Adolf H. a aussi été un grand soldat

Si le petit caporal était mort au combat en 1918, il serait célébré samedi aux Invalides. Au cours de notre randonnée mémorielle, nous avons voulu rendre hommage à ce héros oublié, qui, certes, "a conduit à des choix funestes par la suite". Dans cet interview imaginaire d’Emmanuel M., le président entend regarder l’histoire de notre pays en face.

 © Reuters © Reuters
De notre envoyé spécial à Vichy (Allemagne Française)

Notre président dont le prénom, si peu français, signifie en hébreu « Dieu est avec nous », n’entend pas se reposer au septième jour devant l’œuvre accomplie.  Décidé à poursuivre coûte que coûte sa randonnée mémorielle, Emmanuel M. explique ici l’hommage qui sera rendu samedi, non plus aux chefs militaires comme originellement prévu, mais aux courageux et virils poilus qui ont fait à la fois la guerre la plus courte et la Guerre la plus « Grande ».

« Je ne fais aucun raccourci mais je n'occulte aucune page de l'Histoire. Et le caporal Adolf H. a été, pendant la Première Guerre mondiale, aussi un grand soldat. Voilà. C'est une réalité »

Philosophe tel un Bernard-Henri Lévy dans un magasin de surgelés, le Président s’est laissé aller à une de ces pensées fulgurantes, qui feront plus tard la joie des libraires et des académiciens : « la vie politique, comme l'humaine nature, sont parfois plus complexes que ce qu'on voudrait croire ».

Et complexe, la vie d'Adolf H. l’a été sans conteste. Nous pourrions même ajouter : « bourrée de complexes ».

Recalé de l’armée autrichienne pour cause d’inaptitude physique, notre jeune héros s’installe à Munich. Il a 25 ans quand éclate la guerre. N’écoutant que son courage qui lui parlait avec un accent autrichien, le jeune peintre aux talents méconnus s’engage, grâce à une erreur administrative, dans l’armée… bavaroise.

On retrouve alors le jeune Adolf H., combattant parmi les « innocents » lors du massacre d’Ypres de 1914. Et le 11 novembre, nous célébrerons la victoire du régiment du jeune Adolf H. à Diksmuide face à 1200… sénégalais, dont personne ne songeait alors à vérifier si les papiers étaient en règle.

Cette victoire fut de courte durée et le malheureux Adolf H. sera témoin du massacre de ses camarades. Rescapé avec 41 autres jeunes soldats parmi les 250 que comportait sa division, le jeune Adolf H. fut promu caporal.

Son rôle consistera alors à apporter le courrier.

hitler-and-fuchsl
Déçu par la compagnie de soldats, trop paillards à son goût, les souffrances du jeune Adolf H. s’estompèrent quand il recueillit un jeune chiot. Il décidait de le nommer « petit renard » et de lui apprendre des numéros de chien de cirque.

Mais c’est à Seboncourt dans l’Aisne que le jeune caporal verra ses talents d’artiste enfin reconnus. Là, contre quelques toiles signées, il connut la prime amourette sous les traits d’une jeune française dénommée Charlotte. De ses amours débutantes naîtra un enfant.

Charlotte aurait bien appelé le fruit de cet amour défendu, Corinne pour complaire à la tradition et à l’onomaste Zemmour. Mais hélas, mille et une fois hélas, ce fut un garçon.

Charlotte décida donc, pour une mystérieuse raison qui confond encore les historiens, de l’appeler… Jean-Marie.

Plus tard, Jean-Marie Loret, fils français d’Adolf H. reniera son père et le combattra dans une guerre à la fois plus longue mais beaucoup moins Grande. Le neveu américain d'Adolf H. aura la même attitude. Las du complexe d'Oedipe, le jeune Adolf H. décidait alors de ne plus avoir d'enfants.

Grand soldat dans une grande guerre, le jeune Adolf H. ne verra plus jamais ses talents d’artiste reconnus. Par contre ses talents de soldat seront loués par ses officiers supérieurs ; notamment Hugo Gutmann, lieutenant de confession juive, qui recommandera le jeune Adolf H. et lui fera décerner la Croix de fer, pourtant rarement attribué à un Caporal.

Adolf H. fut blessé à la cuisse gauche durant la bataille de la Somme, département qui, des décennies plus tard, verra naître un futur président français, capable de voir l’Histoire en face.

Le jeune caporal restera pour la postérité coupable d'avoir été « un grand soldat à la Première Guerre mondiale, et avoir conduit à des choix funestes durant la Deuxième »

Opposé au défaitisme français, le Président Emmanuel M. sait reconnaître le positif même dans l’âme la plus sombre. Car son « rôle n'est pas de comprendre que ça choque ou de commenter les gens, (son) rôle est d'essayer d'expliquer et de porter des convictions ». 

Pour en finir avec Ponce Pilate, le Président Emmanuel M. de conclure :  « j'ai voulu que les Poilus et “ceux de 14” rentrent au Panthéon. »

Cendre de conséquence, Adolf H. ne reposera jamais au Panthéon. Une rumeur veut que son corps ait été emporté par des russes, ces bolcheviks qui ont eu l’outrecuidance de libérer l’Europe du joug nazi.

Breaking news : Après maintes et mûres réflexions, le Président Emmanuel M. a décidé de ne pas rendre hommage au Grand soldat de la Grande Guerre. A la place, il a demandé aux militaires de chanter la célèbre chanson de Michel Sardou qui fut, en son temps, interdite par l’ennemi de Philippe Pétain.

Si les Africains n'étaient pas là
Vous seriez tous en Germanie
A parler de je ne sais quoi
A saluer je ne sais qui

Bien sûr les années ont passé
Les fusils ont changé de mains
Est-ce une raison pour oublier
Qu'un jour on en a eu besoin ?

Un gars venu de… Kabilye
Qui se foutait pas mal de toi
Est v'nu mourir en Normandie
Un matin où tu n'y étais pas

Bien sûr les années ont passé
On est devenus des copains
A l'amicale du fusillé
On dit qu'ils sont tombés pour rien

Si les Africains n'étaient pas là 
Vous seriez tous en Germanie
A parler de je ne sais quoi
A saluer je ne sais qui

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.