Le 19 juillet 2018, par 62 voix contre 55, le parlement israélien, la Knesset, a fait de la Palestine “la patrie historique du peuple juif”. Tout juif est désormais citoyen israélien, quel que soit son lieu de résidence dans le monde. Or, depuis le 22 octobre 2023, le premier ministre israélien a cessé d’être juif. Et il a entraîné dans cette déchéance bon nombre d’israéliens.
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Et d’abord pourquoi un juif s’appelle un juif ?
Le mot "Juif" en français dérive de l'hébreu "Yéhoudi" (יְהוּדִי), qui signifie “Judéen”.
Qu’est-ce qu’un “judéen” ? Un citoyen de Judée.
Qu’est-ce que la Judée ? Le territoire accordé à Juda, le quatrième fils de Jacob.
Jacob est le fils d’Isaac et le petit fils d’Abraham. Jacob sera renommé Israël.
Un juif est par définition un enfant d’Israël.
Et Jacob/Israël aura quatre femmes qui lui donneront douze garçons :
Léa lui donnera Reuben, Simon, Lévi, Juda, Issacar et Zebulon;
Rachel lui donnera Youssef et Benjamin;
Bilha lui donnera Dan et Naftali;
enfin Zilpa lui donnera Gad et Aser.
L’aîné de ces garçons s’appelle Reuben.
Carte du territoire pris aux sept tribus cananéennes et réparties entre les descendants de Jacob
Agrandissement : Illustration 1
Alors pourquoi les enfants d’Israël ne s’appellent-ils pas les "Reubénites"?
En fait, Reuben a couché avec Bilha, l’une des quatre femmes de son père. Cet acte incestueux, interprété comme une tentative de Reuben de revendiquer une forme d'autorité a conduit à une humiliation pour le père et une perte de statut pour le fils.
En conséquence, Jacob prive son fils Reuben de ses privilèges de premier-né lors de sa bénédiction finale à ses fils :
“Reuben, tu es mon premier-né,
le premier fruit de ma vigueur,
du temps où j’étais plein de force. Toi, tu es supérieur en dignité et supérieur en force.
Bouillonnant comme l’eau,
tu n’auras pas le premier rang ! Car tu as profané la couche de ton père,
en entrant dans mon lit.”
Genèse 49: 3-4
Le second fils de Jacob/Israël s’appelle Simon. Et le troisième fils de Jacob/Israël s’appelle Lévi.
Alors pourquoi les enfants d’Israël ne s’appellent-ils pas les “Simonites” ou bien les "Lévites”?
Carte des sept nations cananéennes
Agrandissement : Illustration 2
En fait, Simon et Lévi connaîtront le même sort que leur frère aîné Reuben. Ils seront tous les deux désavoués par leur père pour une raison, qui fait résonance aujourd’hui.
Quelle est donc cette raison ?
En plus de ses douze garçons, Jacob/Israël a eu une fille, Dina.
Or, Dina se lie d’amitié avec des filles cananéennes (aujourd’hui on dirait palestiniennes ou libanaises). Pire, elle s’éprend de Shechem, un prince local. Et ils consomment cet amour sans être mariés.
Pour Simon et Lévi, il s’agit non seulement d’un viol, mais carrément d’un crime, que CNews, BFMTV et LCI qualifieraient certainement aujourd’hui de terroriste.
Pourtant Shechem vient demander la main de Dina avec son père Ameur, le roi du territoire que convoitent les enfants d’Israël.
Mais la loi juive est claire : il est interdit à un enfant d’Israël d’épouser des palestiniens, et notamment des Hivites (Deutéronome 7:3-4). Or Shechem est un prince hivite.
Alors Ameur, le roi hivite, père de Shechem, propose de résoudre le dilemme en leur offrant l’hospitalité suprême : Non seulement Shechem mais tous les hommes de la tribu se convertiront au judaïsme et ils partageront leurs richesses. Ils deviendront ainsi un seul et même peuple. Et la preuve de leur conversion sera la circoncision de tous les hommes de la tribu palestinienne.
Simon et Lévi vont d’abord faire mine d'accepter cette judicieuse alliance.
Mais Simon, à la tête d’une armée de 59 300 hommes, et Lévi, à la tête d’une armée de 22 000 hommes, profitent de l’affaiblissement de tous les hommes palestiniens suite à la circoncision, pour tous les massacrer, y compris Shechem et son père.
Très en colère, Jacob/Israël désavouera ses deux enfants, Simon et Lévi lors de sa bénédiction finale :
“Simon et Lévi sont frères, ils se sont mis d’accord pour semer la violence.
Non, je ne veux pas m’associer à leur complot ! Je mets un point d’honneur à ne pas approuver leurs délibérations ! Car mus par leur colère, ils ont tué des hommes ; poussés par leur caprice, ils ont mutilé des taureaux.
Que leur colère soit maudite, car elle est violente. Maudit soit leur emportement, car il est implacable !”
Genèse 49: 6-7
Le message est clair. Il résonne à ceux qui, aujourd’hui, ont inventé le droit de se défendre. Et qu’ils ont ensuite substitué au droit de se venger. Et enfin au droit de massacrer.
