La démission de 184 députés

Lettre ouverte aux députés qui n’ont rien à dire

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Le Parlement vient d’adopter en première lecture une même loi pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie.

Il est étrange de voter une même loi sur trois sujets qui n’ont rien à voir entre eux. Mais là n’est pas l’objet de ce billet.

L’analyse du scrutin sur ce projet de loi pose question ; il révèle des problèmes bien plus graves que la confusion des esprits de nos députés.

Et qu’est-il de plus grave que la confusion des esprits ? Son absence totale.

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En effet, 184 députés n’ont pas du tout participé au vote d’une loi qui porte sur l’immigration. Seuls 391 députés sur 577 ont participé à ce vote. Si l’on excepte Samantha Cazebonne, dont l’élection avait été annulée et François de Rugy qui n’a pas voté en tant que Président de l’Assemblée, ce sont donc bien 184 députés qui n’ont pas participé au vote de cette loi.

Ce vote portait sur le sujet essentiel de la politique française : l’Immigration.

L’immigration est le sujet de prédilection de l’extrême-droite. Or, le deuxième tour de l’élection présidentielle a vu se confronter Emmanuel Macron au candidat de l’extrême-droite. Cette loi représentait donc l’essence même de la présence d’Emmanuel Macron à l’Élysée : le combat contre les thèmes de l’extrême-droite.

Pour l’avoir oublié, entre 2002 et 2007, Jacques Chirac a connu la plus faible popularité jamais enregistrée pour un président à l’époque. Il avait pourtant été le président le mieux élu de la Vème République, le seul ayant obtenu le vote de la majorité des inscrits.  

C’est dire si le vote était essentiel. Pourtant, 184 députés n’ont pas jugé utile d'y participer.

Et Si Edouard Philippe est soucieux de « Responsabilité, de Représentativité et d’Efficacité » dans sa réforme de la représentation parlementaire, il peut d’ores et déjà diminuer le nombre des députés de 184.

L’article 24 de la Constitution a pourtant donné un mandat clair aux députés : Leur rôle est de Voter la loi. Ne pas voter, c’est purement et simplement une faute grave, une faute lourde qui, dans le privé, serait cause de licenciement.

Qui sont les 184 députés qui n’ont pas voté la loi ?

  • 99 députés du Groupe La République en Marche
  • 34 députés du Groupe Les Républicains
  • 22 députés du Groupe Mouvement Démocrates et Républicains
  • 14 députés du Groupe Union des Démocrates et Indépendants
  • 10 députés du Groupe Gauche Démocrate et Républicaine
  • 5 députés Non-Inscrits

Ironie de l’histoire, ces députés qui n’ont pas voté se revendiquent tous, en dehors des non-inscrits, « démocrates » et/ou « républicains ». Pourtant le vote est l’essence même de la Démocratie et de la République.  

On devrait toujours juger les hommes politiques non sur ce qu’ils prétendent être mais sur ce qu’ils se révèlent être in fine, au moment du vote, expression de la volonté populaire qu’ils sont censés représenter.

On devrait aussi pouvoir révoquer un député qui ne vote pas. Et compte tenu de l’état de notre démocratie, cette révocation devrait être automatique.

Pour être honnête et exhaustif, il faudrait évoquer tous ceux qui ont voté « par délégation ». Et ils sont nombreux. 168 exactement. Un nombre équivalent ou presque à celui de ceux qui n’ont pas voté.

En fait, 225 députés seulement sur 577 ont donc participé au vote d’une loi qui engage les trois piliers de notre république :

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  • La Liberté d’aller et venir,
  • L’Égalité en droits
  • La Fraternité, base de notre vivre ensemble.

Édouard Philippe peut donc cesser les négociations. L’Assemblée fonctionne très bien avec 225 députés. Il peut informer Bercy des économies ainsi réalisées.

Il suffit juste maintenant d’informer les électeurs de ces députés qui ont manqué à leur devoir le plus élémentaire : celui de voter la loi.

« La loi est l’expression de la volonté générale » d’après l’Article VI de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Les électeurs des circonscriptions de ces députés qui n’ont pas voté, ont le droit de savoir qu’ils ne participent pas à l’expression de la volonté générale de la Nation française.

Il est du devoir du déontologue de l’Assemblée Nationale de les en informer.

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