La Fin de vie : Le débat impossible

156 députés, certains médecins, ont demandé la réouverture du débat sur la légalisation de l’euthanasie. Mais ce débat est impossible et j’explique ici pourquoi.

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Le Professeur Jean-Louis Touraine, aujourd’hui député de la 3ème circonscription du Rhône, avait pourtant très bien résumé le projet :

« Le choix de la personne doit pouvoir être respecté, quand il est libre, éclairé, soumis à nulle contrainte ou dépression, exprimé de façon réitérée, et que des médecins ont confirmé l’impasse thérapeutique. »

Voilà, tout le débat est là, exprimé par chacun des mots de ce dilemme :

Un choix libre ? Evidemment, non !

Le Professeur Touraine a très intelligemment occulté un mot essentiel dans sa démonstration : le mot « malade ». Car ce mot change tout. Le choix d’une personne « malade » n’est jamais « libre », jamais « soumis à nulle contrainte », jamais soumis à nulle « dépression ».

Par définition, une personne souffrant d’une maladie n’est ni libre ni éclairée. Elle abandonne son libre arbitre à un médecin. Elle a conscience que son ignorance l’empêche de ne prendre aucune décision. Elle va alors voir un médecin, confiante dans ses années d’études qui font toute la différence. Quand bien même le malade subirait sa maladie pendant plus de 12 ans, ces douze années de souffrance ne remplaceront jamais les 12 années d’études de médecine qui fonde l’autorité de son médecin.  

Sa « contrainte » est sa maladie, qui lui ôte toute possibilité de choix « libre ».

Et quand le patient comprend que sa maladie est incurable, il comprend enfin que sa confiance dans l’autorité de son médecin ne lui est plus d’aucune utilité. Alors, après le déni et la colère, il ne lui reste que la dépression.

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Depuis les études du Dr. Elisabeth Kübler-Ross, nous savons que la dépression est l’un des cinq facteurs du processus d’acceptation de la maladie incurable. Comment un professeur aussi expérimenté que le Professeur Touraine peut-il faire référence à un choix soumis à nulle dépression ?

Toute personne souffrant d’une maladie incurable est, par définition, victime de dépression… sauf si la mort l’emporte avant.

Le débat est donc impossible.

Il est d’autant plus impossible qu’il reflète le débat sur la peine de mort, autre débat français impossible.

Au-delà du débat moral et des passions qu’il suscite inévitablement, il y a la question du bourreau.

Qui va administrer la dose létale ? Celle qui tue en définitive.

Le véritable déclencheur dans la décision d’en finir avec la vie, c’est la solitude. Un patient atteint d’une maladie incurable se découvre tout d’un coup seul, atteint d’une solitude qu’il n’a pas choisie mais qu’il subit du fait de sa maladie. Et la solitude ne se partage pas. Personne, ni la famille, ni les amis, ni le corps médical ne pourra jamais pallier cette solitude. La décision d’en finir coule alors de source.

Mais cette solitude, le médecin en charge des soins palliatifs va la connaître aussi. Ce médecin, personne ne pense jamais à lui. Ni le législateur, ni les services administratifs de l’hôpital dont l’objectif est la rentabilité, sans laquelle on ne peut rien faire.

Et pour cause, ce médecin, qui a renié jusqu’à son serment d’Hippocrate, se situe généralement au plus bas de l’échelle sociale des médecins…très loin derrière les professeurs qui ont échoué et lui ont envoyé ce patient dont ils ne voulaient plus s’occuper.

Alors il est facile de vouloir légiférer sur le droit à tuer une personne dont le seul tort est d’être malade ; mais en liminaire, il s’agit de répondre à cette simple question :

Où trouver le pauvre bougre qui,

après neuf ans d’études supérieures,

acceptera d’endosser le rôle de fossoyeur ?

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