The Last Supper n’est pas un film religieux. Il n’a rien à voir ni avec les Evangiles, ni avec Leonard de Vinci ni même avec son prétendu code. C’est un petit chef d’œuvre d’humour noir sorti en 1995 mais dont le thème reste toujours d’actualité : Pourquoi l’extrême droite agit quand la Gauche discute ?
Luke, Marc, Peter, Paulie et Jude sont des étudiants de troisième cycle. Représentant la société américaine, il y a donc, comme dans tout film américain qui se respecte, un juif, un afro-américain, un blanc, une blonde et une brune. Représentant la classe intellectuelle américaine, ils sont forcément de gauche tendance caviar ; et ils aiment organiser des dîners raffinés où la bonne cuisine le dispute avec des débats philosophiques et politiques.
Un soir d’orage, ils accueillent un invité inattendu qui se révèle être un vétéran de la guerre du Golfe, d’extrême-droite, négationniste, raciste voire néo-nazi. La totale ! La discussion s’envenime, devient violente.
Toute discussion entre gens de droite et gens de gauche suit toujours le même modèle :
- Les gens de droite admettent le manque d’humanité de leurs propos et de leurs actions mais concèdent qu’il s’agit là de décisions qu’il faut prendre au nom du réalisme et du pragmatisme. Car ce sont de vrais patriotes. Et ceux qui ne pensent pas comme eux ne peuvent se réclamer de la même citoyenneté.
- Les gens de gauche s’estiment toujours moralement et intellectuellement supérieurs. Ils ne font pas appel à la nation mais à la raison.
Dans les deux cas, la discussion peut devenir violente. Et l’Histoire foisonne de dictatures de droite comme de gauche qui ont fait appel à leurs arguments respectifs : L’acte patriotique pour les uns, la terreur basée sur la raison pour les autres.
Dans le film, cette dichotomie est démontrée une nouvelle fois par une expérience que va tenter le soldat d’extrême-droite sur ces hôtes de gauche. Il va définir le débat en ces termes :
- Oui, je suis raciste et d’extrême-droite. Moi, j’ai agi pour défendre mes convictions. Je me suis même engagé pour partir en Iraq abattre des arabes pour défendre mon pays. Mais vous, les gauchistes, qu’avez-vous fait de concret pour défendre et mettre en pratique vos idées ?
Et pour démontrer son propos, il empoigne l’un des hôtes et menace de l’égorger. Puis il demande aux autres :
- Alors, qu’attendez-vous pour agir pour défendre votre ami ?
Personne ne bouge. Alors il renchérit :
- Je vais tuer votre ami puis violer sa petite amie devant vous. Qu’allez-vous faire pour vous y opposer ?
Je ne dévoile pas la suite. Mais la réponse à ces questions va déclencher l’histoire. Je recommande chaudement ce film et surtout sa conclusion très pertinente.
Je ne peux cependant m’empêcher de repenser à la question centrale du film. Nous sommes là à discuter sur Mediapart, entre intellectuels indignés. Pendant ce temps, notre pays s’installe tranquillement dans le décor faussement rassurant de l’extrême-droite.
Notre président nous explique gentiment que nous avons eu tort de voter pour lui. Et il nous prépare insidieusement à accepter l’inacceptable comme une évidence :
- Il n’y a pas d’alternative. Dans notre pays, la Gauche n’a plus lieu d’être. Il n’y a plus qu’une seule politique et elle est de droite. Et si l’on n’est pas d’accord, alors ce sera l’extrême-droite.
Et la question qui va déclencher l’Histoire reste la même :
Soit la Gauche existe, soit elle n’existe pas !
Si elle n’existe pas alors Manuel le Pen et Marine Valls ont raison.
Si, par contre, la Gauche existe, alors qu’attend t’elle pour agir ?