C’est mon foulard et il est radical !

L’extraordinaire histoire de grand-mères thaïlandaises qui utilisent le foulard comme arme politique, ostentatoire et radical.

Meet the grannies leading an anti-mining movement © IsaanRecord

Le foulard est une arme de résistance

Il était une fois le village de fermiers. La vie y était paisible. Les villageois y vivaient selon leurs convictions en harmonie avec la nature qui le leur rendait bien. Si bien qu’ils y vivaient en totale autarcie. Bref, ils étaient heureux et unis

Il y a plus de dix ans, une mine d’or a été construite près de cette communauté. Et l’exploitation de cette mine pollua l’eau, rendant les villageois malades; elle contamina aussi leurs terres agricoles. 

Parmi ces villageois étaient 4 grand-mères, ostentatoirement plus radicales les unes que les autres. Elles ont passé plus d'une décennie à se battre pour la fermeture de la mine. Et elles ont gagné. 

Maintenant, le combat consiste à restaurer l'environnement des dommages causés par la mine.

Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est normale. Puisque cette histoire est totalement vraie. Elle a eu lieu à Nong Bua dans le nord est de la Thaïlande. C’est l’histoire des grand-mères ostensiblement radicalisées.

Quel rapport avec le foulard ?

En fait ces mamies radicales étaient et sont toujours des tisserandes talentueuses. Mais elles étaient et sont toujours également des militantes et des organisateurs communautaires... ou communautaristes, c'est selon.

Alors ces mamies ont eu l’idée de tisser des foulards. Leur vente permet de financer leur combat. Chaque achat finance directement l'organisation de la base.

Car on ne plaisante pas avec grand-mère

Lorsque la mine a déversé du cyanure et d'autres produits chimiques dangereux dans les cours d'eau locaux, les villageois ont découvert qu'ils avaient des niveaux dangereux de cyanure dans leur sang. Ils ne pouvaient même plus boire leur propre eau, comme ils l'avaient toujours fait auparavant. La société minière a même tenté de poursuivre les villageois pour calomnie parce qu'ils protestaient contre la mine. Malgré tout cela, ils continuèrent de se battre.

La société concessionnaire de la mine avait commencé à fouiller le terrain en 2006. Peu de temps après, des membres de la communauté ont signalé des symptômes compatibles avec un empoisonnement. En 2009, le gouvernement thaïlandais a averti les habitants de ne plus utiliser les sources d'eau locales, et a mis en garde plus tard contre la consommation d'escargots et de crabes de la région. Des tests sanguins randomisés effectués par le Bureau de la Santé Publique en 2010 ont révélé que 124 résidents sur 725 testés présentaient des niveaux élevés de cyanure dans leur sang parmi d'autres produits chimiques toxiques. Alors que des produits chimiques tels que le cyanure sont connus pour être utilisés dans le traitement du minerai d'or, la source de cette contamination reste non confirmée.

Déterminées et intrépides, ces mamies ont tout fait pour assurer le succès de leur croisade contre les puissances financières :

Elles ont créé un groupe communautaire appelé PWLTH pour « People Who Love their Hometown » (Les gens qui aiment leur ville natale). Et ces militantes ont organisé des manifestations pour empêcher la société minière d’obtenir de nouvelles concessions . Elles ont aussi milité pour la protection de la santé et de l’environnement de la communauté.

Et elles ont été récompensées :

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Ranong Kongsaen, un des leader du groupe de tissage et de PWLTH, a reçu en 2016 le prix de la Commission Nationale des Droits Humains pour la promotion et la défense des droits humains à l'occasion de la Journée internationale de la femme, le 8 mars 2016.

Ranong Kongsaen vit dans le petit village rural de Na Nong Bong dans la province de Loei, situé à la frontière de la Thaïlande et du Laos. Elle est militante du groupe Khon Rak Ban Kerd, ou «les gens qui aiment leur maison natale». Le groupe a été formé en 2007 pour protester pacifiquement contre l'exploitation de la mine d'or locale.

Les militants du groupe Khon Rak Ban Kerd sont dirigés par des femmes aînées respectées.

Tous leurs efforts ont reçu une reconnaissance internationale, notamment de la presse locale et internationale comme par exemple Aljazeera, Bangkok Post et Reuters

Deux villageois se sont rendus à Oaxaca, au Mexique, pour participer à un symposium international sur la résistance minière en novembre 2015 avec des représentants du Canada, des États-Unis, du Mexique, de la Colombie et de l’Argentine.

Vous aussi, vous pouvez contribuer à ce noble combat et leur acheter un foulard radical. Il suffit de cliquer ici

C’est d’ailleurs pour cela qu’elles ont appelé leur site RAD GRAM (mamies radicales).

logo-des-mamies-radicales

Les foulards RAD GRAM se portent de manière radicale, En Marche ou à L'aRrêt.

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