L’homophobie est une hétérophobie

Tout individu montrant une aversion pour une personne homosexuelle est appelé «homophobe». Or, étymologiquement, un homophobe est une personne qui déteste son semblable. Cette confusion des genres agit de manière contreproductive dans la lutte pour l’égalité des droits.

homlophobie

Le terme « homophobie » fait débat. Il ne résiste pas à l’examen.

« homo » signifie semblable et « phobie » peur. Or, l’homophobie n’est ni une peur maladive ni une aversion de ses semblables.

Comment combattre une discrimination en la nommant si mal ?

Le terme créé par George Weinberg a eu son utilité. Il a révélé très rapidement les nouveaux aspects d’une ancienne discrimination. Mais une fois le mal révélé, il s’est agi de le soigner. Et sa mauvaise désignation empêche toute analyse pertinente

D’abord s’agit-il d’une phobie ?

Une phobie est une peur irrationnelle conduisant à des troubles anxieux : stress, panique voire dépression.

L’Organisation Mondiale de la Santé a longtemps considéré l’homosexualité comme une maladie. Considérer son aversion comme une maladie procède de la même erreur.

En aucun cas, l’homophobe ne souffre pathologiquement de son aversion. La plupart du temps, il n’a même pas conscience des effets de son aversion.

Si le mot « phobie » fait débat, il reste intéressant en ce sens qu’il permet de raisonner sur ce phénomène. Les phobies sont l’objet d’un classement. L’étude de l’aversion à l’homosexualité peut bénéficier de cette classification.

Les phobies sont généralement classées en trois catégories :

  1. Les phobies sociales
  2. Les phobies environnementales
  3. Les phobies spécifiques

L’homophobie procède des trois catégories à la fois.

Dans le cas de la phobie sociale, il s’agit d’une timidité, une peur de ne pas avoir la bonne réaction socialement face à un évènement imprévu.

Dans notre cas de figure, le fait pour un hétérosexuel de se retrouver en présence d’un homosexuel de même sexe peut le mettre mal à l’aise et augmenter son trouble anxiogène.

Son anxiété est alors causée par une peur du lapsus ou du regard de l’autre :

  • Comment se comporter face à un homosexuel ?
  • Comment refuser une possible proposition indécente de sa part tout en restant dans une norme sociale acceptable ?
  • Et surtout comment accepter le corollaire de cette proposition indécente de la part de l’homosexuel : révéler soi-même bien qu’hétérosexuel une homosexualité latente ?

Le cas d’une phobie environnementale, de type agoraphobique, révèle la volonté expresse de ne pas se retrouver en présence de personnes homosexuelles du même sexe.

Il s’agit alors d’une volonté clairement comprise de se détourner de personnes homosexuelles de même sexe, voire de leur interdire toute présence dans l’espace public, censé être la propriété exclusive de personnes hétérosexuelles.

Et c’est aussi une phobie spécifique puisque l’objet de la phobie est spécifiquement déterminé : l’homosexuel de même sexe.

Cette classification apporte certes des éléments de réponse pour une approche curative mais ne permet pas d’aller beaucoup plus loin. L’homophobie n’est définitivement pas une phobie.

Ensuite s'agit-il d'une "homo" ?

L’autre composante du mot qui fait débat est le terme « homo ». Il s’agit de l’apocope du mot homosexuel, tout individu engagé sexuellement avec une personne du même sexe, quelque soit le niveau de cet engagement.

Le terme « homo » signifie semblable et l’homophobie peut s’entendre comme la peur maladive de son semblable. Nous retrouvons ici la peur de révéler une éventuelle homosexualité latente. C’est uniquement en ce sens que cette confusion est intéressante.

Peut-être également, l’expression « homophobe » fait intervenir l’autre composante de toute discrimination homosexuelle : l’homosexuel lui-même.

Toute discrimination suppose deux parties : le discriminant et le discriminé. Ce serait une erreur grave de ne considérer que l’auteur du délit discriminatoire. Car la discrimination homosexuelle ne fonctionne qu’avec le consentement inconscient du discriminé :

« Je suis discriminé parce que je suis homosexuel ».

Dans ce cas, le terme homophobe est intéressant pour travailler sur l’acceptation de soi :

  • Comment l’homosexuel se perçoit-il lui-même ?
  • Et qu’est-ce que cette perception induit en terme comportemental face à une personne hétérosexuelle ?

Mais l’essentiel est ailleurs. Le terme « homophobe » occulte la cause première de la discrimination dont il est question : le sexe.

Bien que moins sexy, le terme « homosexuellophobie » serait alors plus riche en enseignement pour la recherche d’un remède éventuel. Car cette discrimination pose d’abord le problème de notre rapport au sexe et à l’acte sexuel.

Posons en liminaire que toute pratique sexuelle ne saurait occasionner aucun droit. Et quel droit d’ailleurs ? Le droit de l’exhiber ? Le droit d’être reconnu comme ayant telle ou telle pratique sexuelle ?

Mais ce droit existe déjà. Et, comme toute liberté, elle est limitée par le trouble à l’ordre public.

C’est le fait d’être des citoyens libres et égaux en droit qui appelle au respect des libertés.

Il serait donc plus judicieux de travailler à l’égalité en droits de tous les citoyens, de chacun d’entre eux ; plutôt que d’essayer d’obtenir un droit communautariste, un droit en faveur d'une seule catégorie de citoyens.

Ce type de droit ne serait pas un droit mais un privilège. Et comme tout privilège, il ne serait pas légitime. La même autorité qui l’accorderait pourrait ensuite l’abroger sans susciter de contestation de la part du reste de la population, non concernée par ce droit.

La loi doit toujours avoir une portée générale, sinon il s’agit d’une loi d’exception voire d’une loi scélérate.

L'acte sexuel ostentatoire est jugé vulgaire par la norme sociale.

Quelle que soit l’orientation sexuelle, tout individu qui se présente d’abord en tant que l’auteur d’une pratique sexuelle spécifique est considéré par la norme sociale comme un individu lourdaud, voire grossier ou vulgaire. Et il a toutes les chances d’être ostracisé non en vertu de son orientation sexuelle mais à cause d’une ostentation socialement peu acceptable.

Et pour ceux qui en sont les partisans, il ne s’agit plus alors de faire évoluer le droit mais les critères d’acceptation sociale de comportements jugés autrefois inappropriés.

Plus que le juriste, c’est alors au poète à qui il faut faire appel pour faire évoluer les mœurs : Il tempo é galantuomo

 

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