Les "foulards rouges", ultime expression de la décomposition politique du pays

Deux mois après le surgissement du mouvement des Gilets jaunes, un mouvement populaire à la fois inédit dans la forme et qui se situe dans la tradition française de l'expression populaire, se tenait hier une contre-manifestation. Mais il est déjà trop tard pour le macronisme.

J'ai vu en direct sur "Russia Today" - qui est un peu le "Radio Londres" de la période -, la manif des "rouges". Brandissant souvent des étendards de l'Union européenne accolés ou non au drapeau national. Les slogans entendus dans cette manif très parisienne expriment une belle situation confusionniste : "vive Macron", "libérez nos ronds-points", libérez nos centre-ville", "le fascisme ne passera pas", "touche pas à nos policiers". Une pancarte : "nous sommes tous des Juifs allemands". 

Bref, un mélange très étrange entre les slogans soixante-huitards de Mai-68 et la contre-manifestation de soutien au pouvoir et aux "institutions" du 30 mai 1968. Mais en réalité ce mélange est habituel en France depuis le vote sur le traité de Maastricht en 1992. C'est au nom de l'internationalisme que le droit du travail doit être détruit. Cette fusion droite-gauche s'est épanouie dans le macronisme, qui est le point de maturation ultime de la "France européenne" avant décomposition.

Le "A poil les jaunes", lancé à une poignée de Gilets jaunes placés sur les escaliers de l'opéra de la Bastille, les deux groupes étant séparés par un large espace occupé par des travaux, pouvait faire redouter le pire. Mais il n'en a rien été. C'est la différence entre une situation réellement exacerbée et une situation d'anomie, dans laquelle aucun groupe ne souhaite réellement en découdre ; au contraire des groupuscules extrémistes fascinés par l'idée de riposte.

Le mouvement des Gilets jaunes, par son caractère populaire, national et trans-partisan, conforte l'idée de la nécessité d'une stratégie de libération nationale pour relancer l'idée de République démocratique et sociale.

 

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