Les députés sont-ils des négriers?

L’affaire Fillon a provoqué un tsunami émotionnel. Les Français se posent des questions légitimes sur les pratiques de leur député. Et la première de ces questions est la suivante : Les députés sont-ils des négriers ?

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Grâce à François Fillon, on en sait plus aujourd’hui sur le statut de député. Il s’agit d’une TPE, une très petite entreprise. Comme toute entreprise, le député possède un numéro Siret et même un code NACE, en tant qu’entreprise européenne. Il est donc un employeur. A ce titre, l’Assemblée Nationale met à sa disposition un crédit mensuel de 9561 euros pour rémunérer ses collaborateurs. Mais ces collaborateurs, eux, n'ont pas de statut.

"Moins de 2% des salariés français ne sont couverts par aucun accord collectif (Convention collective, accord de branche,...) : Les collaborateurs parlementaires qui travaillent pour les députés au Palais Bourbon ou dans leurs permanences parlementaires sur tout le territoire, en font partie." révèle le Syndicat National des Collaborateurs Parlementaires.

Et c’est là où le bât blesse.

D’abord tous ces collaborateurs n’ont pas le même statut :

  • Certains sont en CDI (52,92%), d’autres en CDD.
  • Certains sont cadres (35,88%), d’autres non.
  • Certains sont à temps plein (51,64%), d’autres à temps partiel.

Il y a pire

On dénombre un total de 2018 collaborateurs parlementaires, 1222 collaboratrices et 796 collaborateurs. 710 travaillent à l’Assemblée et 1389 dans la circonscription du député auquel ils sont rattachés.

On peut comprendre qu’il puisse y avoir quelques disparités de salaires en fonction du travail effectué et du lieu où il est exercé. Mais comment expliquer que même à l’Assemblée une collaboratrice soit moins bien payée que son collègue masculin ?

La différence de salaire homme/femme est en moyenne de 12,11% à l’avantage des collaborateurs masculins.

Et la différence salariale entre les collaborateurs moins bien payés et les mieux payés peut aller jusqu’à 161,69%, soit presque trois fois.

D’ailleurs la vraie question dans l’affaire Fillon n’est pas de savoir combien François rémunérait Pénélope. Non, la question est de savoir combien il rémunérait Anne Faguer, celle qui réalisait le réel travail d’assistante parlementaire. 

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Fière de l’excellent travail qu’elle réalise pour son patron, Anne Faguer le décrit sur son compte LinkedIn :

- Veille et travail parlementaires, répartition de la réserve parlementaire
- Gestion et rédaction du courrier et des interventions
- Suivi des dossiers de la circonscription, relations avec les élus et administrés (permanence hebdomadaire)
- Préparation de l’agenda dans la circonscription et des déplacements sur le terrain

Il y a plus grave encore.

Les députés se permettent parfois de s’attribuer une partie des revenus de leurs collaborateurs.

S’il n’utilise pas la totalité du budget mensuel réservé à la rémunération de leurs collaborateurs, aucun député ne rend cet argent à l’Assemblée dans le but de diminuer la dépense publique.

Le règlement interdit aux députés d’utiliser ce reliquat pour leurs frais de représentation ; ils bénéficient d’un budget substantiel à cet effet.

Alors, le plus souvent, ils utilisent l’argent dédié à la rémunération de leurs employés pour financer leur groupe à l’Assemblée. C’est scandaleux mais comme ils répondent souvent : « C’est légal ! » 

Si le rôle d’un député est de contrôler l’action du gouvernement, il nous appartient à nous électeurs de vérifier les actions de notre député.

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Dans la onzième circonscription des français établis hors de France,  notre député est Thierry Mariani. Professionnel de la politique, il est député depuis 23 ans.

Thierry Mariani emploie au moins deux assistantes à l’Assemblée, Emilie Chartier et Sophie Guil.

Pour des raisons qui lui appartiennent, il aime à se rendre en Thaïlande. Il y sera de nouveau le 6 Février 2017. Il se propose de rencontrer « les français de Thaïlande afin de mieux écouter vos préoccupations, comprendre votre expérience et continuer à être votre relais efficace à l’Assemblée Nationale ».

Dans un souci de transparence de la vie publique, nous devrions profiter de sa venue à Bangkok pour lui poser les deux questions suivantes :

  • Combien paie-t-il chacune de ses assistantes parlementaires ?
  • Que fait-il du reliquat de son crédit collaborateur ?

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