Pour Une Alternative à un gouvernement de droite

Article publié en 2015

Le P.S. a refusé de mettre en place un gouvernement de gauche. A sa place, il a installé à Matignon le meilleur gouvernement de droite que la France ait connu depuis 2002, un gouvernement de droite certes, mais plus efficace, plus compétent et plus moral. Dès lors, quel pourrait être un gouvernement de gauche ? Et qui pourrait le proposer ?

 

Las d’attendre un éventuel sursaut de  lucidité de la part des élus dits de gauche, je propose de réfléchir ensemble à ce que pourrait être un véritable gouvernement de gauche. Je propose de réfléchir avant de voter. Jusque là, nous avons fait l’inverse avec les résultats que l’on sait. Et l’erreur était justement là sous nos yeux. Nous choisissions les hommes avant de définir les missions et fixer les objectifs. Alors forcément, nous sommes déçus.

La solution est de remettre de l’ordre dans le processus qui vise à nommer celles et ceux à qui nous demanderons de gérer notre pays.

Je propose donc un gouvernement en « open source » : une initiative citoyenne qui fixe collectivement les objectifs, les règles et les moyens avant de nommer les personnes.

Dans une première étape, il s’agit de définir cette alternative au gouvernement de droite de Manuel Valls : Qu’est-ce qu’un gouvernement de gauche ?

Ensuite il s’agir de définir ses missions et ses moyens. Cette étape sera la plus facile puisque ses grandes lignes nous sont données par le budget de l’Etat tel qu’il  a été voté par l’Assemblée.

Enfin, nous nommerons celles et ceux qui nous semblent le plus aptes à remplir ces missions.

Je ne doute pas qu’une fois établi ce protocole, nous saurons l’imposer au chef de l’Etat. Car il ne s’agit pas ici de faire des rêves de révolution ni de XXXIVème république. Il s’agit ici de faire preuve de pragmatisme en utilisant les forces en présence : les ressources des innombrables compétences de la société civile française, ces mêmes compétences qui font tant défaut à nos hommes politiques. Pourquoi limiter notre réflexion et capacité d’action à 1% de la population, et de surcroît parmi les plus incompétents quand la technologie nous permet de puiser dans  les multiples compétences professionnelles de la société civile française ?

 

Et d’abord, qu’est-ce qu’un gouvernement de gauche ?

On s’en souvient, c’est parce que Lionel Jospin fût incapable de répondre à cette simple question qu’il offrit un boulevard à Jean-Marie Le Pen. Alors reprenons exactement là où le travail a été saboté : la définition d’un gouvernement de gauche.

Dans une démocratie, chacun est libre de faire ce que les lois permettent. Et toutes les opinions sont permises tant qu’elles ne troublent pas l’ordre public. Ces préalables étant admis, nous pouvons définir la politique comme la recherche du bonheur. Chacun, qu’il soit d’extrême-droite, de droite, du centre, de gauche ou d’extrême gauche, s’engage en politique pour améliorer son quotidien. Et s’ils sont intellectuellement honnêtes, ces femmes et ces hommes politiques devraient tous faire le même constat :

  • En France, au niveau économique, les taux de change sont stables, les taux d’intérêts à long terme convergents, l’inflation est maîtrisée, mais la dette publique comme le chômage sont trop élevés. 
  • Au niveau social,  la volonté de vivre et réussir ensemble n’existe plus. 
  • Au niveau humain, le modèle français ne permet plus de s’épanouir. 

Si nous ne sommes pas d’accord sur le constat, il est inutile d’argumenter. Dans ce cas, soit la grille de lecture est fausse, soit les acteurs sont malhonnêtes. 

Mais si nous sommes d’accord sur le constat,  alors nous pouvons continuer et émettre des hypothèses pour proposer des solutions. On le sait, une solution de droite consiste à aider le système tandis qu’une solution de gauche vise toujours à aider l’humain d’abord. Un homme de droite considère que si le système va bien alors l'homme ira bien tandis que l'homme de gauche considère au contraire que si l'homme va bien, alors le système ira bien. Les mêmes constats, le même désir d'améliorer le quotidien mais une totale différence d'approche des problèmes.

