La France a connu un acte d’une barbarie extrême, un acte qui constitue la négation de toutes les valeurs portées par notre pays de façon séculaire.
Un jeune homme a été assassiné parce qu’il était français ; un jeune homme a été assassiné parce qu’il était un étudiant français ; un jeune homme a été assassiné parce qu’il été soupçonné d’avoir démontré son attachement à notre démocratie et à ses valeurs républicaines.
C’était il y a 24 ans. Ce jeune homme avait 22 ans.
Il s’appelait Malik Oussekine (الله يرحمه )
Malik Oussekine (الله يرحمه ) a été assassiné par 2 policiers dans l’exercice de leurs fonctions. A l’époque, le gouvernement de droite comptait non seulement un ministre de l’intérieur mais aussi un ministre de la sécurité. Ils avaient mis en place une force de police mobile composée de duos de policiers à moto que l’un conduisait tandis que l’autre, armé d’une matraque, était censé casser du manifestant. Dans l’exercice de leurs fonctions, ils ont attaqué un jeune étudiant qui, ne manifestant pas, s’était réfugié dans une cage d’escalier. Ils se sont rués sur lui et l’ont battu à mort.
Malik Oussekine (الله يرحمه ) était sous dialyse, son cœur n’a pas tenu. L’état français n’a pas jugé bon alors d’envoyer en prison ces deux barbares ; l’un a été muté, l’autre mis à la retraite d’office, ce qui constituait alors la plus haute sanction administrative. Le ministre de la sécurité traitera la victime de « con ».
Personne alors ne réclama ni d’entrer en guerre ni d’aller bombarder des enfants kurdes, au nom d’une ancestrale loi du talion ou d’un droit du sang préemptif.
Deux citoyens français, cependant, ont permis à la France de retrouver son honneur, sa dignité et son humanisme :
- Citons tout d’abord Monsieur Paul Bayzelon.
Il était fonctionnaire et résidait 20 rue Monsieur-le-Prince à Paris. Il a ouvert sa porte pour permettre à Malik Oussekine (الله يرحمه ) de se réfugier mais n’a pu empêcher les deux assassins de rentrer pour commettre leur crime odieux. Je lui dédie ici les vers du très laïc poète Georges Brassens « Quand le croqu'-mort t'emportera, qu'il te conduise, à travers ciel, au Père éternel. »
- Ensuite il faut rendre hommage à un homme politique, un véritable homme politique.
Il était le Secrétaire d’Etat aux Universités de ce même gouvernement. Bien qu’il n’en était pas l’auteur, il était le responsable du projet de loi contre lequel manifestait un million d’étudiants et de lycéens. Les ouvriers étaient prêts à les rejoindre dans la rue. Personne n’imagine un seul instant sa responsabilité dans la mort de Malik Oussekine(الله يرحمه ). Pourtant, en homme d’honneur, il endossa la responsabilité de cet acte barbare et fut le seul à démissionner de ce gouvernement. Il disparut de la scène politique. Il s’appelait Alain Devaquet.
Une décision politique engendre toujours des conséquences humaines. Parfois ces conséquences sont fatales. Pourtant, des politiques qui n’ont ni honneur ni simplement la pudeur de se taire pensent voir dans ce droit d’assassiner « le plus beau jour de leur vie ». Sans vergogne, ils veulent nous faire endosser à leur place le fardeau de la honte. Je n’ai ni haine, ni rage ni colère quand l’un des nôtres vient à tomber sous les coups de la barbarie. Mais quand même beaucoup de tristesse pour cette perte d’humanité.