Une Marion, des Mariani

Marine Le Pen vient de recruter Thierry Mariani. Potentiel numéro 3 de la liste RN aux Européennes, son retour en politique devrait accélérer celui de Marion Maréchal. Marine Le Pen devra-t-elle alors laisser sa place ?

refugie-politique

Comme Alain Soral avant-hier, censé rabattre un supposé électorat musulman désabusé du socialisme vers le Front National,

Comme Florian Philippot hier, censé rabattre un supposé électorat de gauche vers le Front national,

Comme Nicolas Dupont-Aignan tout récemment, censé rabattre un supposé électorat souverainiste vers le Front national, 

le recrutement de Thierry Mariani, avec pour objectif une éventuelle fusion des droites, est-il voué à l’échec ?

Deux raisons semblent pousser dans ce sens :

  • L’identité politique de Thierry Mariani
  • L’identité politique du Parti de Marine Le Pen

 L'erreur de casting de Marine Le Pen

Le recrutement de Thierry Mariani arrive trop tard. Il était pertinent en 2014. Il ne l’est plus aujourd’hui. Battu aux dernières législatives par une inconnue, novice en politique de surcroît, Thierry Mariani , tout comme son association la Droite Populaire, ne représente plus que lui-même. Alors que peut-il apporter de tangible au Rassemblement national ?

Incarnation d’un passé que l’on croyait révolu, Thierry Mariani en a même gardé le langage. Pour justifier son ralliement, il a comparé le Rassemblement National au… RPR, un parti créé en 1976 et dont les démêlés judiciaires sont de notoriété publique. Exactement tout ce qu’essaie d'éviter le Rassemblement National. 

L'Hymne du RPR, le Rassemblement Pour la République (1977) © JLL06AM


C'est aussi une mauvaise lecture de la situation actuelle rythmée par les Gilets Jaunes. Ce ne sont plus les partis qui dictent l’agenda politique. Aujourd’hui, l’opposition est dans la rue, et dans la rue seulement. C’est elle qu’il faut essayer de convaincre. Et quand sera révélée la retraite de Thierry Mariani, payée avec l’argent de leurs impôts, les Gilets Jaunes risquent d’apprécier modérément ce recrutement.

Pourquoi est-il impossible de s’allier avec le Front National ?

La difficulté du Rassemblement National réside dans son identité : Elle n'est pas nationale, elle est familiale.  Le parti est le produit de la dynastie Le Pen. Et pour devenir une véritable alternative de gouvernement, le parti doit absolument s'émanciper de cette encombrante image. 

dynastielepen
Son passé s'appelle Jean-Marie le Pen. Son présent s'appelle Marine Le Pen. Son futur s'appelle Marion Maréchal le Pen. Pardon... Marion Maréchal. Très intelligemment, Marion à fait tomber l'encombrant patronyme. 

Selon l'éminent historien maghrébin Ibn Khaldoun, l’Histoire s'explique par une combinaison de cycles s'articulant autour de trois générations successives :

  • La première crée
  • La seconde gère
  • La troisième détruit 

Marion Maréchal entre donc dans l'histoire. Son rôle est de détruire l’image lepéniste du parti… tout en restant légitime pour la famille.

L'accélération de cette même histoire par les Gilets Jaunes devrait de toutes façons l'obliger à sortir de sa retraite. Et, avec l’aide de Thierry Mariani, la « surdouée » Marion pourra alors créer un parti pluraliste, susceptible d’attirer des personnalités de droite, voire de la société civile. Ce ne sera plus un recrutement du Front national ; ce sera un programme commun… de droite. Et pour achever l’histoire, Marion Maréchal changera d’ailleurs certainement le nom du parti.

Rachida Dati rappelait il y a un peine un an le risque Marion Maréchal qu'elle qualifiait de "Macron de droite", capable de réaliser un "strike" avec l'union des droites. Ce strike pourrait se révéler être un "stroke" pour la carrière de Marine Le Pen, surtout en cas de dissolution de l’assemblée.

Rachida Dati était l'invitée de FranceInfo, lundi 23 avril. © L'Opinion

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.