1. MAP : Le cheval de Troie médiatique de l'État
La MAP, présentée comme l'agence nationale d'information, incarne ce lien organique entre l'État et la narration officielle. Sa mission officielle – diffuser les informations que « les pouvoirs publics jugent bon de rendre publique » – la place dans une ambiguïté fondamentale. Elle n'est pas un média indépendant, mais un prolongement communicationnel du pouvoir.
Cette confusion des genres est savamment entretenue. Les comités d'éthique internes ou les chartes de déontologie servent souvent de vernis institutionnel à une structure dont la raison d'être est de formater l'opinion. L'objectivité est sacrifiée sur l'autel de la raison d'État, tandis que l'argent public alimente une machine à propagande.
2. Un aveu venu de l'intérieur : la Cour des comptes sonne l'alarme
Preuve que le système connaît ses propres failles, un rapport de la Cour des comptes a pointé le manque « d'objectivité et d'indépendance » de la MAP. Cet aveu, émanant d'une institution étatique, est accablant. Il révèle que même les mécanismes de contrôle internes à l'appareil d'État reconnaissent la nature biaisée de l'information officielle.
Cette critique interne démontre que le problème n'est pas une simple question de déontologie individuelle, mais une défaillance structurelle. L'argent investi dans cette agence ne sert pas à informer, mais à légitimer un récit unique.
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3. La porosité MAP-DGED : le renseignement au cœur de l'info
Les liens entre la MAP et la Direction générale des études et de la documentation (DGED) ne relèvent plus de la spéculation. Ils sont documentés par des organisations internationales comme Human Rights Watch (HRW).
· L'ancien directeur général de la MAP, Mohamed Khabbachi, est identifié par HRW comme une pièce maîtresse d'un réseau médiatique entretenant des « relations de travail » avec la DGED.
· Ce réseau forme un « écosystème de répression » où des médias proches du pouvoir mènent des campagnes de diffamation contre des dissidents et des journalistes indépendants.
· La justice espagnole, dans l'affaire du journaliste Ali Lmrabet, a estimé que les liens entre la MAP et la DGED étaient « suffisamment prouvés ».
L'information devient ainsi un outil de renseignement, et les journalistes, des relais volontaires ou contraints de la parole sécuritaire.
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4. L'affaire Lmrabet : la prétendue "éthique" utilisée pour museler
L'affaire du journaliste Ali Lmrabet est emblématique de ce système. Poursuivi en Espagne par deux correspondants de la MAP, Mansour Madani et Said Ida Hassan, après les avoir qualifiés d'« informateurs » des services, Lmrabet a été condamné pour diffamation.
Le procès n'avait pas pour seul objet de défendre l'honneur de deux individus. Il visait à criminaliser la révélation de la porosité entre la presse officielle et les services de renseignement. En condamnant Lmrabet, la justice espagnole a, paradoxalement, validé juridiquement l'existence de ces liens tout en sanctionnant celui qui osait les pointer du doigt. C'est le mécanisme parfait de l'étouffement : on utilise les apparences de la loi pour protéger l'omerta.
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5. L'éthique comme leurre : le double jeu des instances de régulation
Face aux critiques, le pouvoir marocain a mis en place des comités d'éthique et des instances de régulation de la presse. En théorie, ces structures sont garantes de la déontologie. En pratique, elles servent fréquemment de caution morale à un système verrouillé.
Le cas du journaliste Hamid El Mahdaoui est révélateur. Alors qu'il avait joué un rôle de lanceur d'alerte, il a été la cible d'une tentative de retrait de sa carte professionnelle et de suspension de sa plateforme YouTube, orchestrée via des comités d'éthique. Comme le dénonce l'ASDHOM (Association de soutien aux droits de l'Homme au Maroc), ces actions révèlent un « complot » visant à empêcher l'exercice du journalisme critique.
L'« éthique » est ici instrumentalisée pour éliminer les gêneurs, tandis que l'argent et l'influence de l'État assurent l'impunité de ces manœuvres.
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6. Conclusion : Un système qui étouffe la démocratie
La symbiose entre la MAP, les comités d'éthique et la DGED n'est pas un dysfonctionnement, mais une caractéristique structurelle du paysage médiatique marocain. Ce triangle d'influence, où circulent l'argent du pouvoir et l'information sous contrôle, a pour objectif de :
· Asphyxier financièrement et discréditer médiatiquement toute voix indépendante.
· Fabriquer un consensus autour de la narrative officielle.
· Criminaliser la dissidence en utilisant des outils juridiques et prétendument « éthiques ».
La demande de l'ASDHOM – « Une presse libre est le pilier de toute démocratie. La réduire au silence, c'est réduire au silence la vérité » – résonne comme un avertissement. Sans une rupture de ces liens incestueux, le Maroc ne pourra prétendre à un espace public pluraliste. La bataille pour l'information libre est, plus que jamais, la bataille pour la démocratie elle-même.
yahya