Il n’y a pas d’affaire Benalla

Beaucoup de mauvaise foi voire un soupçon de racisme résument « l’affaire Benalla ». Invité par la police, Alexandre Benalla a agi en policier dûment mandaté. D'autres policiers ont agi de manière identique. Alors pourquoi lui ? Si procès il y a, ce doit être celui de la police et de ses méthodes.

 © Taha Bouhafs © Taha Bouhafs

La vidéo est explicite :

  • Lors de la manifestation du 1er mai, Alexandre Benalla est avec son « tuteur », l’officier de police Philippe Mizierski ainsi qu’avec un autre « stagiaire » Vincent Crase.
  • C’est Vincent Crase qui le premier repère le couple de manifestants en train de jeter des projectiles sur les CRS de l'unité 1A.
  • Il informe Alexandre Benalla.
  • Alexandre Benalla va discuter avec Philippe Mizierski.
  • Puis il va interpeller violemment la jeune femme, sa première victime.
  • Vincent Crase, aidé des CRS de l'unité 1A, va interpeller tout aussi violemment le jeune homme.
  • Alexandre Benalla amène de force la jeune femme à Philippe Mizierski, l’officier de police censé le superviser. Celui-ci maintient la jeune femme à terre en lui appuyant sur la tête.
  • Alexandre Benalla part alors attaquer violemment le compagnon de cette jeune femme
  • Alexandre Benalla arrête de frapper le jeune homme lorsqu’il s’aperçoit qu’il est filmé. Lui et tous les policiers présents délaissent alors le jeune homme qui part rejoindre son amie.
  • Alexandre Benalla revient avec des CRS de l'unité 1B. Ils vont interpeller, frapper puis menotter le jeune homme bien que celui-ci n’ait pas de comportement agressif à leur égard.
  • Le commissaire Maxence Creusat procèdera à l’arrestation du jeune homme.

Il s’agit donc bien de violences en réunion. Elles impliquent un certain nombre de policiers.

Alors pourquoi désigner à la vindicte populaire le seul Benalla ?

L’article 433-15 du Code Pénal ne peut décemment pas s’appliquer à Alexandre Benalla. Il n’y a pas usurpation d’identité. La Police a donné elle-même toutes les attributions de policier à Alexandre Benalla.

Une fois établi qu’Alexandre Benalla a bien agi en tant qu’auxilliaire de police, dûment mandaté, il n’y a plus d’ « affaire Benalla ».

Restent, et c‘est le plus important,  les violences exercées à l’encontre du jeune couple.

Aujourd’hui, aucun policier n’a été mis en examen pour ces violences. Aucun CRS de l’unité 1B qui ont frappé le même couple de manifestants n’a été inquiété par la justice.

La Police comme la justice estiment donc que ces violences sont légitimes. Alexandre Benalla s’est donc bien comporté normalement pour un policier durant une manifestation. Du point de vue policier, il est donc difficile de comprendre ce qui est reproché à Alexandre Benalla. Il a toujours travaillé sous la supervision d’un officier de police et avec la complicité d’autres policiers.

Ni sa mise à pied 15 jours en mai dernier, ni son licenciement et encore moins sa mise en examen aujourd'hui ne sont justifiés de ce point de vue. Il ne s’agit donc pas d’une « affaire Benalla ».

Si procès il y a, ce doit être celui des méthodes policières lors des manifestations publiques.

Ce peut être l'affaire Vincent Crase.

C’est l’affaire de la participation de civils armés durant les opérations de maintien de l’ordre. Or la participation d'un civil à une manifestation en étant porteur d’une arme est un délit puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende (Article 431-10 du Code Pénal).

Ce peut être l’affaire Phillippe Mizierski

Le fait, par un policier témoin d'une privation de liberté illégale, de s'abstenir volontairement d'y mettre fin est puni de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende (Article 432-5 du Code Pénal).

La totale impunité des policiers en matière de violence policière explique la méfiance de la population à l’égard de la police. Et cette méfiance émane même de la plus haute autorité de l’état.

Pourquoi le Président n’a pas confiance dans le GSPR ?

Car toute l’histoire commence là. C’est le manque de confiance dans la police et la gendarmerie nationales qui est à l’origine de toute cette affaire.

Cette méfiance s’exerce au plus haut niveau de l’état.

Elle commence en 2007 avec Nicolas Sarkozy qui expulse les gendarmes du Groupe de Sécurité de la Présidence de la République (GSPR) chargé de sa protection rapprochée. Auparavant l’unité était composée à parité : 30 gendarmes et 30 policiers et un commandement alterné tous les deux ans entre un lieutenant-colonel de la gendarmerie nationale et un commissaire de police nationale. Sarkozy supprimera la présence de gendarmes au sein du GSPR et augmentera l’effectif le portant à 90 policiers.

François Hollande réintègrera la parité entre gendarmes et policiers mais confiera le commandement, qui aurait dû revenir à un gendarme, à un policier ; en l’occurrence une policière Sophie Hatt. C’est d’ailleurs sous sa direction qu’un malheureux coup de feu avait été tiré à l’intérieur du Palais de l’Elysée.

Emmanuel Macron avait certes redonné la direction du GSPR à la gendarmerie. Mais la nomination d’Alexandre Benalla pour superviser sa protection rapprochée n’était pas de nature à rassurer policiers et gendarmes sur leur capacité à exercer seuls le rôle qui leur est statutairement dévolu.

 

gerard-collomb-assemblee

Les questions à poser à Gérard Collomb

Lors de l’audition du ministre de l’Intérieur, les députés membres de la commission des lois seraient bienvenus de poser les questions suivantes :

  1. Pourquoi le président ne fait-il pas confiance au GSPR pour sa protection rapprochée ?
  2. Pourquoi aucun des policiers auteur des mêmes violences (CRS de l'unité 1) n'a fait l'objet d'une enquête ?
  3. Avant l'interpellation du jeune couple par Benalla, Crase et les CRS de l'unité 1A, quel officier de police judiciaire a adressé les deux sommations de dispersion requises par l'article 211-9 du Code de la Sécurité Intérieure ?  
  4. Les victimes ont-elles été l'objet de poursuites judiciaires ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.