Pour en finir avec l’antisémitisme

Il n’y a pas de peuples sémites. Il n’y a pas de langues sémites. Les Sémites n’existent pas. “Sémite” est un concept sans aucune réalité, inventé pour dénigrer l'autre. Peu importe que l’on soit antisémite ou philosémite, appeler quelqu’un "sémite" est un acte raciste !

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Le mot « sémite » vient du nom du fils de Noé : Shem.

La lettre ש « shin », qui commence le nom de Shem, fut remplacé par un Σ "sigma" lorsque la bible fut traduite en grec. Et שֵׁ֖ם (Shem) est devenu Σήμ (Sem).

Qui est Sem ?

Sem est le champion d’une théorie raciale, peut-être la toute première théorie raciale de l’histoire de l’humanité. Elle se trouve dans la Torah, plus exactement son premier livre Bereishit, la Genèse, au chapitre 10.

Après le déluge, l’humanité entière a été décimée. Il ne reste que Noé et ses trois fils : Japheth, Shem et Ham ainsi que leurs femmes respectives.

Toutes les nations de la planète seront donc issues de leurs enfants, nés après le déluge.

Ham sera le père des nations africaines, Japheth celui des nations européennes et Sem l'ancêtre de la nation juive.

Jusque-là, tout va bien. Il s'agit d'une théorie comme une autre, qui n'engage que celles et ceux qui veulent bien y croire.

Comme toute théorie raciale, cette théorie va très vite devenir une théorie raciste.

En effet, suite à un événement autant inexplicable qu'inexpliqué dans le Livre, Canaan, le fils de Ham, est maudit : Il sera l’esclave de ses frères et même l’esclave de leurs esclaves (Genèse, chapitre 9 verset 25 à 27).

Il s'agit donc bien d'une théorie raciste des nations. Ironie de l'Histoire, les tenants de cette théorie en seront les principales victimes.

Toutes les données des sciences anthropologiques vont à l'encontre de cette théorie des nations ; il se trouve pourtant, encore en 2018, des « intellectuels » pour parler de peuples sémites.

Alors reprenons pour eux et pour eux seulement :

Il n'y a pas de langue sémite !

Il n'y a pas de langue sémite comme il n'y a pas de langue japhétite ni de langue hamite. A l'époque, Sem, Japhet et Ham parlent tous la même langue. (Genèse, Chapitre 11 verset 1)

L'épisode de Babel et de la pluralité des langues viendra plus tard. C'est d'ailleurs à partir des petit-fils de Japhet et non de Sem que débutera la division en langues et en nations (Genèse, Chapitre 10 verset 5)

Il n'y a donc pas de langue spécifique à Sem.

Personne ne nie l'existence du groupe des langues arabiques ; c'est ainsi que les appelait Leibniz avant que l'université de Göttingen impose le concept erroné de langues "sémitiques". Preuve en est la persistance de la langue arabe parlée aujourd'hui par plus de 422 millions de locuteurs, sans compter le milliard et demi de musulmans qui en ont une connaissance plus ou moins sporadique. Toutes les autres langues de ce groupe ont tendance à disparaître. Seule une volonté politique permettra la survie de l'amharique, l'hébreu, l'araméen, le syriaque entre autres au sein des générations futures. 

Il n'y a pas de peuple sémite !

L'erreur classique de la démarche anthropologique est de confondre les peuples et les langues.

On peut très bien parler français sans avoir d'ancêtres gaulois ; comme l'on peut avoir la nationalité française sans parler un seul mot de la langue de Molière.

L'idée d'un peuple sémite est aussi absurde que celle d'un peuple indo-européen.

L'inconsistance de la classification des langues est pourtant manifeste. Le critère classifiant à l'intérieur même de la classification n'est pas constant :

  • Soit il est géographique pour classer les langues dites "indo-européennes"; il s'agit des langues parlées par des locuteurs vivant en Inde ou en Europe.
  • Soit il est génétique pour classer les langues dites "sémitiques" ; il s'agit des langues parlées par des locuteurs issus de la famille du fils de Noé, Sem.

Certainement, la classification des langues par phonèmes, et par phonèmes seulement, viendra dans le futur annihiler toutes les théories nationalistes et racistes du passé.

S'il n'y a ni langue ni peuples sémites, à quoi correspond l'antisémitisme ?

Probablement à rien. Le terme a été popularisé outre-Rhin par un raciste notoire, Wilhelm Marr, au XIXème siècle. A l'instar du manifeste des 267 publié par le Parisien, le 25 avril dernier, Wilhelm Marr mesurait une rupture dans l'évolution de la judéophobie. A l'ancienne judéophobie religieuse et historique, il constatait une "nouvelle" judéophobie plus économique et politique. Il la nomma "antisémitisme". Et il assumera son racisme dans un tristement célèbre pamphlet "Le chemin de la victoire du Germanisme sur le Judaïsme". Il poussera le ridicule en créant en 1879 la première organisation allemande pour combattre le Judaïsme, "la Ligue Antisémite". A la fin de sa vie, il rappellera son philosémitisme originel et renoncera à l'antisémitisme.

La rigueur intellectuelle la plus élémentaire suggère d'abandonner définitivement ce terme.

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