Rien de moins musulman que le Halal Business

Article publié en 2015

Il y a 14 siècles, l’Islam a révolutionné le concept de religion en supprimant le clergé. Il venait tout simplement d’inventer la laïcité.  Il faudra attendre le 12 Shawal 1323 (9 décembre 1905) pour voir en France s’installer une version de cette laïcité. Aujourd’hui, le ministre des cultes de la république laïque française, Bernard Cazeneuve, ne peut donc plus nommer les évêques en vertu de la loi de séparation des églises et de l’état. Par contre, il peut et il fait sommer les français de confession musulmane de s’inventer un clergé ; il décide du contenu de la formation des imams ; il impose la langue dans laquelle ces imams doivent prêcher, voire le contenu du prêche même. Tout cela, au nom de la laïcité évidemment !

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Dans sa grande sagesse, Monsieur le Ministre des Cultes de la République laïque française ira-t-il pour autant jusqu’à réformer le bien peu islamique commerce halal qui sévit en France ?

Pour comprendre le concept de حلال (halal), il faut avoir quelques notions de droit musulman. Entre le licite (حلال) et l’illicite (حرام), il existe quatre autres principes qui régissent les actes des musulmans :

  • L’obligatoire (واجب) : un acte dont l’accomplissement est obligatoire
  • Le recommandable (مستحب) : un acte qu’il est recommandé d’accomplir sans être obligatoire
  • L’acte sans incidence (مباح) : un acte neutre ni obligatoire, ni interdit et qui ne dépend que du jugement de chacun
  • Le réprouvé (مكروه) : un acte dont il est recommandé de s’abstenir bien qu’il ne soit pas interdit

De ces six principes complets du droit musulman, pourtant allègrement documentés, le marketing n’a retenu que celui du حلال (halal), et encore dans sa forme la plus élémentaire. Adepte du grand philosophe américain, Georges W. Bush, le marketing alimentaire classe les produits en deux engeances seulement : les produits حلال (halal) et… l’axe du mal.  Le monde du marketing est un monde simple qui ne s’adressent qu’aux simples en esprit : Achetez mon produit,  il est le meilleur, d’ailleurs il est halal. Et comme le Port Salut, c’est écrit dessus avec un logo que même le dernier des analphabètes en arabe peut lire : حلال

Bienheureux les simples en esprit du halal business ; mais le royaume des cieux leur appartient-il pour autant ? Rien n’est moins sûr.

Tout d’abord le mot حلال (halal), tel qu’il est vendu sur les produits estampillés comme tels, n’apparaît qu’une seule fois dans le Qur’an, dans le verset 116 de la seizième sourate. Et que dit ce verset ? Justement de ne pas utiliser ce logo : « Ne dites pas « ceci est halal, cela est haram », selon que vos langues soient portées au mensonge ; vous imputeriez un mensonge à Dieu et ceux qui imputent un mensonge à Dieu sont voués à l’échec »

  و لا تقولوا لما تصف السنتكم الكذب هذَا حلال و هذا حرام لتفتروا على الله الكذب ان الذين يفترون على الله الكذب لا يفلحون

Il faut comprendre qu’historiquement, l’Islam s’inscrit dans une logique libertaire. La règle originelle en Islam est la permission. L’interdiction est l’exception et la nécessité lève l’interdiction. Et de toutes façons, l’interdiction, qui est une intrusion dans le libre arbitre décrété de l’homme, ne peut être ordonnée que par un décret divin.

Le mot حلال (halal) apparaît dans le Qur’an sous d’autres formes ;

  • Cinq fois sous la forme de l’attribut à l’accusatif حلالا (halalan) : 2-168, 5-88, 8-69, 10-59, 16-114. Chaque fois, il s’agit non pas d’interdire mais d’encourager l’homme à jouir de toutes les bonnes nourritures terrestres. Le verset 59 de la dixième sourate est on ne peut plus clair à ce propos : « Dis « Voyez-vous ce que Dieu a créé comme nourriture pour vous afin que vous puissiez survivre ? Et pourtant vous avez déclaré ces nourritures licites et illicites ». Dis « Est-ce Dieu qui vous l’a commandé ? Ou bien le mettez-vous mensongèrement sur son compte ?

