Après l’Islam, la gauche se radicalise….

“L’Islam radical” occupe depuis 5 ans la presque totalité de notre espace médiatico-politique. Durant les 5 prochains mois qui nous séparent de l’élection présidentielle, “la gauche radicale” risque d’en faire autant. Et comme pour l’Islam, la confusion est totale pour comprendre de quelles personnes il s’agit.

radical

En France, des politiques s’autoproclament “Radicaux de gauche”. Ils ont créé un mouvement puis un parti : Le Parti des Radicaux de gauche. Ils sont présents depuis près d’un demi-siècle dans le paysage politique français.  Roger-Gérard Schwartzenberg, Jean-Michel Baylet, Bernard Tapie ou Christine Taubira en ont été les figures de proue. Ils sont représentés aujourd’hui par une jeune femme, Sylvia Pinel, candidate à la Primaire Socialiste 2017.

Mais celui qui parle le mieux de cette « Gauche Radicale », c’est un jeune radicalisé d’à peine 20 ans : un certain Bertrand Bernard Cazeneuve.

Bernard Cazeneuve Premier ministre : Revivez sa première interview télévisée en 1983 © Non Stop Zapping

Pour ces Radicaux, n’en déplaise à Mao, la Révolution pourrait très bien être un dîner de salon.

Alors fatalement, lorsque l’on parle de “Gauche Radicale” en France, on ne pense pas forcément à eux.

Tout naît de la confusion liée au terme même de “radical”.

Radical est un mot extraordinaire, qui, en français, signifie à la fois le centre et ses extrêmes. Et la politique suit cette sémantique à la perfection.

Positionnés au centre de l’échiquier politique, le PRG est bien un mouvement centriste, constituant le radical de l’expression politique.  Et l’erreur sémantique du PRG est de s’autoproclamer “Parti Radical de Gauche” lorsqu’ils devraient se nommer “Parti Radical… à Gauche.. pour le moment”.

En politique, le positionnement de cette « Gauche Radicale » a en effet d’abord pris des airs de girouettes, puis de papillons, enfin de ventilateurs voire d’hélicoptères. D’où l’intérêt de chercher la « Gauche Radicale » ailleurs.

On serait dès lors tenté de chercher la « Gauche Radicale » parmi nos communistes révolutionaires : NPA ou Lutte Ouvrière.

giu-la-testa

Mais les premiers ont abandonné toute idée de révolution pour devenir juste anti-capitalistes. Et les seconds sont toujours en recherche d’ « un contact réel et étendu avec la classe ouvrière ».

En soi, être le représentant des employés et des professions intermédiaires serait une noble tâche, tant ces catégories socio-professionnelles sont si peu représentées dans la vie politique française… bien qu’elles constituent en fait la majorité des électeurs. Mais Lutte Ouvrière s’obstine à se prétendre les ouvriers qu’ils n’ont jamais été…

On est loin de la radicalité qui consiste, selon Marx, à «  saisir les choses à la racine ».  Et la racine, le radical du mouvement ouvrier reste le communisme.

Or, le Parti Communiste en France est devenu pragmatique ; la défense d’un groupe parlementaire demande quelques accommodements avec Bakounine… et surtout de grands arrangements avec le Parti Socialiste, le parti le moins radical de toute la sphère politique française.

Seulement, le Parti Socialiste est assimilationniste, il ne supporte pas la diversité. Il est par essence jacobin. Alors il détruit toujours ses partenaires, les radicaux avant-hier, les communistes hier et les écologistes aujourd’hui.

Alors que reste-t-il pour la « Gauche Radicale » ? 

Il suffit de taper « Gauche Radicale France » sur Google Images pour voir apparaître celui qui incarne aujourd’hui cette radicalité en France.

Prends le pouvoir sur moi Jean-Luc Melenchon © Victoire Passage

Issu du socialisme le plus centralisé, Jean-Luc Mélenchon s’est imposé progressivement. Aujourd’hui réformiste, il entend revenir à l’essence du mouvement : l'humain d'abord ! Cependant, ce combat se veut légitimiste : La révolution par le peuple et pour le peuple…. mais sans la révolution, la prise du pouvoir par les urnes tout simplement.

Pour autant, s’il s’affirme volontiers de gauche, Jean-Luc Mélenchon n’est pas un radical.

D’ailleurs, en quoi le fait de vouloir obtenir des meilleures conditions de vie et de travail serait une revendication radicale ? Vouloir améliorer son quotidien reste somme toute une aspiration assez bourgeoise.

Malheureusement, la classe médiatico-politique s'obstine à nommer "Gauche Radicale" toute tentative de résister à la régression sociale qui nous menace. A leur décharge, cette appellation est volontiers reprise par les stigmatisés eux-mêmes. 

Il reste alors une question simple dont on attend encore la réponse : Qu'est-ce qu'une gauche qui n'est pas "radicale" ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.