Dans le cas du chômage, par exemple, l’homme de droite proposera d’aider d’abord les entreprises car elles créent de l’emploi et permettent, par une politique de l’offre, de relancer l’économie. Quant à l’homme de gauche, il privilégiera toujours d’aider d’abord le travailleur précaire comme le travailleur en chômage et tenter de relancer l’économie par une politique de relance de la consommation. Personne n’a tort à priori. Il s'agit de choix de société. Et s’ils ne sont pas dogmatiques, l’un comme l’autre acceptera parfois la solution de l’autre en fonction des circonstances de la crise à résoudre. Même si le plus souvent, l’un comme l’autre essaiera évidemment d’appliquer ses idées en premier.

Chacun connaît l’histoire des porcs-épics de Schopenhauer qui, en hiver, se serrent les uns contre les autres pour se protéger du froid et se tenir au chaud. Le philosophe allemand en concluait que la société des hommes était pareille à celle des porcs-épics : elle consiste en un choix entre avoir froid ou avoir mal.  Sans corroborer cette philosophie négative,  on se doit toutefois d’admettre que le « vivre ensemble » est avant tout affaire de compromis.

 

 

L’objectif d’un gouvernement de gauche n’est donc pas la recherche du bonheur de tous les français mais de celui de chacun d’entre eux. Ainsi défini, quel seraient les missions d’un gouvernement de gauche ?

  • Défendre les droits démocratiques : Un gouvernement de gauche par exemple ne pourrait pas envoyer la troupe armée de grenades de combat militaire contre ses propres citoyens exerçant leur droit le plus fondamental et le plus universel : celui de manifester publiquement leur opinion.
  • Défendre les minorités opprimées : Un gouvernement de gauche par exemple ne pourrait pas faire sienne une politique de rafle de la population Rom ou musulmane, même si c’est pour les libérer quelques heures après.
  • Défense des acquis sociaux : Un gouvernement de gauche par exemple ne pourrait pas revenir sur le repos hebdomadaire dû aux travailleurs et les restrictions qui limitent le travail le dimanche.
  •  Défendre les principes républicains de

    1. l’égalité en droit : Un gouvernement de gauche par exemple ne saurait accepter le principe d’une Cour de Justice de la République qui autorise la Justice à ne condamner que les sous-fifres en acquittant leurs supérieurs hiérarchiques
    2. la fraternité entre tous les citoyens : Un gouvernement de gauche par exemple ne pourrait pas autoriser sa police à effectuer des contrôles au faciès. 
    3. la liberté de faire ce que les lois permettent : Un gouvernement de gauche par exemple ne pourrait  pas interdire à des citoyens de manifester au motif de leurs seules convictions religieuses.
  • Promouvoir les facteurs de progrès social : Un gouvernement de gauche par exemple se doit d’être créatif, d’imaginer un meilleur environnement pour nos enfants, de nous faire rêver, nous aimer.

 

Il est entendu que pour un gouvernement de gauche, le politique prime sur l’économie. Il n’en reste pas moins que toute politique suppose des moyens financiers. Ses moyens financiers sont votés dans le cadre du budget de l’Etat. Ce budget était basé en 2014 sur un revenu de 227,66 milliards d’Euros et des dépenses fixées à 309,218 milliards d’Euros. A l’instar des gouvernements de droite qui l’ont précédé, le gouvernement Valls a donc augmenté la dette publique en validant un déficit de 82,571 milliards.

 

En 2014, le budget de l’Etat se répartissait en 31 missions de budget général, 2 missions de budgets annexes et 11 missions de comptes d’affectation spéciale. Un gouvernement français ne saurait donc avoir plus de 44 ministres. En fait, on s’aperçoit vite en regardant ce budget que des missions peuvent être regroupées au sein du même ministère. Et le nombre de ministres diminuerait d’autant.  Nous aurions les ministères suivants :

