Sapiens : Une brève histoire du Macronisme

Il y a une étonnante concordance de vue entre l'auteur du phénoménal succès de librairie "Sapiens", Yuval Noah Harari, et les macronistes : Une foi immodérée dans le progrès. Un progrès oui, mais un progrès incarné par les meilleurs, les plus forts, les plus âpres aux gains... et surtout par les moins scrupuleux.

harari-macron
Il peut à priori paraître incongru de comparer un auteur, le professeur Yuval Noah Harari qui a vendu plus de 12 millions d’exemplaires de « Sapiens, une brève histoire de l’humanité » et le candidat Emmanuel Macron, qui a poussivement vendu 200 000 exemplaires de son libre « Révolution ».

Il peut paraître tout aussi incongru de comparer un professeur d’histoire de l’université hébraïque de Jérusalem et le président d’un état membre du Conseil de Sécurité de l’ONU.

Ce qui réunit ses deux jeunes hommes est pourtant évident :

Ils sont sympas et attirants
Mais, mais, mais, mais, mais, mais, mais, méfiez-vous :
Ce sont des tyrans !

C’est là où la comparaison est intéressante.

Pourquoi deux jeunes hommes d’une quarantaine d’années, plutôt bien de leur personne et ayant fait de grandes études glissent vers l’extrême-droite ?

Pourquoi deux jeunes hommes à qui la vie a tout accordé se sentent attirés vers ces théories négatives.

C’est à cette question qu’essaie de répondre cet article. Et pour ce faire, l’idée est d’utiliser la méthode de Sapiens pour expliquer...le macronisme.

Alors reprenons :

Sapiens : Une brève histoire du Macronisme

La France de Clovis La France de Clovis
Il y a environ quinze siècles apparaissait un nouveau pays : la France.

Fille consanguine de l'Empire Romain et de l'Empire Chrétien, elle se représentera longtemps comme un royaume.

L'histoire de la gestion d'un pays est ce qu'on appelle la politique.

 

La Convention 1792/93 La Convention 1792/93

Il y a 230 ans, la France se dotait d'un nouveau système politique : La République.

Elle se composait d'une gauche et d'une droite.

L'histoire de ces deux systèmes de gouvernement est ce qu'on appelle la science politique.

macron-president

Il y a exactement deux ans et quatre mois, la France se dotait d'un nouveau président. L'histoire de la pensée de ce nouveau président s'appelle le Macronisme.

Pendant 228 ans, la France s'était imaginé un passé de pays d'idéologues :

  • A gauche, il y avait les socialo-néandertaliens dans la partie occidentale et plus à l'est l'homo Melenchonus.
  • A droite, on s'était habitués à l'homo solocapitalistus avec à son extrême l'homo adolfus.

Le français puisait allègrement l'origine de sa pensée politique à l'aune de chacun de ces ancêtres.

Mais globalement, aucun ne le satisfaisait pleinement. Alors il alternait régulièrement dans un mouvement pendulaire absurde et s'imaginait heureux.

La vérité est qu'il ne l'était pas.

On sait depuis Serge-Christophe Kolm que la science politique est la recherche du bonheur.

Pourtant,  les hommes politiques français ne donnent pas l'impression de respirer le bonheur. Affublés de leurs costumes sombres, iIs ont plutôt l'air de comptables de sous-prefecture. D'ailleurs ils parlent comme eux : "Ce n'est pas ma faute. C'est la faute à la dette. La dette, la dette vous dis-je... et aussi les migrants quand même."

C'est alors qu'apparût l'homo Sapiens de la politique française : L'homo Macronus. Celui qui allait refouler aux oubliettes toutes les autres espèces d'animaux politiques.

Et c'est exactement ce qu'il fît. Il était irresistible. Tout le monde l'aimait. Il n'avait pas d'idées politiques précises. Il verrait avec le vent.

Conscient de son ignorance politique, il s'est mis à la recherche des idées qui avaient fait le succès des autres partis.

D'abord immobile, étriqué dans un centre gauche qui ne lui convenait pas, il se mit en marche vers un libéralisme décomplexé.

Parti de la Somme, il trouva rapidement l'opération qui résoudrait le malheur français :

  • Pour vous rendre heureux, il vous faut de l'argent
  • Or l'argent se trouve à la banque
  • Et justement je suis banquier


Calcolo ergo sum

Depuis le monumental succès de librairie de Yuval  Noah Harari, "Sapiens, une brève histoire de l'humanité", nous savons comment le Sapiens a dominé la planète et surtout où il nous mène :

Capitalisme et Impérialisme sont la recette du succès.

Yuval Noah Hariri et Emmanuel Macron Yuval Noah Hariri et Emmanuel Macron

Alors, la dictature devient acceptable :

Professeur d'histoire à l'université Hébraïque de Jérusalem, Harari nous apprend la vraie nature du capitalisme :

- "Ce qui distingue les nazis des autres sectes humanistes" (libéral ou socialiste), "c'est une définition différente de l'humanité. (...) Les nazis n'abominaient pas l'humanité. S'ils combattaient l'humanisme libéral, les droits de l'homme et le communisme, c'est précisément parce qu'ils admiraient l'humanité et prêtaient à l'espèce humaine un formidable potentiel". (page 272 et 273)"

- " La traite des nègres n'est pas née d'une haine raciste envers les Africains. Ceux qui achetaient les actions, les courtiers qui les vendaient et les gérants des compagnies négrières pensaient rarement aux Africains." (page 387)"

- "Une partie de l'éloge dont on couvre habituellement le Mahatma Gandhi pour son credo non violent revient en vérité à l'empire britannique" (page 433)"

-" Le capitalisme (...) a créé un monde que personne ne peut diriger si ce n'est un capitaliste. (...) il nous suffit de patienter : le paradis, la promesse capitaliste, est au coin de la rue" ( page 389).

La France est aujourd'hui dirigée par un banquier, un Mozart de la Finance. Il sait ce que les autres ne savent pas. Il est Sapiens.

Un banquier n'a pas d'idées politiques. Jamais aucun acquis social ne fut acquis grâce à un banquier. Un banquier vit de la dette des autres.

Depuis l'arrivée de ces Sapiens politiques en France,  la pensée politique s'est unifiée. Il n'y a plus ni droite ni gauche. Il n'y a plus qu'une pensée nationale, voire nationaliste. Il y a "eux" et "nous". Il y a ceux qui comptent, ceux pour qui tout va bien et qui ont bien raison de voter Macron c'est-à-dire ceux qui trouvaient que c'était une riche idée de réhabiliter Pétain. Et il y a les "autres" dont on ne sait pas quoi faire et contre qui on a remis en cause les bases de notre démocratie française : L'égalité devant l'impôt, l'égalité devant la santé, l'égalité devant la loi et surtout la liberté de faire ce que la loi permet : l'exercice de nos droits fondamentaux.

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

  • Le Chômage n'est plus un problème. Il suffit de mettre un costume et de traverser la route.

Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes

  • La contestation de celles et ceux qui croient encore aux idées politiques n'est plus un problème : il suffit de transformer les forces du maintien de l'ordre en section d'assaut, équipées d'armes de guerre.

Tout va pour le mieux

Alors pour paraphraser Yuval Noah Harari,

L'histoire de France a commencé

quand les français se sont inventés un Dieu :

J. C. (Jésus Christ / Jules César)

Elle s'achèvera quand elle sera présidée par un Dieu,

dieu libéral s'entend.

Certains ont déjà remarqué que le président français siège à l'Elysée, haut lieu des mythes orphiques où l'humain rejoint le divin...

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