Encore Plus de Démocratie, Plus d’Ouverture, Plus d’Humanité

Un homme d’état se reconnaît dans les grands moments historiques. Comme la France aujourd’hui, la Norvège a été la victime d’une ignoble tragédie en 2011. Le Premier Ministre Norvégien décida alors de porter un coup fatal au terrorisme : Il décréta plus de démocratie, plus d’ouverture et plus d’humanité. Il est aujourd’hui le Secrétaire Général de l’OTAN.

 © Yamine Boudemagh © Yamine Boudemagh

Plus de démocratie, Plus d'Ouverture, Plus d'Humanisme © Yamine Boudemagh

Le 22 juillet 2011, un militant d’extrême-droite tuait 77 personnes à Oslo et sur l’île d’Utoya en Norvège. 

Deux jours après cette ignoble tragédie, Jens Stoltenberg, le premier ministre norvégien déclarait la guerre au terrorisme avec la seule arme efficace pour l’enrayer : l’empathie.

Son discours, désormais célèbre, est peut-être moins connu en France. Cet article vise à pallier cette lacune.

A la fin de son discours, le Premier Ministre Norvégien transmettra aux familles des victimes les condoléances des chefs d’état qui le lui avait demandé. Il évoqua alors les présidents américains et russes, les premiers ministres allemand, britannique, russe et même suédois. Etrangement, ni Nicolas Sarkozy, ni François Fillon ne furent cités parmi ces messages de sympathie à l’intention des familles des victimes.

9 ans plus tard, après la tragédie de Conflans Sainte Honorine, les discours en France révèlent le même manque d’empathie. Pire, certains discours se révèlent assez proches des thèses du tueur d’Utoya sur l’Islam, sur l’Immigration et sur la supposée lâcheté des intellectuels de gauche.

Puisse l’intelligence du discours du Premier Ministre Norvégien, aujourd’hui Secrétaire Général de l’OTAN, élever le débat en France :

« Votre Majesté, cher Eskil*, Cher tous, 

Cela fait près de deux jours que la Norvège a été frappée par la pire atrocité qu'elle ait connue depuis la Seconde Guerre mondiale. Sur Utøya et à Oslo. Cela semble être une éternité. Ce furent des heures, des jours et des nuits remplis de choc, de désespoir, de colère et de pleurs.

Aujourd'hui est un jour de deuil. Aujourd'hui, nous allons nous permettre de faire une pause. Souvenez-vous des morts. Pleurez ceux qui ne sont plus avec nous. Quatre-vingt-douze vies ont été perdues. Plusieurs personnes sont toujours portées disparues. Chaque mort est une tragédie. Ensemble, ils forment une tragédie nationale.

Nous avons encore du mal à saisir l'ampleur de cette tragédie. Beaucoup d'entre nous connaissaient une des victimes. J'en connaissais plusieurs. L'une d'elles était Monica [Bøsei]. Elle a travaillé sur Utøya pendant environ 20 ans. Pour beaucoup d'entre nous, elle était Utøya. Maintenant, elle est morte. Abattue et tuée alors qu'elle assurait soins et sécurité à des jeunes de tout le pays. Son mari John et ses filles Victoria et Helene sont aujourd'hui à l'église Drammen. C'est tellement injuste. Je veux que vous sachiez que nous pleurons avec vous.

Une autre victime s’appelait Tore Eikeland. Leader de la Ligue des Jeunes Travailllistes du Hordaland et l'un de nos jeunes politiciens les plus talentueux. Je me souviens de lui, accueilli par l'ensemble du Congrès National Travailliste, prononçant un discours émouvant contre la Directive Européenne pour l’achèvement du marché intérieur des services postaux; et je me souviens comment il nous avait convaincu. Maintenant il est mort. Parti pour toujours. C'est incompréhensible.

Ce sont deux parmi celles et ceux que nous avons perdus. Nous en avons perdu beaucoup plus à Utøya et dans les bureaux du gouvernement. Nous aurons bientôt leurs noms et photos. Alors toute l'étendue de cet acte pervers nous apparaîtra dans toute son horreur. Ce sera une nouvelle épreuve. Mais nous nous en sortirons aussi.

Au milieu de toute cette tragédie, je suis fier de vivre dans un pays qui a réussi à garder la tête haute à un moment critique. J'ai été impressionné par la dignité, la compassion et la détermination que j'ai rencontrées. Nous sommes un petit pays, mais un peuple fier. Nous sommes toujours choqués par ce qui s'est passé, mais nous n'abandonnerons jamais nos valeurs.

Notre réponse est plus de démocratie, plus d'ouverture et plus d'humanité.

Mais jamais de naïveté. Personne ne l'a dit mieux que la jeune fille de la Ligue des Jeunesses Travaillistes, interviewée par CNN:

«Si un homme peut créer autant de haine, vous ne pouvez qu'imaginer combien d'amour nous pouvons créer ensemble ».

Enfin, je voudrais dire aux familles de tout le pays qui ont perdu un de leurs proches: Vous avez ma plus profonde sympathie dans votre deuil, et celle de toute la Norvège. Et pas seulement. Le monde entier partage votre chagrin. J'ai promis de transmettre les condoléances de Barack Obama, Vladimir Poutine, Frederik Reinfeldt, Angela Merkel, David Cameron, Dimitry Medvedev et de nombreux autres chefs d'État et de gouvernement.

Cela ne peut pas compenser votre perte. Rien ne peut ramener vos proches. Mais nous avons tous besoin de soutien et de confort lorsque la vie est la plus sombre. Maintenant, la vie est à son plus sombre pour vous.

Je veux que vous sachiez que nous sommes là pour vous. »

 

* Eskil est Eskil Pedersen, à l'époque le leader des Jeunesses Travaillistes

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