Jeune étudiant, le journal «Le Monde» était une référence et j’étais un lecteur assidu de sa section internationale. Evidemment, je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Aujourd’hui le Monde n’a plus cette réputation et il ne peut s’en prendre qu’à lui-même.
J’ai assisté, il y a un peu, à une interview surréelle d’une de ses journalistes. Elle venait d’écrire un livre sur Gaddafi. L’interview était surréelle parce que personne n’a eu la présence d’esprit de lui rappeler la différence entre le métier de journaliste et celui de propagandiste.
Gaddafi est mort dans les circonstances que l’on sait. Il semble que les conditions de sa mort soit un sujet tabou en France. Il semble que le droit soit un sujet tabou en France. Le but de la croisade libyenne était d’assassiner Gaddafi. Ce n’était évidemment pas le seul but mais sa mort arrangeait beaucoup de monde. Pour faire accepter ce déni de droit, il fallait absolument effacer toute l’humanité du personnage. Une technique simple était de toujours ajouter le mot dictateur à celui de Gaddafi. A force de le répéter, le lecteur finira bien par le croire. Peu importe que sa côte de popularité soit supérieure à celle des chefs d’états de cette croisade. Car tuer un dictateur, c’est moins grave qu’un acte de piratage international.
Mais pour certains, ce n’est pas suffisant. Il faut aussi tuer le mythe Gaddafi. C’est là qu’intervient notre grand reporter. Elle décide d’aller « enquêter » en Libye même sur la vie sexuelle de Gaddafi. Sujet passionnant s’il en est mais chacun ses fantasmes. Et l’histoire qu’elle nous rapporte va dépasser toutes ses espérances. Sous sa plume, Gaddafi n’est plus seulement dictateur; il devient Hannibal Lecter et Marc Dutroux réunis. Et peu importe si aucune preuve ne peut étayer ce récit. A défaut de preuves, on aura droit aux détails salaces.
La France s’enorgueillit de son éducation nationale. Peu d’élèves en Europe et dans le monde subissent autant de pressions que les élèves français, tant en termes de cadence que de programmes. Et pour quel résultat ? Est-on vraiment incapable du moindre esprit critique ?
Pour pouvoir écrire, publier et présenter un livre aussi lamentable, il faut supposer que le lecteur français soit totalement dénué d’intelligence. Quand et comment en est-on arrivé à ce niveau de crédulité et de stupidité ? Pourquoi personne n’a soulevé quelques doutes sur le « travail » réalisé ? Et comment l’auteur de ce torchon a-t-il pu devenir grand reporter au Monde ?