A comme Musulmane

Rien ne décrit mieux la situation des femmes de confession musulmane dans la France du XXIème siècle... qu’un roman américain du XIXème siècle : "La lettre écarlate" de Nathaniel Hawthorne. Récemment, le président, ses ministres et ses parlementaires nous ont offert un rare moment d'inculture. Cet article se propose de leur offrir un instant de culture.

Publié en 1850, « La lettre écarlate » connut un succès immédiat. Le livre bénéficia de la mécanisation de l’impression. Dès sa parution, le roman sera largement lu et discuté à un degré jusques alors peu connu aux Etats-Unis.

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En décrivant la société puritaine américaine du XVIIème siècle, ce roman offre une réflexion sur le rôle social de la femme au sein de la société américaine de la fin du XIXème siècle. Étrangement, il interpelle aussi la société française du XXIème siècle; notamment son sexisme décomplexé et ce qu’il révèle sur la position de la femme dans cette société, et plus particulièrement sa figure de proue, la femme française de confession musulmane.

Comme l’héroïne du premier roman à succès de la littérature américaine, la femme de confession musulmane dans la France du XXIème siècle  est mise au ban de la société et offerte à l’opprobre publique.

Comme l’héroïne du roman de Nathaniel Hawhorne, la femme française de confession musulmane est accusée d’un crime qui n’est pas très bien explicitée. Est-elle une femme soumise ou une femme manipulatrice, voire une femme dominatrice ? Nul ne le sait. On sait seulement qu’elle est coupable.

Comme l’héroïne de "La lettre écarlate", la femme française de confession musulmane doit souvent subvenir seule à ses besoins. Son mari brille par son absence. Ou bien, préfère-t-il ruminer dans son coin une vengeance contre la société qui ostracise si injustement sa femme et son enfant. Plutôt que de compenser d’abord cet ostracisme par plus d’amour, plus de compassion et plus d’empathie envers sa femme.

Comme Hester Prynne, l'héroïne du roman, la femme française de confession musulmane est incitée à vivre à la périphérie, certains diraient en banlieue… mais à offrir ses services aux femmes bourgeoises que les forces sexistes de la société maltraitent tout autant, sans l’affirmer aussi explicitement. Alors les femmes françaises de confession musulmane deviennent assistantes maternelles, assistantes scolaires, assistantes sociales, infirmières, curatrices,… ou bien elles poursuivent de très longues études qui les tiennent éloignées d’un marché du travail hostile.

Comme dans le roman, les hommes qui dirigent la communauté tentent sans succès d’éloigner la fille de la mère française de confession musulmane. Dans la France du XXIème, ce sont les ministres de l'admirateur de Pétain qui jouent ce rôle. Ainsi, le ministre de l’éducation rend alors obligatoire l’instruction scolaire à l’école de la république dès 3 ans. Le ministre de l’Intérieur va lui jusqu’à envoyer des policiers armés dans des associations de mères offrant du babysitting et de l’instruction religieuse et linguistique à leurs enfants. Le ministre des Solidarités (sic) et de la Santé aidé par le ministre de l’Action et des Comptes Publics envoient l’URSAFF dans ces mêmes associations pour tenter de les fermer par arrêté préfectoral.

C’est que dans la France de l’admirateur de Pétain, un enfant appartient à l’état et non à sa famille. 

Et comme l’héroïne du roman « la lettre écarlate », plutôt que de se cacher, la femme française de confession musulmane porte avec courage et dignité, et c’est vrai avec ostentation, sa condition de citoyenne à qui est refusé ses droits les plus élémentaires.

 © Yamine Boudemagh © Yamine Boudemagh

La femme française de confession musulmane devient alors une femme magnifique.

La lettre écarlate examine les forces qui façonnent et transforment cette femme magnifique. 

Comme Hester Prynne, l’héroïne du roman, les femmes françaises de confession musulmane se révèlent alors des jeunes femmes volontaires et impétueuses. Elles se souviennent de leurs parents comme des guides aimants qui devaient fréquemment retenir leur comportement imprudent et leur nature passionnée.

Aliénée injustement du reste de la communauté, la femme française de confession musulmane devient contemplative et philosophe. Elle spécule sur la nature humaine, l'organisation sociale et des questions morales plus larges. Il est difficile de ne pas admirer secrètement son indépendance et ses idées.

Comme pour l’héroïne du roman, la femme française de confession musulmane devient également une sorte de figure maternelle compatissante à la suite de ses expériences. 

Elle modère alors sa tendance à être téméraire, car elle sait qu'un tel comportement pourrait lui être préjudiciable. Elle devient alors tout aussi maternelle par rapport à la société: Elle prend soin des pauvres et leur apporte de la nourriture et des vêtements. À l’instar d’Hester Prynne, la femme française de confession musulmane devient une figure maternelle proto-féministe pour les femmes de la communauté. La honte attachée à son vêtement a disparu depuis longtemps. Peut-être n’a-t-elle même jamais vraiment existé. Les autres femmes reconnaissent que la punition d’Hester découle surtout du sexisme de l’élite; et elles viennent se confier à Hester, cherchant un abri contre les forces sexistes dont elles souffrent elles-mêmes. 

Les femmes du Parti socialiste, qui font l’actualité du Parti sans être autorisée à le diriger, la regardent alors avec envie.

Et il en va de même pour les femmes du Parti Les Républicains, qui s’imaginent, dans des rêves impossibles, candidates à l’élection présidentielle tout en sachant pertinemment qu’il ne s’agit que d’un fantasme irréalisable. 

Alors les femmes du Grand Orient rentrent dans leurs loges maçonniques respectives où les hommes ne côtoient jamais les femmes.

Et toutes regardent cette jeune femme française de confession musulmane  belle, intelligente, capable, et pourtant pas nécessairement extraordinaire, comme Hester Prynne. 

Juste une femme française dans la France d’Emmanuel Macron.

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