  • Un Premier Ministre dont les services regrouperait les missions de Conseil et Contrôle de l’Etat, de Direction de l’Action du gouvernement avec un budget de 1,976 milliards d’Euros pour financer le travail de 9 840 fonctionnaires.
  •  Ministère des Actions extérieures qui regrouperait les missions d’Action extérieure de l’Etat, d’Aide Publique au Développement et de Participation de la France au désendettement de la Grèce avec un budget de 6,349 milliards d’euros pour financer le travail de 14 505 fonctionnaires ;
  • Ministère de l’Intérieur qui regrouperait les missions d’Administration Générale et Territoriale de l’Etat, d’Egalité des territoires, Logement et Ville, d’Outre-mer, de Politique es territoires, de Pouvoirs Publics, de Relations avec les Collectivités Territoriales, de Contrôle et Exploitation aériens, de Publications Officielles et Information Administrative, d’Aide à l’acquisition de véhicules Propres, de Contrôle de la Circulation et du stationnement routier, de Gestion du Patrimoine immobilier de l’Etat, de gestion et Valorisation de l’Espace Hertzien, des Systèmes et des Infrastructures de télécommunications de l’Etat, des Services Nationaux de transport Conventionnés de voyageurs avec un budget de 21,289 milliards d’Euros pour financer le travail de 308 892 fonctionnaires.
  • Ministère des Affaires Rurales qui regrouperait les missions d’Agriculture, Pêche, Alimentation, forêt et Affaires Rurales,  de Développement Agricole et Rural, de financement des Aides aux Collectivités pour l’électrification Rurale avec un budget de 3,698 milliards d’Euros pour financer le travail de 31 000 fonctionnaires.
  • Ministère de la Défense qui regrouperait les missions des Anciens Combattants, Mémoire et Lien avec la Nation, de Défense, de Sécurités avec un budget de 60,128 milliards d’Euros pour financer le travail de 275 567 fonctionnaires.
  • Ministère de la Culture qui regrouperait les missions de Culture et de Médias, livre et Industries Culturelles avec un budget de 3,4 milliards d’Euros pour financer le travail de 10 932 fonctionnaires.
  • Ministère de l’Ecologie qui regrouperait les missions d’Ecologie, Développement et Mobilités Durables avec un budget de 9,749 milliards d’euro pour financer le travail de 34 486 fonctionnaires.
  • Ministère de l’Economie qui regrouperait les missions d’Economie, d’Engagements Financiers de l’Etat, de Gestion des Finances Publiques et des Ressources Humaines, de Provisions, de régime Sociaux et retraites,  de Remboursement et dégrèvements, des Participations Financières de l’Etat, des Pensions et de toutes les missions de comptes de concours financiers avec un budget de 365,289 milliards d’Euros pour financer le travail de 147 252 fonctionnaires.
  • Ministère de l’Enseignement qui regrouperait les missions d’Enseignement Scolaire, de Recherche et Enseignement Supérieur, de Sport, Jeunesse et Vie Associative, de Financement National du Développement et de la Modernisation de l’Apprentissage avec un budget de 97,714 milliards d’Euros pour financer le travail de 974 274 fonctionnaires.
  • Ministère de la Justice qui regrouperait les missions de Justice, d’Immigration, Asile et intégration avec un budget de 8,465 milliards d’Euros pour financer le travail de 77 951 fonctionnaires.
  • Ministère de la Santé qui regrouperait les missions de Santé avec un budget de 1,295 milliards d’Euros pour financer le travail de 10 558 fonctionnaires.
  • Ministère du Travail qui regrouperait les missions de Travail et Emploi, de Solidarité, Insertion et Egalité des chances avec un budget de 24,984 milliards d’Euros pour financer le travail de 9 900 fonctionnaires.
  • Ministère de l’Industrie  dont le budget n’est pas défini par une mission particulière mais pourlequel travaillent 1 267 fonctionnaires.

Nous obtenons ainsi un gouvernement de 12 ministres dirigé par un premier ministre.

 

Pour bénéficier de la compétence qui existe dans la société civile française, ce gouvernement ne comportera aucun parlementaire. Le rôle de ces derniers devrait être exclusivement d’élaborer les lois. En vertu de la séparation des pouvoirs, garant de démocratie, les membres de l’Exécutif ne devraient émaner ni du pouvoir judiciaire, ni du pouvoir législatif.

Il s’agit donc maintenant et maintenant seulement de nous transformer en chasseurs de têtes pour  déceler ces 13 personnes dont la compétence ne doit faire aucun doute et dont la légitimité naîtra du choix directs des français.

La compétence de ces ministres sera évaluée par leur capacité à réaliser toute leur mission avec satisfaction tout en économisant 20,27% de leur budget afin de ramener le budget à l’équilibre.

Cette proposition n’est qu’une ébauche de gouvernement  qui attend les suggestions de femmes et d’hommes de bonne volonté, susceptibles de donner enfin à la France un gouvernement à la hauteur et de ses ambitions et des ses compétences.

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