Leçon de journalisme à l’intention de David Pujadas

David Pujadas est un journaliste expérimenté. Membre du Siècle, diplômé de Sciences-Po, puis formé au CFJ, il a suivi le parcours idéal du journaliste en France : Correspondant de guerre, journaliste d’investigation puis présentateur du journal télévisé.

Le 6 décembre, Manuel Valls était l’invité du journal de 20 heures de France 2. Il était interviewé par David Pujadas (à partir de la 8ème minute).

David Pujadas connait bien Manuel Valls. Ils sont tous les deux français, nés à Barcelone d’un père espagnol. Leur rencontre ne doit rien au communautarisme souvent décrié par Manuel Valls, notamment lorsqu’il s’agit de communautés nettement plus bronzées. Leurs deux parcours respectifs sont la preuve que l’intégration fonctionne en France pourvu que l’on ne la stigmatise pas.

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David Pujadas interviewait déjà Manuel Valls en 2002, lorsque ce dernier, alors maire d’Evry, reprochait à une supérette de vendre des produits halal au lieu d’alcool et de porc, tout cela bien sûr au nom du combat contre le communautarisme.

Donc David Pujadas connaît bien Manuel Valls. Et il sait comment mener une interview.

Pourtant ses interviews nous laissent souvent un goût amer d’inachevé. Dans les interviews de David Pujadas, la structure l’emporte sur le contenu. David Pujadas planifie plutôt bien ses interviews. Par contre, il oublie souvent de pousser ses questions afin d’obtenir des réponses sans pathos ni langue de bois.

Et l’interview du 6 décembre n’a pas fait exception. Si la réalisation technique était parfaite, le journaliste n’a pas connu la même excellence.

 La structure de l’interview révélait, comme il se doit, un triptyque :

  1. Conditions de la candidature
  2. Bilan du Premier Ministre
  3. Projet du candidat         

Mais là encore, les questions n’ont pas été poussées. Ce qui a permis à Manuel Valls de jouer les veuves effarouchées lorsqu’il lui fut, à juste titre, reproché la trahison de Hollande, son bilan contrasté et son positionnement politique.

Voilà les questions qui auraient dû être posées à Manuel Valls :

Les conditions de sa candidature

  • Un Premier Ministre en exercice peut-il être candidat à l’élection présidentielle ? 

Est-ce que ce fut l’erreur de Lionel Jospin dont vous étiez le conseiller politique en 2002 ?

  • Comment sera financée votre campagne ? Quel sera son budget ?

Le bilan de Premier Ministre

  • François Hollande a fait en direct le bilan de son quinquennat. Et il considère que ce bilan ne lui permet pas d’être candidat à l’élection présidentielle. Vous, avec le même bilan, vous êtes candidat. Qu’est-ce que François Hollande n’a pas compris ?
  • Regrettez-vous, comme François Hollande, la déchéance de nationalité ?

Le Projet du candidat

  • Votre projet est-il un projet Socialiste ?

En 2009, Martine Aubry, première secrétaire du parti considère que vos idées ne sont pas socialistes et vous demande de quitter le parti. A l’intérieur du parti, en dehors des élus, qui sont les militants qui vous suivent ?

  • Vous serez opposé à Gérard Filoche, spécialiste du Droit du Travail et opposant résolu à loi Travail que vous avez imposée au pays. La loi Travail était-elle un projet socialiste ?
  • S’il est élu, François Fillon veut commencer son mandat par des ordonnances sans consulter l’Assemblée. A-t-il raison d’agir ainsi ?

Manuel Valls peut évidemment décider d’éluder ces questions. Tout le talent d’un journaliste est alors de l’amener à confronter ses contradictions. Je recommande fortement de s'inspirer de l’émission de la BBC « Hardtalk ».

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