Il y a deux Amérique quoiqu'il advienne. Et aussi deux France.

Pélerinage sur de vieilles terres luthériennes, au confluent de la Moselle et du Bas-Rhin. Un couple d'Américains vient de retrouver ses cousins français. Lui, le dernier luthérien de la famille connu dans les environs.

La rencontre éveille la curiosité mutuelle. On est intrigués par la venue de ces étrangers, pourtant tellement proches : on ne parle que de la prochaine élection américaine, comme si elle avait une quelconque implication dans la vie des Français. On compatit, mais sans plus d'inquiétude, en imaginant une grosse tempête qui ressemblera, comme d'habitude, à un film hollywodien.

Dans la Moselle germanophone, les jeunes générations ne parlent plus l'alsacien. Les retraités continuent à alterner entre les deux langues, comme dans n'importe quelle région bilingue. Mais quoiqu'il en soit, on reste foncièrement de droite. Curieux monde où les villages sont inertes, où les commerces ont depuis longtemps disparu, mais où s'élèvent partout de superbes villas fleuries.

Héritiers du système familial souche, proclamant le droit d'aînesse, le principe d'inégalité, ils se félicitent du maintien de la loi allemande en Alsace-Moselle : système confessionnel, adjudications pour le droit de chasse. Une sécurité sociale qui "marche mieux" qu'en France. Certes, on déplore que les pères aient été embrigadés dans la Wehrmarcht ou dans les SA. "Mais ils ont aussi servi dans l'armée française".

"Nous aussi on est vraiment à droite", clament les cousins Américains. Ils vivent près des Grands Lacs et ne se posent pas de question : Obama, c'est le candidat des gens des villes. Même pas besoin d'être raciste. Romney est le candidat de l'Amérique profonde, qui travaille dur et croit en la liberté.

 

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