La France des villes et la France des champs

L’élection européenne a révélé l’importance du vote xénophobe et anti-immigré en France. 71 départements sur 107 ont voté pour le Rassemblement National de Marine Le Pen. Etrangement, ce sont les départements les moins touchés par l’immigration.

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La France compte 96 départements en métropole.  Sur ces 96 départements, 64 ont porté le Rassemblement National de Marine Le Pen en tête.

Dans les 32 autres départements, la République en marche, le parti d’Emmanuel Macron, est arrivé en tête.

Les départements et territoires d’outre-mer ainsi que les Français établis hors de France ont voté dans les mêmes proportions, 7 départements RN et 4 LREM.

Au total, le Ministère de l’Intérieur a donc annoncé 71 départements en faveur des idées de Madame le Pen et 36 en faveur de celles d’Emmanuel Macron.    

Le duel souhaité par le président s’est transformé en duopole.

Si ces élections européennes avaient été législatives, elles auraient envoyé 385 députés RN et 192 députés LREM à l’Assemblée Nationale. A l’exclusion de tous les autres partis !

La France n’aurait plus été gérée que par ces deux partis, et ces deux partis seulement.

Le clivage antédiluvien gauche/droite a volé en éclats. Aujourd’hui, la politique française se résume en un combat entre les anti-immigrés radicaux de Madame Le Pen et les anti-immigrés modérés d’Emmanuel Macron.

Pourtant la France est loin d’être le pays européen comptant le plus d’étrangers : La France compte 6,3% d’étrangers parmi sa population ; le Luxembourg 45,3%, Chypre 18,6%, la Lettonie 15,2%, l’Estonie 14,8%, l’Autriche 12,4%, l’Irlande 11,8%, la Belgique 11,3%, l’Espagne 10,1%, l’Allemagne 8,7%, l’Italie 8,1%, la Grèce et le Royaume-Uni 7,8%, le Danemark et la Suède 7,1% (source Eurostat 2014)

Plus étrange, le bastion traditionnel de l’immigration en France est la région parisienne, avec au moins 15,3% d’immigrés parmi la population. Pourtant ces départements n’ont pas porté le parti de Madame Le Pen en tête.

  • Ainsi, LREM est arrivé en tête en Seine Saint Denis, le fameux 93 tant apprécié des tabloïdes et dont la population compte 29,7% d’immigrés.
  • Par contre, le Pas de Calais dont la population compte moins de 2,5% d’immigrés a cru bon porter le Rassemblement National en tête des suffrages.

Comment expliquer une telle hystérie ?

Certainement pas par le sentiment d’invasion. La moyenne de la densité de population des départements qui ont voté RN est de 99 habitants au kilomètre carré, en dessous de la moyenne nationale.

Certainement pas par le sentiment d’appauvrissement. Le revenu annuel moyen de l’ensemble des départements qui ont voté RN est sensiblement le même que celui de l'ensemble des départements qui ont voté LREM (15 337 contre 15 751 €).

Certainement les enjeux de l’élection n’ont pas été suffisamment expliqué.

L’enjeu d’abord : Il s’agissait d’envoyer des députés pour débattre et voter les lois proposées par la Commission Européenne, qui a seule l’initiative des lois.

Donc chaque candidat aurait dû s’entendre poser les questions suivantes :

  1. Pour quel Président de la Commission Européenne allez-vous voter ?
  2. Quel groupe politique européen allez-vous rejoindre ?
  3. Quelles langues européennes maitrisez-vous ?

Au lieu de poser ces questions essentielles à la prise de décision de l’électeur face aux 34 listes en présence, les journalistes ont imposé un format favorable à la campagne du Rassemblement National. Il ne fût question que d’immigration, d’identité et de sécurité.

Pourquoi ce favoritisme ?

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