Yamine Boudemagh
Citoyen Hyper-Engagé
Abonné·e de Mediapart

215 Billets

2 Éditions

Billet de blog 20 mai 2022

Premier Ministre, le nouveau jouet du Président

Pour sa réélection, Emmanuel Macron a décidé de se choisir un nouveau jouet : Un nouveau gouvernement tout neuf. Il hésite. Le choix est difficile. Il a trouvé son premier ministre, certes potiche mais qui, en même temps, révolutionne les moeurs politiques françaises : Une femme…

Yamine Boudemagh
Citoyen Hyper-Engagé
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Dans le film de Francis Veber « Le jouet », Pierre Richard joue le rôle d’un journaliste dans le journal d’un industriel, incarné par le regretté Michel Bouquet.

Pour l’anniversaire de son jeune fils, le milliardaire fait emmener l’enfant dans un magasin de jouets dont il est le propriétaire.  « Choisis ce que tu veux ». Le jeune enfant choisit le « journaliste », qui  s’y trouvait pour y faire un publi-reportage à la gloire de l’industriel, son patron. Le journaliste acceptera l’humiliation par peur du chômage. 

Évidemment, il y a une morale dans cette fable des temps modernes : 

Lorsque l’on est rien, on peut tout se permettre. 

Le milliardaire l’apprendra à ses dépens.

Cette comédie se joue actuellement à l’Élysée. Notre enfant président voulait un nouveau jouet pour fêter sa réélection. Et il a choisi comme cadeau, un tout nouveau premier ministre.  Tout neuf et qui n’a pas encore servi. Donc une femme.

Emmanuel Macron est un conservateur qui aime à pratiquer l’entre-soi. Le premier ministre est donc à son image : un haut fonctionnaire docile avec une mentalité d’employé.

Son sexe ne doit tromper personne : Elisabeth Borne sera à Emmanuel Macron ce que Jean-Marc Ayrault fut à François Hollande ou François Fillon à Nicolas Sarkozy.

Une collaboratrice !

Chacun le sait, depuis l’avènement du quinquennat, le poste de premier ministre est devenu redondant.

Emmanuel Macron ne peut cependant pas supprimer le poste.

La Vème république est un régime parlementaire. 

L’article 20 de la Constitution est formel : C’est le premier ministre qui détermine et conduit la politique de la nation. Ce n’est pas le président.

Constitutionnellement, le rôle du président est celui d’un arbitre (article 5).

Or l’arbitre ne saurait faire le jeu. La preuve d’une démocratie réside dans la séparation des pouvoirs. 

Certes le président promulgue les lois (article 10). Il peut même exiger une nouvelle délibération. Mais il n’est pas censé les faire.

Certes le président nomme et met fin aux fonctions du premier ministre (article 8). Oui, il préside le conseil des ministres (article 9). Mais il ne détermine pas la politique de la nation. Ce rôle est dévolu au seul le premier ministre.

C’est encore le premier ministre qui dispose de la force armée (article 20). Lui seul est responsable de la défense nationale (article 21).

Cette exclusive se justifie par le contrôle du parlement. Seul, le premier ministre est responsable devant le parlement (article 49), pas le président.

Le président peut par contre dissoudre l'assemblée. Là réside l'équilibre démocratique des pouvoirs.

Le premier ministre ne peut agir qu’avec la confiance des députés, représentants de la nation assemblée.

Pour cette raison, l'élection législative est l'élection la plus importante de notre république.

Les 577 élections législatives sont la garantie démocratique de notre république. 

Transformer le régime parlementaire de la Vème république en régime présidentiel est une dérive dangereuse de notre démocratie.

En France, le président est irresponsable pénalement.

Il pourrait violer en direct sa première ministre. Il pourrait tuer en direct le président de l’assemblée nationale. On ne pourrait pas le condamner.

L’article 68 de la constitution de la Vème république évoque bien une possible destitution du président en cas « de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat ». Mais la formulation est trop floue pour être utilisée. 

Et même dans ce cas,  le président ne pourrait être jugé que par… ses propres députés. Ceux-là même qui lui doivent leur mandat. 

Seule autorisée à destituer le président, la « Haute Cour de Justice », constituée par les deux chambres législatives, est présidée par le président de l’Assemblée Nationale.

Que faire quand c’est justement pour l’assassinat de celui-ci que le président doit être jugé ?

Cas d’école évidemment mais qui révèle le danger de la tentation de transformer notre régime parlementaire en régime présidentiel. 

Le danger tient dans le statut pénal du président de la république française.

Le président de la république française a le statut juridique d’un monarque. Il est tout simplement irresponsable devant la loi. 

Le président français a la même immunité absolue que la reine d’Angleterre… ou celle du Danemark… ou celle du roi des Belges voire celle du roi d’Espagne… 

Même la Cour Pénale Internationale ne pourrait intervenir.

Dans sa grande sagesse, le Conseil constitutionnel, où siègent de droit les anciens présidents de la république,  a détruit cette possibilité. 

Dans sa décision 98-408 du 22 janvier 1999, le Conseil Constitutionnel a jugé anti-constitutionnel l’article 27 du statut de la Cour pénale Internationale qui entendait accorder au président français un statut de justiciable.

