush.

Dans le même temps, il intègre l’association Primero Justicia, bientôt convertie en un parti politique que dirige maintenant son rival, Henrique Capriles.

Lors du coup d’Etat de 2002, Lopez est impliqué dans « l’arrestation » du ministre de la Justice, Ramón Rodríguez Chacín. Les auteurs du coup d’Etat furent amnistiés par Chavez en 2007. Lopez conduit un autre mouvement visant à destituer Chavez, en 2004


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Frustré de ne pas occuper la position de leader à Primero Justicia, il crée son propre mouvement, « Voluntad popular », qui, selon Díaz-Polanco, donne libre cours à ses idées extrémistes de droite, bien que se réclamant officiellement de la social-démocratie. Il promeut également les « Redes populares » ("réseaux populaires"), une initiative financée par USAID 3 afin de pénétrer les communautés et de briser les rangs de la révolution bolivarienne en recrutant des agents rémunérés pour organiser des actions de déstabilisation supposément « spontanées ».

Selon Díaz-Polanco, Lopez est le cousin d'un autre agent de la CIA, Thor Halvorssen, chef de la Human Rights Foundation, autre fausse ONG proche de la CIA, qui fut impliqué dans un coup d'Etat manqué contre le président bolivien Evo Morales en 2009.

Il n’y a là aucun mystérieux complot. C’est la manière dont les USA gèrent habituellement leurs relations avec l’Amérique latine depuis des décennies, en association avec les grandes familles du cru. Dans les années 70, ce système accoucha de plusieurs dictatures sanglantes via l’opération Condor, conduite notamment sous l’égide de l’emblématique Henry Kissinger.

 

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Notes :

1 Héctor Díaz-Polanco, La ficha de una fichita : la historia secreta de Leopoldo López, la cia y lo que quieren para Venezuela, 17 février 2014.

2 Morell accueilli au Keynon College : http://www.kenyon.edu/middle-path/story/inside-the-cia/ (site du Kenyon College)

3 USAID est une agence du Département d'Etat (min. des Affaires étangères US) chargée du développement économique et de l’assistance humanitaire dans le monde. Cette fausse ONG défend en fait les intérêts économiques et stratégiques des USA. Sa proximité avec la CIA est parfois soulignée (par exemple par l'historien américain William Blum). En 2012, le sommet de l'ALBA (Alliance bolivarienne pour les Amériques comprenant Antigua-et-Barbuda, Bolivie, Cuba, Dominique, Équateur, Nicaragua, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Venezuela) a appelé ses membres à expulser USAID. 


Documents :

- révélations de Wikileaks sur les échanges entre Lopez et les USA : Cables de WikiLeaks revelan contactos de la oposición venezolana con EE.UU.

- entretien avec Héctor Díaz-Polanco sur la chaîne en ligne "RompevientoTV" (mars 2013) : le sociologue revient sur Hugo Chavez, initiateur de la première révolution contre le néolibéralisme. Il souligne le fait paradoxal que la polarisation qu'entraîne la position extrémiste de Lopez brise la dynamique de l'opposition dirigée par Enrique Capriles : https://www.youtube.com/watch?v=gOUGWlvRgLo#t=173

- voir l'interview d'Ignacio Ramonet, directeur du Monde diplomatique en espagnol, sur la chaîne CNN (février 2014) : https://www.youtube.com/watch?v=gOUGWlvRgLo#t=173

 

Voir aussi sur ce blog : 

- Comment réussir un coup d'Etat ?

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