Certes ils peuvent le faire. Ils en ont le pouvoir. La première puissance militaire du monde, et ses vassaux, leur fournit les armes pour ce génocide.
Mais ce faisant, ils ne peuvent le faire au nom du peuple juif. Car Jacob/Israël a opposé un message sans appel. On ne peut plus se réclamer enfant d’Israël et massacrer des Palestiniens au motif d’une vulgaire vengeance.
Être juif suppose de suivre le message de Jacob, seul habilité à déclarer ce qui est juif et ce qui ne l'est pas.
Ayant compris le message, Juda, le quatrième fils de Jacob/Israël et ancêtre éponyme des juifs, s'intègrera dans la société cananéenne. Il est mentionné dans la bible un de ses amis, originaire d'une cité cananéenne proche de Jérusalem, Adullam. Ce dernier s'appelait Hiram.
Juda proposera même à son fils aîné, Er, l'union qui fut refusée à Dina : Épouser une femme cananéenne, Tamar. Empli de préjugés raciaux profondément ancrés, le fils aîné de Juda va refuser de remplir son devoir conjugal. Alors la colère de Dieu s'abattra sur lui.
Puis Dieu fera mourir aussi le second fils de Juda, Onan, pour les mêmes raisons. (Genèse 38:6-9)
De peur de voir mourir son troisième et dernier fils, Juda ne lui proposera pas de se marier à la femme veuve de ses frères, comme le voulait la tradition. Et c'est Juda lui-même qui lui fera des enfants. De l'union de Juda le juif et de Tamar la cananéenne naîtront des jumeaux, Perez et Zerah.
D'après la généalogie donnée par Mathieu dans les évangiles (chapitre 1 versets 3 à 16), Perez sera l'ancêtre du roi David, héros de la religion juive et de Jésus, à l'origine du Christianisme.
Rien n'est donc plus éloigné du judaïsme que le racisme affiché par Netanyahu et ses mignons.
Netanyahu et ses mignons, en France comme en Israël, ont cessé d’être juif le 22 octobre 2023.
Et il faut remercier Benjamin Netanyahu de nous avoir permis d'identifier qui, en France, étaient ses mignons.
Certes le projet sioniste en Palestine occupée a failli.
La majorité des juifs du monde entier n’adhère pas à la doctrine sioniste. La majorité du peuple juif n’est pas parti vivre dans cette entité sioniste en Palestine occupée, même rebaptisée « patrie historique du peuple juif ». Ils ne se sentent pas concernés par cette folie.
Ils et elles préfèrent vive leur foi, quelqu’en soit l’interprétation qu’ils et elles en font, dans un pays où le judaïsme n’est pas la religion dominante. Mais surtout où leurs compatriotes non juifs ont les mêmes droits.
Ils et elles préfèrent vivre dans leurs pays respectifs, comme l’on vivait en Palestine avant l’avènement du projet sioniste. Une Palestine où musulmans, chrétiens et juifs, entre autres, ont vécu en parfaite harmonie pendant des siècles.
Lorsque les forces musulmanes ont conquis la Palestine au VIIe siècle, les Juifs ont connu la sécurité, la stabilité et même la prospérité. Cette conquête a mis fin à la domination byzantine, qui avait souvent persécuté les Juifs. Et il en sera de même quelque soit la dynastie musulmane au pouvoir : les Umayades, les Abbassides, les Seldjoukides ou les Ottomans.
Les juifs pouvaient désormais vivre leur foi librement. La population juive a augmenté, grâce à l’immigration de juifs vivant dans des terres hostiles, notamment en Europe.
Une anecdote est restée célèbre :
Lorsqu’Umar Ibn al Khattab le second calife, dont la fille était mariée au prophète de l’Islam, arrive à Jérusalem pour signer la reddition du patriarche chrétien Sophronius, il est persuadé d’entrer dans une ville juive. Or il n’y a à l’époque, en avril 637, pas un seul juif vivant à Jérusalem. Et il conçoit cela comme une injustice.
Umar Ibn al Khattab va demander à un de ses conseillers, un ancien rabbin juif yéménite converti à l'Islam, Kaab al Ahbar, de trouver 80 familles juives qui accepteraient de vivre à Jérusalem sous sa protection. Umar Ibn al-Kattab organisera la coexistence pacifique de toutes les communautés religieuses qui donnent à Jérusalem un sens particulier.
Cette coexistence pacifique se poursuivra jusqu'à l'arrivée des croisés en 1099.
Et il faudra attendre la victoire de Salaheddine en 1187 pour voir le retour des juifs en Palestine. La décision de Salaheddine d'accueillir les Juifs a contribué à revitaliser la communauté juive à Jérusalem et a joué un rôle dans le rétablissement des liens historiques et religieux entre les Juifs et la ville.
Il appartient aux juifs du monde entier de dénoncer le génocide perpétré, depuis le 22 octobre 2023, en leur nom par ceux qui ne peuvent plus se réclamer enfants d’Israël.
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