Il faut sauver le soldat Macron

La France est définitivement rentrée en régime présidentiel pur. Il y a d’un côté le président et de l’autre des citoyens en colère. La démocratie représentative, parlementaire et régionale, a purement et simplement disparu.


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On l’a oublié : La loi est l’expression de la volonté générale.

Et chaque citoyen a le droit de concourir à l’établissement de la loi. Dans une démocratie parlementaire, il le fait grâce à des représentants.  Ce sont ses représentants qui font défaut aujourd’hui.

L’opposition n’est plus à l’Assemblée. Là, seuls 17 députés sur 577 constituent une opposition audible. C’est trop peu.

Alors l’opposition est dans la rue. Et lorsque l’opposition est dans la rue, il y a des morts. On l’a encore vu samedi dernier. Combien de Malik Oussekine, de Rémi Fraisse comptera la présidence Macron avant de comprendre qu’il est urgentissime d’assurer la représentativité de la volonté générale et l’égalité en droit de tous les citoyens ?

La meilleure expression de l’égalité de tous devant la loi est l’impôt. En tous les cas, il devrait l’être. Or les français estiment qu’il ne l’est pas. Et ils le manifestent au moment même où se vote la loi de finances. C’est donc somme toute logique.

Surtout, les français expriment très clairement l’expression de leur volonté politique… parce que leurs « représentants » élus ne le font pas.

Ce ne sont pas les « gilets jaunes » qui posent problème, c’est le décalage entre les revendications des français et celles de leurs représentants.

Certes, les « gilets jaunes » sont un mouvement anti-fiscal. Quiconque connaît l’histoire de l’impôt sur le revenu en France se doute de ceux qui se cachent derrière ce mouvement. Cela ne signifie pas que leur colère ne soit pas légitime. Cela ne signifie pas que cette colère ne soit pas celle de la majorité des français.

Cependant, les « gilets jaunes » se trompent de cible. Ils réclament la démission du président, en oubliant que la loi de finances n’est pas votée à L’Elysée. Cet amalgame risque de brouiller leur message.

S’il s’agit de refuser la hausse de la taxe sur la consommation des produits énergétiques, alors nul besoin de bloquer le pays. Il suffit tout simplement de s’installer devant le Parlement et ne plus en bouger tant que celui-ci n’a pas amendé cette loi de finances dans le sens de l’expression de la volonté générale.

Mieux, une grande partie de cette taxe est décidée au niveau de la région.

Il serait judicieux de se souvenir qu’il existe en France des présidents de région…même si personne ne les connaît. Alors au lieu des autoroutes et des dépôts pétroliers, une présence massive devant l’hôtel de région s’impose.

Et justement, Laurent Wauquiez est Président de Région. Et il soutient les "Gilets jaunes".

Gilets jaunes : Laurent Wauquiez au Puy-en-Velay pour soutenir les manifestants © France 3 Auvergne-Rhône-Alpes

Lorsque le président de la région Auvergne-Rhône Alpes s’est rendu auprès des « gilets jaunes », il aurait été intéressant de lui rappeler que :

Les conseils régionaux et l'assemblée de Corse ont la possibilité d'augmenter ou de réduire annuellement les fractions de tarif de la taxe intérieure de consommation applicable aux carburants vendus aux consommateurs finals sur leur territoire.

En Auvergne-Rhône Alpes, le tarif de la Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Pétroliers soumis à la régionalisation, en euro par hectolitre, à compter du 1er janvier 2018 était de : 

  • 60, 75 pour le gazole
  • 69, 02 pour le SP95-E5 et SP98
  • 67, 02 pour le SP95-E10

Il était en 2017 de 

  • 54, 42 pour le gazole
  • 65, 80 pour le SP95-E5 et SP98
  • 63, 80 pour le SP95-E10

Soutien ardent des « gilets jaunes », nous ne doutons pas que Laurent Wauquiez aura à cœur de justifier l'augmentation puis de réviser à la baisse le plus tôt possible.

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