Mélenchon - Zemmour : Sans Masques

La nature finit toujours par ressembler à l’art. Le débat entre Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour n’a hélas pas fait exception. L’art nous avait pourtant prévenu.

Pierrot le fou - Intro Scene - Velazquez

Et puisqu’il est question d’art, rappelons en la matière la célèbre citation du Maître, Élie Faure, immortalisée par un autre Jean-Luc, bien mieux inspiré, avec la complicité du magnifique Jean-Paul Belmondo :

« Le monde où il vivait était triste. Un roi dégénéré, des infants malades, des idiots, des nains, quelques pitres monstrueux vêtus en princes qui avaient pour fonction de rire d’eux-mêmes et d’en faire rire des êtres hors la loi vivante, étreints par l’étiquette, le complot, le mensonge, liés par la confession et le remords. »

Quelle meilleure définition du paysage médiatico-politique actuel et de la comédie du pouvoir ?

Oui ce débat était triste, pénible par endroits. Il a cependant révélé la véritable fonction de ces prétendus candidats à l’élection présidentielle :

  • Rire d’eux-mêmes;
  • Et surtout en faire rire celui qui doit être réélu, un être en dehors de la Constitution. 

La Primaire écologiste nous a donné cinq débats. Si le premier fut laborieux, les suivants ont su élever le niveau. Celui chez Mediapart fut exemplaire. Et même le dernier, pourtant sur une radio qui nous a habitué au pire, a donné une excellente image de ce que doit être un débat d’idées télévisé, emprunt de respect, de fond, d’échange d’idées, en un mot d’élégance.

Evidemment, ces excellents débats ont occulté tous les autres adversaires politiques d’EELV. Honteux et confus, jurant mais un peu tard qu’on ne les y prendrait plus, il leur fallait agir. 

Il n’est pas étonnant que la riposte soit d’abord venue des deux parmi les plus trublions de l’espace médiatico-politique français : Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour.

L’association n’était pourtant pas si évidente. L’un est un candidat qui faillit être au second tour de l’élection présidentielle, sans la trahison du candidat socialiste.

L’autre est un polémiste de radio dont le rôle est de faire vendre du temps de cerveau disponible à des vendeurs de boisson gazeuse, à forte teneur en sucre. Et au passage, il en profite pour faire son beurre en vendant des livres à de pauvres ignorants, incapables d’acheter un livre d’histoire. Oui, vous savez, ces livres écrits par des universitaires dont l’histoire de France est l’objet d’étude durant toute leur vie, et qui comprennent la différence entre un immigré et un étranger.

Alors oui, il faut débattre et il n’est pas de petit candidat. On aurait aimé un débat entre Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel, pour enfin comprendre ce qui les sépare.

Mais comprendre, débattre ne sont plus l’objet. Il s’agit de faire le buzz, cet objet politique non identifié chargé d’occulter la question sociale du débat politique.

Car l’erreur était là. Débattre avec Éric Zemmour candidat, même sans parrainage, pourquoi pas ?

Il n’est pas de petit candidat.

Mais Éric Zemmour n’est pas candidat. Il l’a lui-même répété lors du « débat ». Et je suis prêt à parier qu’il ne le sera jamais.

Alors il ne nous reste plus qu’à s’en remettre à l’immense Molière pour paraphraser les mots de tout  spectateur, face à tant de mièvrerie :

« Que diable allait-il faire dans cette galère ? »

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