Aujourd'hui, Camus est mort. Ou peut-être hier, je ne sais pas. Avant-hier, un berbère se préférant arabe aurait appelé à la mort d'un arabe qui se préfère français. Cela ne veut rien dire.
Ou plutôt si. Cela signifie que l'imposture règne toujours en maître. Albert Camus, le Prix Goncourt, Kamel Daoud et Ahmidache Ziraoui : C'était comme quatre impostures frappés sur la porte de l'Absurde.
Albert Camus, un outsider, qui ne jouant pas le jeu, obtiendra le Prix Nobel de littérature.
Certes, Albert Camus n'est pas responsable de l'imposture qui lui colle à la peau. Ses biographes s'en sont chargés :
- Né en Algérie, Albert Camus n'est pas un auteur Algérien.
- Icône intouchable de la littérature existentialiste, Albert Camus s'est pourtant dès le début clairement démarqué de Sartre.
- Auteur engagé, il ne s'engagera jamais pour la seule cause qui s'offrait à lui : l'indépendance Algérienne.
Au centre du jeu littéraire, l'Académie Goncourt ne peut être exonérée de l'imposture qu'elle représente. Expression d'une logique purement commerciale, les prix littéraires, une exception française, se revendiquent "label de qualité". Censé récompensé "le meilleur ouvrage d'imagination en prose paru dans l'année", le choix du Goncourt se portait cette année sur trois œuvres, deux œuvres basées sur des faits réels et une œuvre de fiction totale. Comme pour confirmer l'imposture, seules les deux premières ont été primées.
Kamel Daoud, un auteur qui joue le jeu et qui n'obtiendra aucun prix.
Kamel Daoud est lui pleinement conscient de l'imposture qu'il représente. Citoyen à part entière de la République Algérienne Populaire et Démocratique, il est venu en toute conscience jouer l'indigène repenti dans les médias de l'ancien colonisateur. Plus malléable que Yasmina Khadra, il prêtera sa voix aux critiques usuelles ânonnées de façon méthodique par les idiots utiles des nostalgiques de l'Algérie coloniale. Et tout y passera : l'Islamité, l'Arabité, l'Algérianité et même la fraternité palestinienne.
Kamel Daoud pourra toujours se consoler en s'ouvrant enfin à la tendre indifférence du monde des prix littéraires français. De l'éprouver si pareil à lui, si fraternel enfin, il sentira qu'il avait été heureux et qu'il l'était encore. Pour que tout soit consommé, pour qu'il se sente moins seul, il ne lui restait plus qu'à souhaiter qu'un plus fourbe et plus opportuniste appelle à son exécution et qu'il l'accueille avec un cri de haine.
Ce cri sera poussé par l'inénarrable Ahmidache Ziraoui. Très actif dans le quartier de Belcourt qui a vu grandir Camus, celui-ci se fait appeler aujourd'hui le Sheikh Abdulfattah. Président d'un parti qui n'existe pas, imam d'une mosquée qui n'existe pas, auteur d'une fatwa qui n'en est pas une, appelant au nom d'un clergé qui n'existe pas le gouvernement algérien à appliquer une loi qui n'existe pas dans le code pénal algérien, à savoir la peine de mort pour apostasie, on pouvait difficilement faire mieux dans l'imposture.
Que ces malentendus ne nous éloignent pas de l'essentiel , qui est de vendre des livres. Pour le reste, il faut imaginer ces hommes révoltés heureux. Et espérer que pour Kamel Daoud comme pour Ahmidache Ziraoui, la chute ne soit pas trop dure.