Préliminaires sur la communication politique.

Il s'agit d'essayer de comprendre comment on manipule les masses en se posant en bienfaiteur sur une base mensongère. L'art de faire croire n'importe quoi aux population que, dans le fond, on méprise.

Lorsque, après l’élection d’Abraham Lincoln en 1860, la guerre de sécession éclata le 12 avril 1861, suite au retrait de 11 États sudistes  de l’Union pour former une Confédération, le reste du monde prit le parti du Nord contre le Sud après une analyse bien-pensante.

 Le Sud était moralement indéfendable et donc humainement proscrit, acharné qu’il était  à pérenniser une pratique abjecte, une inhumanité que la conscience nouvelle reprouvait : L’esclavage. Pourtant Ulysse Grant (1822-1885), le chef de guerre nordiste, n’était pas plus humain que celui du Sud, Robert Lee (1807-1870), qui était fédéraliste mais trop attaché à sa Virginie du Nord natale sécessionniste. Cependant  Grant était dans le camp des gagnants, celui qui se croyait dépositaire de la morale humaniste alors même qu’il avait la réputation de boucher par le fait qu’il envoyait souvent ses hommes au massacre. Bien au contraire, Robert Lee, malgré son agressivité lors de certaines batailles, se souciait plus de ses hommes durant la guerre de sécession qu’un Grant.

Mais les nordistes furent portés aux nues parce qu’ils défendaient une position intellectuellement plus digeste, plus acceptable sous le prisme de la nouvelle donne anti-esclavagiste.

Cependant une lecture plus soucieuse de l’esprit que de la lettre débouche sur une tout autre perspective, une autre vision beaucoup moins défendable moralement et humainement. Le Nord n’œuvrait pas pour  une raison  intrinsèquement philanthropique, l’abolitionnisme nordiste, dans son essence même, n’était pas un humanisme. Le nord n’était nullement plus admissible au Panthéon de la bienfaisance universelle que le sud. Il souhaitait le passage du nègre des champs du Sud  aux usines du Nord. Juste un jeu d’intérêt économique enjolivé par une stratégie de communication très efficace  stigmatisant des sudistes comme « rétrogrades et esclavagistes ». Le nord avait su communiquer en se posant en porte-drapeau de la conscience universelle bienfaitrice.

Lorsqu’en 1944 les indicateurs de tendance commencèrent à pointer une victoire prochaine des alliés contre les puissances de l’axe, les nouveaux « grands » du monde commencèrent à se concerter pour régler le sort de l’Allemagne mais surtout pour jeter les bases d’un monde nouveau et « libre ».

Cependant une approche s’attachant plus aux dessous des cartes qu’aux explications jetées à la face de la populace mondiale permet de constater que nous évoluons désormais sous une variante du système censitaire. Seuls les grands du monde, ceux qui ont gagné la guerre 1939-1945, disposent du vrai pouvoir de décision à travers le conseil de sécurité où ils disposent de sièges permanents avec le droit de veto. Les suzerains et les vassaux.

Lorsque le 05 février 2003, Colin Powell alors Secrétaire d’Etat étatsunien, prononça un discours accusant Saddam Hussein de détenir des armes  de destruction massive auprès du Conseil de Sécurité des Nations Unies, personne ne pouvait douter de la véracité de ses affirmations tellement l’homme était respecté dans son pays et dans nombre d’autres pays. On comprit plus tard que Colin Powell, lui-même,  avait été victime de manipulation par la CIA. On a profité de son audience dans le monde pour faire avaler un mensonge justifiant la guerre contre l’Irak.  Les Dick Cheney, vice président et ancien patron de Hallyburton, Donald Rumsfeald, Secrétaire à la Défense (Ministre de la Défense), avaient planifié une guerre passant par la « diabolisation » préalable d’un Saddam Hussein qui, par ses positionnements stratégiques, prêtait le flanc à une telle machination.

