Une éolienne à l'écologie

Emanuel Macron est seul, mal entouré mais surtout mal conseillé. Toutes les conditions sont réunies pour transformer un leader intelligent en preneur de mauvaises décisions. Et nommer François de Rugy au Ministère de l'Ecologie est effectivement une très très très mauvaise décision.

Démission de Nicolas Hulot : "Je ne suis candidat à rien", dit François de Rugy sur RTL © RTL - Toujours avec vous

Il y avait trois raisons essentielles de ne pas choisir François de Rugy :

  • la première tient à sa personne
  • la seconde tient à sa fonction
  • la troisième tient à son projet

1- "Je ne veux plus me mentir"

La démission de Nicolas Hulot est un modèle du genre. Il faut espérer qu'elle fasse école. Ce fut un acte collégial et participatif.

Nicolas Hulot a réfléchi à voix haute. Il a réfléchi en direct. Et il nous a pris à témoin. Sa démission n'est pas sa décision. Elle est notre décision. Car elle est la conclusion logique d'un raisonnement implacable qu'il a partagé avec nous.

Et la première prémisse de ce raisonnement fut le suivant : je ne veux pas mentir

Alors on imagine sans peine  le dialogue qui s'en est suivi à l'Elysée :

Édouard Philippe
- Qui pour remplacer un homme qui ne veut pas mentir ? 

Emmanuel Macron
– Qui ? ... Réfléchis, voyons ... Mais cela va de soi ! - mais c'est forcé! - le plus menteur qui soit !

Édouard Philippe
- le plus menteur ?

Emmanuel Macron
- Tout simplement, qui soit au monde !
Le plus brillant, le plus fin des parjures.

Édouard Philippe
- Eh, mon Dieu, quel est donc cet homme ?

Emmanuel Macron
– Un danger
Mortel sans le vouloir, noble sans y songer,
Qui connaît son sourire a connu le néant.
Il fait de la politique avec rien dedans
Et tu ne saurais pas, Edgar, faire tourner le vent,
Comme une girouette,
Que dis-je une girouette ?
Un ventilateur !
Que dis-je un ventilateur ?
Un hélicoptère !
Comme il monte vers le perchoir, en marche, dans l'assemblée !

Édouard Philippe
- Sapristi! je comprends. C'est clair!

Emmanuel Macron
– C'est diaphane.

Édouard Philippe
François Henri Goullet de Rugy

Emmanuel Macron
- Oui, c'est lui

... Mon ami, j'ai de mauvaises heures!
De me sentir si laid, parfois, tout seul...

2 le président qui voulait se faire ministre

Au delà de la caricature, essayons d'être honnête ! Des politiques qui se renient, Francois de Rugy n'est pas le premier et certainement pas le dernier. Et ses retournements de veste lui ont plutôt réussi.

Par contre, aveuglé par son ambition, Francois de Rugy ne se rend par compte du mal qu'il fait à  l'Assemblée.
L'Assemblée souffrait de sa trop grande proximité avec le pouvoir.
Depuis sa nomination, elle ne jouait plus son rôle démocratique de contrepouvoir. Elle était devenue une chambre d'enregistrement des décisions de l'exécutif.

Que le Président de l'Assemblée devienne ministre du gouvernement fait tomber les masques et achève le ridicule.

Si le ridicule ne tue pas, la crédibilité de l'assemblée, elle, pourrait définitivement disparaître; Richard Ferrand, qui ne peut être ministre, est appelé à en devenir le président.

Après tout, Éric Woerth est bien président de la Commission des Finances de cette même Assemblée. 

 Mais c'est justement ce cynisme-là qui a poussé Nicolas Hulot à la démision.

3. Et si on parlait vraiment d'écologie ?

L'écologie, c'est ce qui manquait dans le projet Macron. Le président avait eu l'intelligence de le reconnaître et d'offrir le poste de ministre à  Nicolas Hulot pour palier cette difficile lacune, au pays de la COP 21.

Son départ pourtant explicite semble ne toujours pas avoir été compris par l'exécutif. Les raisons ont pourtant été clairement exprimées : " la pression du court terme sur les dirigeants, sur le premier ministre est si forte qu'elle préempte les enjeux de moyen et de long terme"

Nicolas Hulot a même été plus loin. Il a expliqué sous formes de questions les raisons de sa solitude, qui l'empêche d'être efficace.

Et son successeur serait bien inspiré de répondre à ces questions :

  • "Au quotidien, qui j'ai pour me défendre ?
  • Est ce que j'ai une société structurée qui descend dans la rue pour défendre la biodiversité ?
  • Est-ce que j'ai une formation politique ?
  • Est-ce que j'ai une union nationale sur un enjeu qui concerne l'avenir de l'humanité et de nos propres enfants ?
  • Est-ce que les grandes formations politiques et l'opposition sont capables à un moment ou à un autre de se hisser au-dessus de la mêlée pour se rejoindre sur l'essentiel ?
  • Est-ce que c'est la responsabilité du gouvernent ?
  • Est-ce que c'est la mienne ? "

Pour Nicolas Hulot, la réponse est non à chacune de ces questions.

Son successeur aurait été bien inspiré de se poser les mêmes questions ; mieux, il aurait gagné à nous donner ses réponses avant d'accepter d'entrer au gouvernement.

 

green-planet

Nicolas Hulot n'est pas un ministre. C'est un président en devenir.

Il est de ceux qui ont compris les enjeux de notre société, l'urgence. Et il propose de s'en donner les moyens. Cela ne relève pas des attributions d'un ministre.

C'est d'un programme présidentiel qu'il s'agit :

"S'enrichir de nos differences plutot que de les confronter"

Dans 4 ans, il faudra nécessairement se poser la question Nicolas Hulot

... pour ne pas hélas avoir à se poser dans 4 ans la question François de Rugy.

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