De l’Ouganda à la Palestine : Retour sur un projet sioniste contrarié et ses conséquences
L’histoire du sionisme aurait pu prendre un tout autre tournant si Theodor Herzl, le père fondateur du mouvement, avait vu son projet initial aboutir. En 1903, face aux résistances de l’Empire ottoman qui refusait la création d’un foyer juif en Palestine, Herzl se tourne vers une alternative surprenante : l’Ouganda. Ce projet, connu sous le nom de « Plan Ouganda », est proposé par l’Empire britannique, soucieux d’attirer des populations européennes vers ses colonies d’Afrique de l’Est. Mais cette idée suscite une vive opposition au sein du mouvement sioniste, qui y voit un éloignement inacceptable de la terre biblique. Finalement, en 1905, le congrès sioniste rejette l’offre britannique, réaffirmant la centralité de la Palestine dans son programme.
Un projet avorté et une reconquête impériale
Le rejet du projet ougandais ne signifie pas la fin des ambitions britanniques sur la Palestine. Au contraire, la Première Guerre mondiale et la défaite ottomane offrent à Londres une occasion inespérée de remodeler la carte du Moyen-Orient. La Déclaration Balfour de 1917, où le Royaume-Uni exprime son soutien à l’établissement d’un « foyer national juif » en Palestine, scelle définitivement la réorientation du sionisme vers cette région.
Toutefois, la Palestine n’est pas une terre vierge : elle est habitée par une population arabe qui rejette toute implantation étrangère. Les tensions montent rapidement sous le mandat britannique (1920-1948), jusqu’à la guerre de 1948, qui voit la création d’Israël et l’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens.
Une Palestine broyée entre blocus et marteau
Après 1948, la Palestine devient un territoire morcelé, encerclé par ses voisins arabes mais aussi sous la pression constante d’Israël et des puissances occidentales, notamment les États-Unis. Deux dynamiques contradictoires émergent : d’un côté, les régimes arabes, en particulier l’Égypte et la Jordanie, imposent des blocus sur les Palestiniens, souvent au nom de leur propre souveraineté et de leur méfiance envers les mouvements révolutionnaires palestiniens ; de l’autre, Israël, soutenu par Washington, exerce un contrôle militaire et économique renforcé, réduisant toute autonomie palestinienne à néant.
Le pétrole devient alors une arme à double tranchant. Les États pétroliers arabes, notamment ceux du Golfe, financent des mouvements palestiniens mais aussi des régimes autoritaires qui limitent leur influence. Paradoxalement, ces pétrodollars alimentent aussi l’économie américaine, qui en retour finance l’expansion israélienne. Ainsi, la Palestine se retrouve prise en étau : entre l’embargo imposé par certains États arabes, qui restreint son développement, et l’oppression israélienne soutenue par l’Occident.
Une lutte toujours comprimée
Aujourd’hui, la question palestinienne reste un symbole de la fragmentation du monde arabe et du jeu d’intérêts internationaux. Israël, fort de son soutien militaire et diplomatique occidental, continue de coloniser et d’annexer des territoires, tandis que les divisions internes palestiniennes affaiblissent toute résistance cohérente. Les pays arabes, eux, oscillent entre normalisation avec Israël et discours de soutien creux aux Palestiniens.
L’histoire du projet sioniste montre ainsi comment un impérialisme peut en remplacer un autre : l’Empire britannique a cédé la place à l’Empire américain, et la Palestine, bien loin d’être une terre promise, demeure une terre prise – prise dans le feu croisé des ambitions étrangères et des contradictions régionales.