 قل ارء يتم ما انزل الله لكم من رزق فجعلتم منه حرام و حلال قل ءالله اذن لكم ام على الله تفترون

  • De nombreuses autres fois sous une forme passive, comme احل (ouhillou) par exemple. Car ce qui est permis ne peut l’être que par une autorité dûment mandatée. Il ne suffit pas de dire « vous est permis », encore faut-il préciser par qui ! Or, en Islam, c’est simple, il n’existe qu’une seule autorité. En dehors de Dieu, personne n’a l’autorité pour décréter une nourriture licite ou illicite. Inventeur du concept de laïcité, l’Islam ne permet aucun clergé.

Incapables de résister aux sirènes des répercussions financières de ce halal business, les adorateurs du veau d’or se sont érigés en autant d’institutions ayant autorité pour décréter le licite et donc l’illicite. Non seulement ils se sont rendus coupables du pire des vices en Islam, l’Associationnisme,  mais ils le font souvent pour de viles raisons pécuniaires au service de ceux qui ne sont pas vraiment les amis de l’Islam.

Alors pourquoi le français de confession musulmane, entre autres, tombe-t-il dans ce piège grossier ?

Depuis que l’islamophobie d’état a révélé son caractère ostentatoire par une loi scélérate, le 15 Mars 2004,  certains français de confession musulmane ont adopté une position politique de leur islamité. On ne peut certes les blâmer. Leur devoir de résistance face à  un pouvoir qui rappelle les heures plus sombres de notre pays est tout à leur honneur. En un sens, il est la preuve de leur désir d’intégration aux valeurs éternelles de la République : la Liberté, l’Egalité en droits et la Fraternité. Se différencier de ce pouvoir en affirmant une différence vestimentaire rappelle l’action de ces français non-juifs qui, suite aux lois scélérates de juin 1942,  afficheront un signe ostentatoire de  la religion juive, l’étoile jaune. Ils seront envoyés dans des camps avec leurs frères juifs par ce même pouvoir qui prétendait être la France.

Si du point de vue du citoyen français, on ne peut que louer leur désir de résistance, même si l’on peut en contester la forme, du point de vue du musulman, on ne peut qu’être perplexe devant une attitude si peu islamique.

Etre musulman, c’est  vivre en parfaite intelligence avec un monde qu’il sait avoir été créé pour lui. C’est être patient face à l’adversité grâce à la certitude de la victoire finale. L’Islam est une idée. Pour le combattre, ses adversaires devront lui opposer une autre idée. Et ils n’en ont pas. Il n’y a pas d'équivalent historique à la civilisation arabo-islamique.  Et encore ne savent-ils pas tout ? Si les français avaient la moindre idée de leurs origines réelles… Non, jusqu’ici, et depuis 15 siècles, ils n’ont opposé que mensonges, traductions truquées, croisades, vol, spoliation, lois scélérates… et ils ont échoué. 15 siècles plus tard, près d’un homme sur quatre est musulman, près d’un pays sur trois est membre de l’Organisation de la Conférence Islamique ; il y a aujourd’hui plus de musulmans qu’il n’y en avait hier et bien moins qu’il n’y en aura demain. Alors pourquoi être sur la défensive ? Pour quelques strapontins à l’ombre de leur pouvoir corrompu ?

Etre musulman, c’est aussi participer à ce concentré d’intelligence qui a éclairé le monde. Et le halal business est  tout le contraire.

Indépendamment du caractère non islamique de la procédure, il est absurde de vouloir déclarer ce qui est licite ; On pourrait y passer sa vie. Imagine-t-on le Code Civil établir tout ce que les français auraient le droit de faire ? Evidemment non, il énonce ce qui est interdit en supposant que ce qui n’est pas interdit est licite.

Quand bien même on s’entêterait dans cette voie, la méthode islamique, de type algorithmique,  supposerait alors de définir en premier lieu une norme, un procédé admis par tous et ensuite seulement de l’appliquer et si la procédure est respectée, accoler sur tous les produits concernés le logo confirmant la procédure. Aujourd’hui, la procédure du halal relève plus d'arrangements entre « amis » que d'un process scientifique.

Avoir une viande estampillée halal permet une traçabilité qui n’est pas inutile aujourd’hui ; Mais quel organisme international garantit ce contrôle? Pourtant le monde musulman en a clairement les moyens, humains et financiers. Alors pourquoi cette mascarade ?

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