La vérité incontournable et incontestable consiste  donc à savoir mentir de façon à donner tous les attributs de la réalité, de la vérité, à l’imposture. Même si la vérité s’impose plus tard, cette vérité ne permet pas de faire machine arrière. Par exemple la découverte du mensonge américain ne peut faire revivre Saddam Hussein.

Une évidence s’impose : la vérité n’est plus ce qui est vrai, mais ce que l’on arrive à faire croire, à faire accepter aux autres.

 Les mondes politiques et économiques sont soumis à cette vision tronquée, décérébrée, de façon pyramidale. Les tenants, les pontes de la « communauté internationale » élaborent des théories absconses et ineptes qu’ils arrivent à imposer au reste du monde par le simple fait qu’ils sont les puissants. La seule vérité est celle du plus fort depuis la nuit des temps.

Conscients de cette donnée incontournable, les grands groupes internationaux essaient de racheter tous les médias disposant d’une certaine audience. C’est ainsi qu’en France les grands médias indépendants ne peuvent plus se compter sur les cinq doigts d’une main. Les Etats, surtout dans les pays développés latins, utilisent les médias d’Etat pour manipuler les opinions tant à l’intérieur qu’à l’extérieur et de façon très efficace.

Les dirigeants des pays développés ayant donné l’exemple, ceux des pays périphériques s’en donnent à cœur joie avec le raffinement de brutes épaisses par lequel brillent leurs dirigeants. Entre les deux attitudes demeurent deux différences majeures.

Les dirigeants des pays développés manipulent pour des intérêts économiques bénéfiques pour leurs pays ou entreprises, fussent-ils abjects, ou pour une vision du monde excluant toute autre doctrine. Ceux des pays périphériques jouent pour leur maintien au pouvoir, pour leurs familles ou clans, rarement pour le pays.

Au nom de leur adhésion à une acception tronquée de la notion d’intérêt du pays les dirigeants occidentaux qui, souvent, passent pour des démocrates à l’intérieur de leurs pays, deviennent de vrais criminels contre l’humanité par leurs actions dans le reste du monde. Ils  échappent aux instances de justice internationale mises en place pour pourchasser le menu fretin : les crimes commis par Georges W. Bush et son clan d’exaltés sont infiniment plus graves pour l’humanité que les crimes commis par un Charles Taylor au Liberia. Mais lequel a subi les foudres de la CPI? « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » Jean de la Fontaine. Nicolas Sarkozy et James Cameron ont rendu le sahel ingérable en allant assassiner Mouammar Kadhafi en Libye. Les armes ayant quitté la Libye pour essaimer dans tous les pays du sahel  profitent aux mouvements terroristes. Les dirigeants occidentaux qui ont planifié l'élimination de Kadhafi ne pouvaient pas ignorer ce risque.

Ce chaos était planifié. L'instabilité dans le sahel était prévue. La fragilisation des États pour justifier une présence occidentale. Une présence qui pille les ressources pour se rembourser des aides militaires alors même qu'elle est l'émanation du mal combattu. Une présence qui intervient dans le jeu politique des  États pour imposer leurs poulains.

Dans les pays du sud, en raison de la fragilité des institutions, les méfaits des politiques sont prioritairement mis en œuvre en interne, la lutte pour se maintenir au pouvoir vaille que vaille demeure la préoccupation essentielle du chef et du petit milieu bénéficiant de ses largesses.

Entre le nord et sud la grande différence réside dans la force des institutions, intrinsèquement la bouffonnerie persiste dans les deux camps  au niveau des dirigeants, beaucoup sont des pères ubu.

Disposer des moyens de communication et savoir les manipuler restent les paramètres indispensables dans  le rapport à l’autre, aux autres, aux échelles économiques, politiques, et sociales. L’oublier revient à s’exposer à un échec patent.

Yamadou Traoré.

Analyste politique

Écrits du 18 décembre 2016

 

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