Faut-il consulter les Musulmans ?

Marwan Muhammad a lancé une Grande Consultation pour les Musulmans. Pour la première fois, un français de confession musulmane parle de l’Islam de manière positive, articulée et pertinente dans les médias français. Est-ce un succès pour les musulmans ? Rien n’est moins sûr.

 

Faut-il consulter les musulmans ? © Yamine Boudemagh

L’Islam est une réflexion. Et le Qur’an est le fruit de cette réflexion. Pendant vingt-trois ans, le prophète de l’Islam va lancer une grande consultation, ouverte non seulement aux musulmans mais à tout un chacun. Des monothéistes, des chrétiens, des juifs, des polythéistes et même des hypocrites, venus le piéger, viendront poser des questions au prophète de l’Islam. Et ce sont ses réponses qui forment le Qur’an, le livre qui est la base de l’Islam. Le livre qui a fait son succès, encore aujourd’hui.

L’erreur de Marwan Muhammad est de n’avoir pas suivi ce modèle.

En proposant une consultation pour les seuls musulmans, Marwan Muhammad tombe dans le piège que lui ont tendu les islamophobes : Créer une division entre les citoyens français et les français de confession musulmane. Or cette division est absurde.

D’abord elle n’a aucune valeur statistique

Diplômé en mathématiques, Marwan Muhammad ne peut ignorer que sa consultation n’a aucune valeur statistique. Il ne pourra en tirer aucune conclusion.

Car il n’a pas défini sa cible : Qu’est-ce qu’un musulman ? S’il s’agit d’une consultation sur le CFCM, alors ne devraient être interrogés que les musulmans qui se sentent concernés par cette instance.

A partir du moment où l’enquête n’est pas personnalisée, il ne sait pas qui a répondu. Et aucune technique de Data Mining ne pourra l’aider à en tirer des conclusions.

Ensuite cette division n’a aucune valeur juridique

Être de confession musulmane n’ouvre aucun droit en France. Car la république ne reconnaît aucun culte.

Une consultation des citoyens français aurait eu plus de sens.

C’est en tant que citoyen français que tout français de confession musulmane peut pratiquer sa religion en toute liberté.

En tant que Français de confession musulmane, je ne désire aucun droit dont mon voisin, même non-musulman, ne pourrait jouir. Sinon ce n’est plus un droit, ce devient un privilège. Or, un privilège ne possède aucune légitimité. Et personne ne viendra contester sa suppression le jour où le même pouvoir qui l’a accordé décidera de l’abroger. On se souvient du décret Crémieux qui, en 1870, accordait la nationalité française aux seuls juifs d’Algérie au détriment des musulmans d’Algérie. Il ne s’est trouvé personne pour contester son abrogation lorsque le gouvernement raciste de Vichy l’a supprimé 70 ans plus tard.

La loi doit avoir une portée générale pour être légitime, et donc efficace.

Et d’ailleurs, pourquoi un français non-musulman n’aurait pas son mot à dire au sujet de la construction d’une mosquée dans son quartier ?

Les français de confession musulmane n’ont pas besoin de représentants de leur culte. L’Islam va bien, merci !

Les français de confession musulmane ont besoin de représentants au même titre que les français de confession non-musulmane : Ce sont, entre autres, eux aussi des ouvriers, des employés, des professions intermédiaires, des femmes, des jeunes, des chômeurs ; bref, toutes ces catégories de français qui ne sont jamais représentés au Parlement.

Ce n’est pas le CFCM qui donnera aux musulmans la liberté de faire tout ce que la loi permet, l’égalité en droit et la fraternité qui est la base de tout vivre ensemble. C’est leur citoyenneté française.

Et donc, ce que demande le français de confession musulmane est rigoureusement identique à ce que demande le français de confession non-musulmane : la garantie d’une réelle représentativité des aspirations de chaque français dans les prises de décision des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.

Et nul besoin de consultation pour comprendre cette évidence.

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