Étrangement, la même instance ne trouverait pas anti-constitutionnelle la majorité absolue du parti présidentiel à l’Assemblée nationale.

Pourtant cette majorité absolue transformerait de fait la Vème République en régime présidentiel.

De fait, notre république ne serait plus... républicaine.

L’article 2 de la Constitution de la Vème république  définit le principe de notre république : « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».

Donner une majorité absolue au parti du président de la République rendrait inutile la fonction de premier ministre.

Donner une majorité absolue au parti du président de la République transformerait le parlement en chambre d’enregistrement. 

Dans le budget, le parlement et le gouvernement nous coûte un milliard d’euros chaque année... Sans compter le milliard supplémentaire donné aux cabinets de conseil privés type McKinsey et compagnie.

Dans le cas d’une majorité absolue du parti présidentiel, ce milliard d’euros deviendrait une dépense inutile... mais resterait une dépense bien réelle affectée au budget de l'état.

C’est là tout l’enjeu des élections législatives : Sauver la République.

La république est née de l’abolition de la monarchie.

La droite revendiquait un droit de véto du roi pour contrer les décision de la nation assemblée. L'égalité en droit n'est pas sa colonne vertébrale. Le statut du chef est son essence. Or un roi soumis à la volonté générale deviendrait un "roi inutile" selon l'expression de Mirabeau.

Le même qui pourtant peu de temps auparavant s'était écrié : "Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple, et qu'on ne nous en arrachera que par la puissance des baïonnettes."

La gauche estimait que l’Assemblée nationale, expression de la volonté générale, n’avait pas d’ordres à recevoir, selon les mots de son premier président Jean-Sylvain Bailly.

Sommes-nous à l'aube d'une prochaine révolution ?

Le résultat des prochaines élections législatives nous le dira.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Budget
Le « paquet pouvoir d’achat » ne pèse pas lourd
Le gouvernement a confirmé une série de mesures pour soutenir le pouvoir d’achat des fonctionnaires, des retraités et des bénéficiaires de prestations sociales. Mais ces décisions ne permettent pas de couvrir la hausse des prix et cachent une volonté de faire payer aux plus fragiles le coût de l’inflation.
par Romaric Godin
Journal
Assurances : les résultats s’envolent, pas les salaires
Depuis plusieurs mois, des mouvements sociaux agitent le monde des assurances où les négociations salariales sont tendues, au niveau des entreprises comme de la branche professionnelle. Les salariés réclament un juste partage des bénéfices, dans un secteur en bonne santé.
par Cécile Hautefeuille
Journal
Covid : face à la septième vague, les 7 questions qui fâchent
Risques de réinfections, protections, efficacité des vaccins actuels et attendus, avenir de la pandémie… Nos réponses pour s’y retrouver face à cette nouvelle vague de Covid-19.
par Rozenn Le Saint
Journal
Le RN s’installe, LFI perd la partie
Les députés ont voté mercredi la répartition des postes de gouvernance de l’Assemblée nationale, offrant deux vice-présidences au parti de Marine Le Pen. Privée de la questure qu’elle convoitait, La France insoumise a dénoncé les « magouilles » de la majorité, qu’elle accuse d’avoir pactisé avec la droite et l’extrême droite.
par Pauline Graulle, Christophe Gueugneau et Ilyes Ramdani

La sélection du Club

Billet de blog
Oui, on peut réduire le soutien populaire aux identitaires !
Les résultats de la Nupes, effet de l’alliance électorale, ne doivent pas masquer l'affaiblissement des valeurs de solidarité et la montée des conceptions identitaires dans la société. Si la gauche radicale ne renoue pas avec les couches populaires, la domination des droites radicales sera durable. C'est une bataille idéologique, politique et parlementaire, syndicale et associative. Gagnable.
par René Monzat
Billet de blog
Quels sont les rapports de classes à l’issue des élections 2022 ?
On a une image plus juste du rapport des forces politiques du pays en observant le résultat des premiers tours des élections selon les inscrits plutôt que celui des votes exprimés. Bien qu’il y manque 3 millions d’immigrés étrangers de plus de 18 ans. L’équivalent de 6% des 49 millions d’inscrits. Immigrés qui n’ont pas le droit de vote et font pourtant partie des forces vives du pays.
par jacques.lancier
Billet de blog
Boyard et le RN : de la poignée de main au Boy's club
Hier, lors du premier tour de l’élection à la présidence de l’Assemblée nationale, Louis Boyard, jeune député Nupes, a décliné la main tendue de plusieurs députés d’extrême droite. Mais alors pourquoi une simple affaire de poignée de main a-t-elle déclenché les cris, les larmes et les contestations ulcérées de nombres de messieurs ?
par Léane Alestra
Billet de blog
Lettre d’un électeur insoumis à un électeur du RN
Citoyen, citoyenne, comme moi, tu as fait un choix politique mais qui semble à l’opposé du mien : tu as envoyé un député d’extrême-droite à l’Assemblée Nationale. A partir du moment où ce parti n’est pas interdit par la loi, tu en avais le droit et nul ne peut te reprocher ton acte.
par Bringuenarilles