Les députés vont voter leur inutilité

Le gouvernement vient de dégainer l’arme nucléaire du 49.3. Édouard Philippe vient de décréter l’incompétence des députés LREM, pourtant majoritaires à l’Assemblée. La question, qui est aujourd’hui posée à ces derniers, est donc la suivante : Représenter le gouvernement ou représenter la nation assemblée ?

Le 49 3 contre sa propre majorité © Yamine Boudemagh

Édouard Philippe vient d’imposer sa loi. Et ce n’est même pas celle qui a été discutée ces dernières semaines à l’assemblée. C’est une loi que ses seuls services ont eux-mêmes concoctée.

Édouard Philippe vient ainsi de décréter l’inutilité d’une assemblée nationale. Le pouvoir exécutif règne et il règne seul.

Pour ce faire, il invoque la Constitution et l’alinéa 3 de son article 49. Or la Constitution s’appuie sur la déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Édouard Philippe gagnerait à relire l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 :

"Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution"

Or, c’est de séparation des pouvoirs dont il est question aujourd’hui.

La séparation des pouvoirs est le garant contre le pouvoir personnel, contre le despotisme. Elle est le garant de notre démocratie.

C’est de cela dont il est question. Deux motions de censure ont été déposées. Elles doivent être votées.

Faire tomber un gouvernement qui veut faire tomber la démocratie.

Notre démocratie a permis l’élection d’un président qui rassemblait au premier tour 18,19% des inscrits. Plus de 81% des électeurs n’ont donc pas voté pour lui.

Cette désaffection s’est ressentie aux législatives. 57,36 % n’ont pas participé au vote des députés. Plus de la moitié des électeurs n'ont pas voté aux législatives.

Pire, les candidats de La République en Marche ont obtenu 6 391 269 voix au premier tour soit 13,44% des inscrits. Plus de 86% des électeurs n’ont pas voté pour eux.

Au second tour, ces mêmes candidats ont obtenu 7 826 245 voix soit 16,55% des inscrits. Plus de 83% des électeurs n’ont pas voté pour eux.

Par les miracles de notre système électoral, ils ont pourtant obtenu la majorité absolue : 306 députés sur les 577 que comptent l’Assemblée dite nationale.

Malgré cela, le premier ministre, pourtant issu de leur rang, ne leur fait pas confiance.

On le sait, lorsqu’un premier ministre utilise le 49-3 pour imposer une loi, il le fait contre sa propre majorité.

C’est d’ailleurs pour cette raison que le parti socialiste est de loin le parti qui l’a le plus utilisé. Le parti socialiste dans l’opposition et le parti socialiste au gouvernement sont deux partis radicalement différents : le premier est à gauche et le second à droite. Alors forcément, pour faire passer ses lois, le second était obligé de recourir au 49-3. 28 fois en 3 ans pour le seul Michel Rocard.

Mais surtout, le précédent premier ministre, Manuel Valls, socialiste, a dû l’utiliser pour faire passer la loi… Macron.

Compte tenu des exclusions et des défections, La République en Marche compte aujourd’hui un peu moins de députés. Elle n’en garde pas moins la majorité absolue. Et cette majorité absolue est renforcée par l’adjonction des députés du MODEM et de l'UDI soit 372 députés.

En face la répartition des forces s’effectue comme suit : 

  • Les Républicains et apparentés : 104 députés
  • Les Socialistes et apparentés : 30 députés
  • Liberté et Territoire : 20 députés
  • La France Insoumise : 17 députés
  • Gauche démocratique et républicaine : 16 députés
  • Non-Inscrits : 18 députés

Soit 205 députés

Cette opposition doit dépasser ces habituels clivages pour sauver la démocratie. Elle se doit de rester unie et voter les deux motions de censure. Peu importe de qui elles émanent, peu importe le texte mis en exergue pour présenter ces motions de censure. 

L’essentiel est de sauver l’Assemblée Nationale !

C’est une condition nécessaire mais hélas ce ne sera pas une condition suffisante.

Pour sauver la séparation des pouvoirs, et donc la démocratie,

il nous faut 84 députés supplémentaires.

Pour être votée, une motion de censure a besoin de la majorité des députés soit 289 députés.

L'opposition a donc besoin de 84 députés de la majorité pour permettre à l'Assemblée de continuer à légiférer.

84 députés sur les 372 que comptent la majorité : les 299 députés LREM, les 46 députés MODEM et les 27 députés UDI. 84 députés soit un peu plus de un sur 5.

84 députés de la majorité doivent comprendre l’enjeu.

Voter les motions de censure, ce n'est pas renier ses idées ni son parti.

C’est redonner à l’Assemblée nationale ses lettres de noblesse.

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Rappelez-vous les mots de Jean-Sylvain Bailly, premier président de l’Assemblée Nationale en 1789 :

« La Nation Assemblée ne peut recevoir d’ordre »

Ces mots prennent tout leur sens aujourd'hui, 231 ans après. 

Voter les motions de censure, c’est donner au président de la république

  • la possibilité d’entendre la nation,
  • de renommer un autre premier ministre issu de ses rangs
  • et surtout de redonner à l’Assemblée son pouvoir de légiférer, garant de notre démocratie.

Voter les motions de censure ne changera pas l’équilibre des forces.

Et de toutes façons, Édouard Philippe n’est plus intéressé par ce poste de premier ministre. Il veut redevenir maire du Havre. Aidez-le !  

Ne pas voter ces motions de censure, c'est laisser la rue devenir la seule opposition. C'est encourager les violences, c'est prendre la responsabilité de l'insurrection qui vient.

Chronique d'une mort annoncée

Combien de Malik Oussekine seront nécessaires ?

Pour faire ce que la simple décence a forcé Alain Dévaquet à faire : Démissionner parce qu'un citoyen français est mort à cause de sa loi.

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