Je suis l’Arabe collaborateur
(Une réponse aux silences de l’Histoire)
Je suis l’Arabe collaborateur.
J’ai cru que l’alliance avec les sionistes serait un bouclier pour ma famille, un ticket pour survivre à la tempête. En 1948, quand les bulldozers ont rasé Deir Yassin, j’ai détourné les yeux. « Mieux vaut un voisin puissant qu’un frère martyr », me suis-je murmuré. J’ai vendu des terres à l’Agence juive, signé des pactes sous la table. En échange, mes oliviers ont été épargnés… pour un temps.
Je suis l’Arabe collaborateur.
J’ai servi d’intermédiaire aux officiers britanniques et aux milices sionistes. À Qibya, en 1953, j’ai indiqué les puits où se cachaient les résistants. Ariel Sharon m’a serré la main après le massacre. « La realpolitik n’a pas de drapeau », ai-je justifié devant mon miroir. Mes enfants ont étudié à Tel-Aviv, protégés par des laissez-passer que d’autres Palestiniens rêvaient d’avoir.
Je suis l’Arabe collaborateur.
J’ai applaudi quand l’ONU a partagé la Palestine en 1947. « Deux États, c’est mieux que la guerre », disais-je aux miens. Pourtant, quand les réfugiés de Lydda ont frappé à ma porte, j’ai appelé la Haganah. Leurs cris sous le soleil de juillet résonnent encore dans mes nuits. Mais à l’époque, je pensais : « Seuls les pragmatiques survivent. »
Je suis l’Arabe collaborateur.
J’ai fourni des listes de noms aux services de renseignement israéliens. En 1967, quand Nasser a tonné à la radio, j’ai aidé à localiser les stocks d’armes de la résistance à Gaza. Les chars de Tsahal sont entrés sans résistance. « La paix par la soumission », clamaient mes discours. Les murs de ma villa de Ramallah, toujours intacts, en portent témoignage.
Je suis l’Arabe collaborateur.
J’ai financé les médias arabes qui parlaient de « coexistence ». Des journaux, des émissions de télévision, des tweets — tous estompant la Nakba, célébrant les accords d’Abraham. « L’argent n’a pas d’odeur », rigolais-je avec les banquiers de Zurich. Pendant ce temps, les enfants de Gaza mouraient sous les F-16 que mes contrats d’importation avaient aidé à financer.
Je suis l’Arabe collaborateur.
J’ai siégé aux Parlements fantômes, signé les « autonomies » de Oslo. « Un État en miettes vaut mieux que rien », disais-je à Arafat. Mais quand Sharon a envahi Jénine en 2002, j’ai fermé les yeux sur les corps écrasés sous les décombres. Mes gardes du corps étaient des anciens du Shin Bet.
Je suis l’Arabe collaborateur.
Aujourd’hui, mes petits-enfants m’appellent « traître » sur TikTok. Ma statue, érigée jadis dans un square de Naplouse, a été renversée. Les sionistes, eux, m’ont oublié — je ne suis plus utile. Dans les archives de la Knesset, mon nom est une note en bas de page, entre deux massacres.
Je suis l’Arabe collaborateur.
Et pourtant, chaque nuit, je rêve de ces villages effacés : Ein Houd, Al-Majdal, Iqrit. Je vois les clés rouillées des exilés, leurs cartes jaunies. « Avais-je le choix ? » balbutié-je à l’aube. Le silence répond, peuplé des fantômes que j’ai vendus pour un passeport, une carrière, une illusion de sécurité.
Je suis l’Arabe collaborateur.
Et maintenant, je suis un avertissement.
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Pour comprendre les fractures de la collaboration :
Lisez « The Iron Cage » de Rashid Khalidi, décrivant les élites palestiniennes piégées entre colonialisme et résistance. Explorez « Palestine Betrayed » d’Efraim Karsh, controversé mais éclairant sur les divisions arabes. Et surtout, écoutez les récits des « Palestiniens de l’intérieur », ces citoyens israéliens dont les aïeux ont cru en la coexistence… jusqu’à devenir des étrangers sur leur propre terre.
« L’Histoire jugera, mais elle est écrite par les vainqueurs — et leurs complices. »
— Partagez, non pour absoudre, mais pour complexifier.